‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 494 sur 496 · V. 65. Virgile, En., IV · texte numérisé non relu

V. 65. Virgile, En., IV

Fcrroque averte dolorem.

DERNIÈRES l'OÉSIES.

Ainsi donc mon cœur abattu Cède au poids de ses maux? Non, non, puissé-je vivre!

Ma vie importe à la vertu ;

Car rhonnète homme enfui, victime de l’outrage,

Dans les cachots, près du cercueil, "o

Relève plus altiers son front et son langage,

Brillants d’un généreux orgueil.

S’il est écrit aux cieux que jamais une épée N’étincellera dans mes mains,

Dans l’encre et l’amertume une autre arme trempée T> Peut encor servir les humains.

Justice, vérité, si ma bouche sincère,

Si mes pensers les plus secrets Ne froncèrent jamais votre sourcil sévère,

Et si les infâmes progrès, 80

Si la risée atroce ou (plus atroce injure!)

L’encens de hideux scélérats Ont pénétré vos cœurs d'une longue blessure,

Sauvez-moi ; conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge. 8S

Mourir sans vider' mon carquois !

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange

V. 66. Ce passage rappelle les héros antiques délibérant eu eux-mêmes et s’exhortant à la vertu. C’est ainsi qu’Ulysse ( Iliade , XI, 407), hésitant entre la fuite et le combat, s'interroge :

’AÀ/i r Cri n oi Taüra ôuliÇ aro 0v/iO(\

éîia y àp ôrri xaxol /*sv àn oeuvrai noXipoto • a$ Si x’ àpitTiii j «v«, 70V Si aàxa xp’-tu iarù/isvai xpatTtpüs, rjr' cCiijr’ rçr’ é6*V âxiov.

Bientôt, connnc le héros d'Homère, André haranguera directement son cœur.

V. 85. L’idée de faire delà foudre un attribut de la Justice est antique. Voy. les vers d’Aristophane cités au vers 418 du Jeu de Paume.

V. 86. Voy. la mime image dans la première strophe de l’Hymne V. V. 87. André parait s'inspirer ici des violentes imprécations que dans

SAINT-LAZARE

Ces bourreaux barbouilleurs de lois.

Ces tyrans effrontés de la France asservie,

Égorgée !... O mon cher trésor, 90

0 ma plume ! Fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!

Par vous seuls je respire encor.

Quoi ! nul ne restera pour attendrir l’histoire 105

Sur tant de justes massacrés;

Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire;

Aristophane, Chev., 251, le chœur des chevaliers lancent contre Cléon :

A > / i 7tatî xai Si'Mi xa! ripXTr: xat xixct xat fiSeXx/TTOv

L'image que présente le second hémistiche du vers 87 est beaucoup plus énergique, mais conçue dans le même ordre d'idées, que celle contenue dans le mot pSti.jrrofiat. L'expression de barbouilleurs de lois traduit sans doute dans la pensée d'André l'injure que, dans ce chœur, les chevaliers lancent à plusieurs reprises à la face de Cléon. Ils l'appellent aavobp-/0(, c’est-à-dire un propre-à-tout politique.

V. 88. Le mot barbouilleur est vieux dans la langue ; voy. Ménage. Au seizième siècle, il signifiait brouillon. On rencontre dans Voltaire l’expression de « barbouilleur d'écrits. »

V. 92. Après ce vers, il y a encore une lacune de quelques vers.

V. 107. Nous avons fait dans ce vers une correction qui nous a paru indispensable. Toutes les éditions portent :

Pour consoler leurs fils, leurs veuves et leurs mères.

472 DERNIÈRES POÉSIES

Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance;

Pour descendre jusqu’aux enfers no

Chercher le triple fouet, le fouet de la vengeance,

Déjà levé sur ces pervers ;

Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice ! Allons, étouffe tes clameurs ;

Souffre, ô cœur gros de haine, affamé de justice. iis

Toi, Vertu, pleure si je meurs.

Y. 4 17». M. de Latouclic avait, par timidité littéraire, altéré ce vers; la première édition donnait :

Pour insulter leur» nom», pour chanter leur supplice! gt cependant, bien avant Chénier, Malherbe (p. 7) avait employé ce inot devant lequel M. de Laloucbe reculait :

Le mépris effronté que ces bouches ine crachent.

V. 115. Magnifique mouvement poétique; il s'adresse à son coeur, comme Ulysse ( Odyssée , XX, 18):

Téfl/aflc if„ xp/.Sir) ■ xxi Kvvrepov «/le nor’ crlr;;....

Passage qu’avait remarqué Platon dans le Phédon, XLIII. — Et c’est ainsi que dans Sopho.le, Trach., 1259, Hercule exhorte son âme à supporter la souffrance :

"Ayt vôv, irp iv njvâ’ àvaxivvjvai voeov, oi i/iujfè vxXypi, jfàloêo; l(fioxo//»jTOv ero/itov aapt^oue’, àviirav jî (3o^v, ôi( inlxapTO»

«Itoue «îxoûoriov ipyov.

V. 116. M. de Latouche a manqué de goût en scindant en trois parties cette belle et dernière élégie. d’André Chénier. Quel plus beau vers pourrait clore l'oeuvre et la vie du poète 1

Page 1