‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 213 sur 424 · LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

O nécessité dure ! ô pesant esclavage !

O sort! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs,

Dans ce flux et reflux d’espoir et de douleurs !

Souvent, las d’être esclave et de boire la lie 5

De ce calice amer que l’on nomme la vie,

Las du mépris des sots qui suit la pauvreté,

Je regarde la tombe, asile souhaité ;

Je souris à la mort volontaire et prochaine ;

Je me prie, en pleurant, d’oser rompre ma chaîne; 10 Le fer libérateur qui percerait mon sein Déjà frappe mes yeux et frémit sous ma main ;

Et puis mon cœur s’écoute et s’ouvre à la faiblesse :

Mes parents, mes amis, l’avenir, ma jeunesse,

Mes écrits imparfaits; car, à ses propres yeux, 15

L’homme sait se cacher d’un voile spécieux.

A quelque noir destin qu’elle soit asservie,

D’une étreinte invincible il embrasse la vie,

Et va chercher bien loin plutôt que de mourir,

Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir. jo

Il a souffert, il souffre : aveugle d’espérance,

XXIX. — V. 12. Homère, OJjss. XVI, 2'J4, a dit cnergiquniiml :

A0t6; yùp içéXxetau svôpa rjidr^o;.

C.Y*t ce désir de la mort, maladie terrible, comme le dit Maximien, I :

Quoique omni est prjus fuoerc, vellr morl.

V. 21 et suiv. Voyez La Fontaine, Fab. I, XV; et dans la suivante :

Le trépas «lent tout guérir;

Mal* ne bougeons d‘ou nous sommes :

Plutôt souffrir que mourir !

Crut 1a devise des hommes.

208 ÉLÉGIES

Il se trahie au tombeau de souffrance en souffrance,

Et la mort, de nos maux ce remède si doux,

Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous.

Plus loin encore, Fab. VIH, i :

Le plu* semblable aux mort» meurt le plut i regret.

Virgile, Enéide, VI, 436, a bien exprimé ce regret de la vie, quand il dit des morts :

Quam relient a-there in alto

Nunc et paupericm et duras perferre la bores I

Et Val. Flaccus, Arg. VII, 337, lorsque Médée tient le poison à sa main :

O nlmiutn Jucunda dies, quam cari sub ipsa Morte magU t

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