‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 282 sur 424 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

A porter ce revers mon âme est impuissante.

Kh quoi! beauté divine, incomparable amante,

Je vous perds! Quoi ! par vous nos liens sont rompus! 5 Vous le voulez; adieu, vous ne me verrez plus :

Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.

Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre !

Mais vous fûtes toujours l’arbitre de mon sort ;

Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. 10

Oui, sans mourir, hélas! on ne perd point vos charmes. Ah! que n’ètes-vous là pour voir couler mes larmes, Pour connaître mon cœur, vos fers, vos cruautés,

Tout l’amour qui m’embrase et que vous méritez! Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire?) ta Qu 'aisément de vos traits on bannit la mémoire;

Que jusqu’ici vos bras inconstants et légers Ont reçu mille amants comme moi passagers ;

Que l’ennui de vous perdre, où mon âme succombe,

N’a d’aucun malheureux accéléré la tombe. 20

Comme eux j’ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser; De vous, comme eux encor, je pourrai me passer.

Mais quoi! je vous jurai d’éternelles tendresses!

Et quand vous m’avez fait, vous, les mêmes promesses, Etait-ce rien qu’un piège? Il 11’a point réussi. 25

J’ai fait comme vous-même : ah ! l’on vous trompe aussi, Vous, dans l’art de tromper maîtresse sans émule.

Vous avez donc pensé, perfide trop crédule,

Y. 18. Properce, II, ixrv, 41 :

Credo ego non pauco* isto perilssc figura :

Credo ego *ed multos non habuluc fldem.

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