‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 252 sur 424 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie,

Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux,

Ou la vigne foulée aux pressoirs de Citeaux. 30

Non, rien n’est plus heureux que le mortel tranquille Qui, cher à ses amis, à l’amour indocile,

Parmi les entretiens, les jeux et les banquets,

Laisse couler la vie et n’y pense jamais.

Ah! qu’un front et qu'une âme à la tristesse en proie 35 Feignent malaisément et le rire et la joie !

Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi ;

Son fantôme attrayant est partout devant moi ;

Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille : Peut-être aux feux du vin que l’amour se réveille; 40 Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés,

Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.

J’ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance, Tous ces dieux malfaisants ne soient d’intelligence.

laisse couler sa vie et n’y pense jamais.

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