I.e fer a droit d’ouvrir le flanc du meurtrier
Trahir qui nous trahit est juste autant qu’utile, 35
Et l’inventeur cruel du taureau de Sicile,
V. 35. Maxime qu'on rencontre a chaque pas dans les auteurs antiques. Cf. Eschyle, P/ww. 936; Sophocle, Électre, 1026; Euripide, Orestr , 1165. — Racine, AnJrom. III, l, a dit :
C’ext trop gémir tout «eut. Je nui» las qu’on me plaigne :
Je prétends qu'a son tour l'inhumaine me craigne,
Et que yeux cruels, à pleurer condamnés.
Me rendent tous les noms que Je leur ai donnés.
Et dans Mithridate, III, IV :
Trompons qui nous trahit : et pour connaître un (mitre Il n'est point de moyens
En effet, sc venger d’un trompeur est justice, et même plus, comme dit La Foutainc, II, XV :
Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.
V. 36. Le passage qui précède et cette belle comparaison sont imités d'Ovide , Art tt aimer , I, 645 :
Faliite falientes : ex magna parte protanum
Surit genus; in laqueos, quos posuere, cadant
Et Phalarh tauro violent! niembra Perilli Torruit ; Infrllx imbolt auctor opus.
Justus uterque fuit ; nrque en ira Ici srquior ulla,
Quant necls artifices a rte perire sua.
Ergo ut perjura* merito perjuria fallant, t Exemple doleat femina la-sa silo.
Voyez cette même comparaison dans le Dante, Die. Corn., Enfer , XXVII. — Perse, Sat. III, 9, a comparé les tortures de la conscience à celles du taureau de Phalaris. — Péri lins, dit-on, avait construit un taureau d'airain dans les flancs duquel on devait brûler des victimes; il avait adapté des flûtes aux naseaux de l'animal, par où, s’échappant et se changeant en thrènes mélodieux, les cris du patient devaient charmer les oreilles de Phalaris, tyran d’Agrigente, à qui Périllus fit don de son taureau. Mais Phalaris, pour essayer le taureau, y fit brûler l’invcuteur lui-même. Voy. Tzctz. H. I. 646. Cf. Plutarque, Para II. XXXIX: Pindare, Pyth. I, 185; Lucien, Pliai, prior, XI, XII ; Diodore, XIII, xc. Quand Audré écrivit ces vers, il est probable qu’il venait de lire Valère Maxime, qui, au livre IX, dans son chapitre il, sur la cruauté , a rapporté l'histoire du taureau et de Périllus, qu'il appelle : « Sa*vus illc «ici tauri inventor. »
LIVKE II — CAMILLE
Lui-même à l’essayer justement condamné,
A fait mugir l’airain qu’il avait façonné.
Maintenant, poursuivez : il suffit qu’on vous voie,
Vos filets aisément feront une autre proie ; 40
Je m’en fie à votre art moins qu’à votre beauté.
Toutefois, songez-y, fuyez la vanité.
Vous me devez un peu cette beauté nouvelle;
Vos attraits sont à moi, c’est moi qui vous fis belle.
Soit orgueil, indulgence ou captieux détour, 45
Soit que mon cœur, gagné par vos semblants d’amour, D’un peu d’aveuglement n’ait point su se défendre (Car mon cœur est si bon et ma muse est si tendre!),
Je vins à vos genoux, en soupirs caressants,
D’un vers adulateur vous prodiguer l'encens. 50
De vos regards éteints la tristesse chagrine Fut bientôt dans mes vers une langueur divine.
Ce corps fluet, débile et presque inanimé,
En un corps tout nouveau dans mes vers transformé,