‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 212 sur 424 · XXV. — V. 10. La Fontaine, Fable VI, xi · texte numérisé non relu

XXV. — V. 10. La Fontaine, Fable VI, xi

il obtint changement de fortune.

N’est-ce pas la môme pensée qui inspire La Fontaine et André? La Fontaine, dans la même fable :

Notre condition Jamais ne nous contente;

l j pire eut toujours la présente.

Nous fatiguons le Ciel a force de placets.

Qu’a chacun Jupiter accorde sa requête.

Nous lui romprons encor la tête.

XXVI. — V. 3. Cette longue comparaison a plus d’un rapport avec la description qu’on lit dans Rousseau, Nouvelle Héloïse , 1, XXIII.

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES 205 Qu’ils s’élèvent eux-mème au-dessus des abîmes.

Mais bientôt à leurs pieds qu’il descende; à ses yeux S’étendent mollement vallons délicieux,

Pâturages et prés, doux enfants des rosées,

Trient, Cluses, Magland, humides Élysées, 20

Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.

Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile De Douvre ou de Tanger fend la route mobile,

Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant Le passager languit malade et chancelant.

Son regard obscurci meurt. Sa tète pesante 5

Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,

F.t son cœur nage et flotte en son sein agité Comme de bonds en bonds le navire emporté.

Il croit sentir sous lui fuir la planche légère.

Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère 10

Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage :

Stupide, il a perdu sa force et son courage.

XXVII. — Le début de cette pièce indique que cette longue comparaison dans l’esprit d’André devait s’appliquera quelque pensée saiaissable de son âme, comme celle-ci : Souvent dans la vie l’homme est saisi par le dégoût de toutes choses ; il perd alors toute force, tout courage , et n’a plus même celui de vivre. Ainsi , etc. Cette pièce , on le voit, est du genre de la précédente, où il développe une pensée au moyen d’une comparaison longue et détaillée.

ÉLÉGIES

Il ne retrouve plus ses membres engourdis. 15

Il ne peut secourir son ami ni son fils,

Ni soutenir son père, et sa main faible et lente Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres, le 6 , couché et souffrant. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787.

Sans parents, sans amis et sans concitoyens,

Oublié sur la terre et loin de tous les miens,

Far les vagues jeté sur cette île farouche,

Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. Auprès d’un noir foyer, seul, je me plains du sort. 5 .le compte les moments, je souhaite la mort ;

Et pas un seul ami dont la voix m’encourage,

Qui près de moi s’asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein,

Me dise : « Qu’as-tu donc! » et me presse la main. to

Londres, décembre 1787.

XXYIll. — Y. t. C’est après avoir senti lui-même les douleurs de l'exil que, dam Y Avis aux Français , voulant appeler la pitié publique sur les émigrés, il les peindra errant « de contrée en contrée, pauvres, ne tenant à rien, sans parents, sans amis, seuls... » Iphigénie dit dans Euripide, Jphig. en Tour. 218 :

Nûv 8’ àÇeîvou tcovrou Çtiv* fyjafô pîov; ofxov; vaico ayapio;, aicxvo;, atcoXiç, içiXo;.

(iéricault „ dans une lettre inédite * datée de Florence, s’écrie avec un accent de poète :

« Ramasse/ le plus que vous pourrez de bous amis, on ne peut être trop quand on est loin de la patrie. >•

D Cette lettrr fait partir d'une collection dont nous nous proposons d'entrrtrnir un jour lr public.

Page 1