LIVRE II - CAMILLE
D’un humide nuage obscurcissent mes yeux.
Mais pleurer est amer pour une belle absente ;
11 n’est doux de pleurer qu'aux pieds de son amante ,
Pour la voir s’attendrir, caresser vos douleurs
Et de sa belle main vous essuyer vos pleurs , 40
Vous baiser, vous gronder, jurer qu’elle vous aime,
Vous défendre une larme et pleurer elle-même.
Eh bien! sont-ils bien tous empressés à te voir5 Vs-tu sur bien des cœurs promené ton pouvoir?
Vois-tu tes jours suivis de plaisir et de gloire, 45
Et chacun de tes pas compter une victoire ?
Oh! quel est mon bonheur si, dans un bal bruyant. Quelque belle tout bas te reproche en riant l)’un silence distrait ton âme enveloppée,
Et que sans doute ailleurs elle est mieux occupée ! 50
Mais, dieux ! puisses-tu voir sous un ennui rongeur De ta chère beauté flétrir toute la fleur,
Plutôt que d’être heureuse à grossir tes conquêtes, D’aller chercher toi-même et désirer des fêtes,
Ou sourire le soir, assise au coin d’un bois, 55
V. 37. L'inversion rend la pensée de ce vers obscure; André veut dire que les pleurs que l'on verse pour une belle absente sont amers; s'il était permis de supprimer la conjonction maJst on pourrait heureusement corriger ce vers ainsi :
Amer est de pleurer pour une belle absente.
La pensée est de Properce, I, XII, 15:
Feliv , qui pottiit praetentl Acre puellæ :
Non nihil adspersis gaudet timor lacryiuis.