‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 242 sur 424 · LIVRE II - CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II - CAMILLE

Jadis, il m’en souvient, quand les bois du Permesse 15 Recevaient ma première et bouillante jeunesse,

Plein de ces grands objets, ivre de chants guerriers, Respirant la mêlée et les cruels lauriers,

Je me couvrais de fer, et d’une main sanglante J'animais aux combats ma lyre turbulente; SO

Des arrêts du destin prophète audacieux,

J’abandonnais la terre et volais chez les dieux.

Au flambeau de l’Amour j’ai vu fondre mes ailes.

Les forêts d’Idalie ont des routes si belles!

Là, Vénus, me dictant de faciles chansons, 25

M’a nommé son poète entre ses nourrissons.

Si quelquefois encore, à tes conseils docile,

Ou jouet d’un esprit vagabond et mobile,

Je veux, de nos héros admirant les exploits,

A des sons généreux solliciter ma voix, 30

Aux sons voluptueux ma voix accoutumée Fuit, se refuse et lutte, incertaine, alarmée ;

F.t ma main, dans mes vers de travail tourmentés, Poursuit avec effort de pénibles beautés.

Mais si, bientôt lassé de ces poursuites folles, 35

Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles,

Si je chante (Camille, alors écoute, voi :

Les vers pour la chanter naissent autour de moi.

Tout pour elle a des vers! Ils renaissent en foule;

V. 15. I # Permesse, petit cour» d’eau descendant de l'Hélicon , dans lequel se baignaient les Muses, comme le dit Hésiode, Théog. 1 et sqq.

V. 23. N’est-ce point la même pensée qu’Horace, Od. II, Xli? N’est-ee point aussi Y Ode I d’Anacréon ? N’est-ce point la pensée de tous les poètes élégiaques ?

V. 24. « Ida lie, « ville et forêt de l'ile de Cypre; voy. Théocrite, Id. XV, 100; Virgile, Enéide, I, 093.

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