AU CHEVALIER DE PANGE
Quand la feuille en festons a couronné les bois, L’amoureux rossignol n’étouffe point sa voix.
Il serait criminel aux yeux de la nature,
Si, de ses dons heureux négligeant la culture,
Sur son triste rameau, muet dans ses amours, s
Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.
Et toi, rebelle aux dons d’une si tendre mère,
Dégoûté de poursuivre une muse étrangère Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi,
Tu t’es fait du silence une coupable loi ! to
Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés,
T’en allais-tu chercher la muse des cités ?
Cette muse, d’éclat, «le pourpre environnée, ts
Qui, le glaive à la main, «lu diadème ornée,
Vient au peuple assemblé, d’une dolente voix,
Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois?
Que n’étais-tu fidèle à ces muses trancpiilles
Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles, 20
Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux,
Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux?
Viens dirt; à leurs concerts la beauté qui te brûle. Amoureux, avec l’âme et la voix de Tibulle,