V. 18. Mater dolorosa
V. 10. « L'étranger, » c'est le Çtvoi des Grecs, qui signifie souvent ce que nous entendons par un passant.
II. — Oubliant la triste, réalité de la prison, André s’efforce de plier ses accents aux douces lois de la poésie ; il revient à l’idylle de sa jeunesse, à la gracieuse allégorie des Colombes, et sa pensée s'encadre dans un refrain qui lui donne un air ancien.
SAINT-LAZARE
Je t’ai vue aujourd’hui (que le ciel était beau!)
Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,
Au hasard, en tous lieux, languissante, muette.
Tournant tes doux regards et tes pas et ta tète.
Caché dans le feuillage, et n’osant l’agiter,
D’un rameau sur un autre à peine osant sauter,
J'avais peur que le vent décelât mon asile.
Tout seul je gémissais, sur moi-mème immobile,
De ne pouvoir aller, le ciel était si beau !
Promener avec toi sur le bord du ruisseau.
Car si j’avais osé, sortant de ma retraite,
Près de ta tète amie aller porter ma tète.
Avec toi murmurer et fouler sous mes pas Le même pré foulé sous tes pieds délicats.
Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie,
Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie.
Ces gardiens envieux qui te suivent toujours.
Auraient connu soudain que tu fais mes amours.
Tous les deux à l’instant, timide prisonnière.
T’auraient, dans ta prison, ravie à la lumière,
Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,
Te promener encor sur le bord du ruisseau.
Blanche et douce brebis à la voix innocente,
Si j’avais, pour toucher ta laine obéissante,
V. 5. Serrais, Athis, IV, a tracé un tableau semblable, qui n’est sans grâce ;
La nymphe cependant prisonnière ehex elle.
Solitaire, "émit, comme la tourterelle.
Quand, veuve inconsolable, aux plus sombres forêts,
D’arbre en arbre elle va faisant ses longs regrets.
V. 25. Le poète change d’image ; ici c'csl l’image des Israélites (Rac F. Mi. I, v) •
Faibles agneaux livrés à Aes loups furie tx.
SAINT-LAZARE. 463
Boit les doux présents de l’aurore;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoique l’heure présente ait de trouble et d’ennui, s
Je ne veux point mourir encore.
Qu’un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,
Moi je pleure et j’espère ; au noir souille du Nord
Dans une élégie moderne, ce sentiment de l’amour de la vie a été trèsbien saisi :
Quand, debout sur le faite.
Elle vit le bûcher qui l'allait dévorer,
Les bourreaux en suspens, la itaminu déjà prêle.
Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête Et se prit i pleurer (■).
Dans Racine la résignation chrétienne tempère les regrets d'Iphigénie. Ce n’est plus la fille d'Agamemnon, c’est plutôt la sœur de la lille de Jeplité. En effet, quand celle-ci connut le vœu de son père (Juges, xi, 37), elle lui dit: «Accorde-moi seulement cette prière : laisse-moi, pendant deux mois, me retirer sur les montagnes et y pleurer ma virginité avec mes compagnes. » — « Va, » lui répondit Jephté. Et libre, pendant deux mois, avec ses compagnes et ses suivantes, elle allait pleurant sa virginité sur les monts. On peut sans doute remarquer que ce sentiment de résignation est inconnu à la jeune captive, dont l’âme au contraire est pleine de l'amour de la nature. Mais il ne faudrait pas aller trop loin dans celte voie d’analyse, car, de l'aveu même du poète, cette élégie n’est que la touchante expression de vœux et de plaintes qui s’échappent d’une lmuchc aimable et naïve.
V. 6. Voy. Élég., I, ix, 2t. André se rapproche ici de Tibulle plus près encore. Nous ne citerons dans ces notes aucun vers du poète latin, afin que le lecteur, recourant toujours à l'Élégie aux frères de Pange, établisse ainsi, dans son esprit, cette continuité de rapports par lesquels s'explique la création de la Jeune Captive.
V. 7. C’est le siccis oculis, d’Horace, Otl. , I, tu. Racine a dit dans Bérénice, IV, v :
L’autre avec des yeux secs et presque indifférents Voit mourir ses deux fils par son ordre expirants.
(') Est-ce une rencontre heureuse ou une intention du poète, cette strophe semble imitée de Lucrèce, I, 88, dans le récit de la mort d'Iphigénie :
Coi simul infuln virpineos rirctimdala comptus K\ utrai|iie pari mataruin parte profusa 'et,
Kt imeelum simul ante an s nUslare pairntem Sensil. et hune propice fcrriim relai e ministn s Aspcctuipic suo iaerîmas eliunderc civcis :
Muta indu terrain genibus sumiiussa petebat-
DERNIÈRES POÉSIES
Je plie el relève ma tète.
S’il est des jours amers, il en est de si doux! 10
Hélas! quel miel jamais n’a laissé de dégoûts?
Quelle mer n’a point de tempête ?
I, 'illusion féconde liabite dans mon sein.
D’une prison sur moi les murs pèsent en vain,
J'ai les ailes de l’espérance : ir>
Échappée aux réseaux de l’oiseleur cruel,
Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomène chante et s’élance.
Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors,
Et tranquille je veille, et ma veille aux remords 20
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ;
Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.