V. 04. Voy. Virgile, Ègl. X
V. 06. Ovide exilé, on ne sait pour quel motif, à Tomes, près des Itouclies du
A LE BRUN ET A BRAZAIS 303
Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités Agréer de tes vers les lâches faussetés !
Je plains ton abandon, ta douleur solitaire.
Pas un cœur qui, du tien zélé dépositaire, 70
Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi,
Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi !
Ce n’est pas nous, amis, qu’un tel foudre menace.
Que des dieux et des rois l’éclatante disgrâce
Nous frappe : leur tonnerre aura trompé leurs mains 5 75
Nous resterons unis en dépit des destins.
Qu’ils excitent sur nous la fortune cruelle ;
Qu’ellearme tous ses traits : nous sommes trois contre elle. Nos cœurs peuvent l’attendre, et, dans tous ses combats, L’un sur l’autre appuyés, ne chancelleront pas. so
Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.
Que nous importe alors si le dieu du Permesse Dédaigne de nous voir, entre ses favoris,
Charmer de l’Ilélicon les bocages fleuris?
Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple, ss Où la félicité les reçut dans son temple,
Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau,
De leur double laurier su ravir le plus beau.
Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l’un et l’autre.
Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre; 90
Ce cœur fut leur génie, il fut leur Apollon,
Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon.
Danulie, ne cessa d’adresser à l’empereur les plus basses flatteries ; c’esl dans cet eiil qu’il composa les Tristes , où il peint son infortune, sa solitude dons un pays où ne l'avaient suivi ni famille ni ami.
V, 7 H. Voyez la même pensée, Élégies, I, XIV.
ÉP1TRES
Castor charme les dieux, et son frère l’inspirp;
Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre;
C’est près de Pollion, dans les bras de Varus, sr.
Que Virgile envia le destin de Nisus.
Que dis-je? ils t’ont transmis ce feu qui les domine. Vai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,
Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs
Que jadis Simonide anima de ses pleurs? 100
Et toi, dont le génie, amant de la retraite.
Et des leçons d’Ascra studieux interprète,
Accompagnant l’année en ses douze palais,
Etale sa richesse et ses vastes bienfaits ;
lirazais, que de tes chants mon âme est pénétrée, 10s
Quand ils vont couronner cette vierge adorée,
Dont par la main du temps l’empire est respecté,
Et de qui la vieillesse augmente la beauté !
L’homme insensible et froid en vain s’attache à peindre Ces sentiments du cœur que l’esprit ne peut feindre ; 1 10
1 )e ses tableaux fardés les frivoles appas
V. 93. L'amitié de Castor et de Pollua est célèbre. Après la mort de Castor, tué par Lyncée, Pollux (immortel parce qu'il était fils de Jupiter) obtint de partager son immortalité avec son frère; \oy. Apollodore, III, XI ; Homère, Odyss . XI, 298.
V. 96. Pollion et Varus, amis de Virgile, que le poète a célébrés dans scs églogues. Voy. l'épisode de Nisus, Ênéide, IX.
V. 98. Fils de l'auteur du poeuie de la Religion et petit-fils du grand Racine. Il mourut à Cadix, lors du désastre qui détruisit Lisbonne et qui ébranla toute la côte de Portugal et d’Espagne. (. \ote <f André Chénier.)
V. 100. Simonide, en elTet, excellait, comme le dit André, à faire gémir la lyre de douleurs; voy. Anth. Grotii, I, lit. LXVI1, é/>. x et Xl; dans la seconde de ce* épigrammes, on lui donne l’épithète de
V. 102. « D' A sera *» répond à l’adjectif latin Ascræus. Virgile, Georg. II, 176 : Ascra umqur cano Roman* per oppida carmen.
Ascra, ville de Béotie, près de Thespies, patrie d’Hésiode, comme le dit Strabon, IX, II, 25, citant le propre témoignage d’Hésiode, Op. et dies, 639. Cf. Lil. Gyrald. de Poet. Inst. II.
V. 106. Frigone, qui se pendit de désespoir après la mort de son père. (H\g. 130).
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N’iront jamais au cœur dont ils ne viennent pas.
Eh ! comment me tracer une image fidèle Des traits dont votre main ignore le modèle ?
Mais celui qui, dans soi descendant en secret, lis
Le contemple vivant, ce modèle parfait,
C’est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore ;
Lui qui fait adorer la vertu qu’il adore;
Lui qui trace, en un vers des Muses agréé,
Un sentiment profond que son cœur a créé. 120
Aimer, sentir, c’est là cette ivresse vantée Qu’aux célestes foyers déroba Prométhée.
Calliope jamais daigna-t-elle enflammer Un cœur inaccessible à la douceur d’aimer ?
Non : l’amour, l’amitié, la sublime harmonie, 125
Tous ces dons précieux n’ont qu’un même génie;
Même souffle anima le poète charmant,
L'ami religieux et le parfait amant ;
Ce sont toutes vertus d’une âme grande et fière.
Ravins et Zoile, et Cacou et Linière, 130
Aux concerts d’Apollon ne furent point admis,
Vécurent sans maîtresse, et n’eurent point d’amis.
Et ceux qui, par leurs mœurs dignes de plus d’estime,
Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime, Voyez-les, dans des vers divins, délicieux, 135
Vous habiller l'amour d’un clinquant précieux ;
V. 130. Havius, mauvais poete latin; voy. Virgile, Êgl. 111, 00. — Zoile, le détracteur d’Homère (ôpujpopôcrTiÊ) ; voy. Fragm. Hui. Græc. Didot, II, p. 85.— Gacon, poète satirique français du dix-septième siècle, le détracteur scandaleux de Boileau et de J. -B. Rousseau. — Linière , poète satirique du dix-septième siècle, l 'ennemi déclaré de Chapelain (Boileau, Sat. IX); Boileau, Épit. VII, l'appelle le ffoètc idiot de Sentis.