‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 253 sur 424 · V. 35. Tibulle, III, vi · texte numérisé non relu

V. 35. Tibulle, III, vi

Ile! mihi ! Difficile est imltari gandia folsa :

Difficile est tristi fingere mente Jorum.

V. 39. [Le premier qui a employé de la sorte le mot absent fut neuf et hardi ; mais on a fort abusé de cette expression. Le Brun a dit dans une ode :

La colombe des amours Par un vain songe obsédée.

Souvent expire en idée

Sous l'ongle absent des vautours.

Marie-Joseph Chénier a quelque part aussi cette expression. Palissot, dans la Dunciade , VII, l’imite de Stace, T/ièb. VI, 401, croyant Limiter de (’laiidien. Boisjoliii, traduisant la Forêt de Windsor , a suivi les traces de Stace et de Pope :

L'impatient coursier palpite dans l'attente Sur le sol qui l’arrCte, et bat la plaine absente.

« La plaine absente ! Quel intolérable jargon î « s’écrie La Harpe. Il devait se souvenir d’Horace, Sat. II, VII, 28. On trouverait, du reste, des exemples de cette expression dans Lucain, Valér. PlacctlS, Ausone, Sidoine Apollinaire, etc. Boisson A DK.]

ÉLÉGIES

I)u moins il m’en souvient, quand autrefois auprès 45 De cette ingrate aimée, en nos festins secrets,

Je portais k la hâte à ma bouche ravie La coupe demi-pleine à ses lèvres saisie,

Ce nectar, de l'amour ministre insidieux,

Bien loin de les éteindre, aiguillonnait mes feux. 50

Ma main courait saisir, de transports chatouillée,

Sa tète noblement folâtre, échevelée.

Klle riait ; et moi, malgré ses bras jaloux,

J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux ;

J’avais soin de reprendre, utile stratagème! r>5

Les fleurs que sur son sein j’avais mises moi-mëme ;

Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants,

lx»s cherchaient, les suivaient, et les ôtaient longtemps.

Ah! je l’aimais alors! Je l’aimerais encore,

Si de tout conquérir la soif qui la dévore eo

Eût flatté mon orgueil au lieu de l’outrager,

Si mon amour n’avait qu’un outrage à venger,

Si vingt crimes nouveaux n’avaient trop su l’éteindre,

Si je ne l’abhorrais! Ah! qu’un cœur est à plaindre De s’être à son amour longtemps accoutumé, C5

Quand il faut n’aimer plus ce qu’on a tant aimé ! Pourquoi, grands dieux ! pourquoi la fîtes-vous si lieile ? Mais ne me parlez plus, amis, de l’infidèle :

Que m’importe qu’un autre adore ses attraits,

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