‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 328 sur 424 · ÉPITRES · texte numérisé non relu

ÉPITRES

Badinage insipide où leur ennui se joue.

Et qu’autant que l’amour le bon sens désavoue.

Voyez si d’une belle un jeune amant épris A tressailli jamais en lisant leurs écrits ; MO

Si leurs Ivres jamais, froides comme leurs âmes,

De la sainte amitié respirèrent les flammes.

O peuples de héros, exemples des mortels !

C’est chez vous que l’encens fuma sur ses autels;

C’est aux temps glorieux des triomphes d’Athène, U5 Aux temps sanctifiés par la vertu romaine,

Quand l'âme de Lélie animait Scipion,

Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion ;

C’est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie,

Où les vertus étaient les lois de la patrie. tso

O demi-dieux amis ! Atticus, Cicéron,

Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron !

Ces héros, dans le sein de leur ville perdue, S’assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.

Unis par la vertu, la gloire, le malheur, t55

I,es arts et l’amitié consolaient leur douleur.

Sans l’amitié, quel antre ou quel sable infertile IN 'eût été pour le sage un désirable asile,

Quand du Tibre avili le sceptre ensanglanté

V. 147. Plutarque, Jn serti siï ger. resp. XXVII, dit qu’en toute occasion Scipion prenait conseil de Lélitis, ce qui faisait dire que I>lius était le poêle et Scipion l’acteur.

V. 148. Lorsque Phocion, condamné à mort par les ingrats Athéniens, fut au moment de boire la ciguë, Nicoclès lui demauda comme dernière faveur de boire avant lui : Phocion lui tendit la coupe. (Plutarque, Phoc. XXXVI).

V. 151. Corneille, t'innn , I, lu, emploie la même expression quand il parle De Cf* fameux proscrit», ce* demi-dieux mortels.

Saint-I.amhert, Été, appelle le sénat romain

Coiiücll de demi-dieux qu’adore l’uBlven.

Et Gill»ert, Sat. Hix-neuvièmc siècle , s’est écrié :

Quels demi-dieux enfin no* Jour* ont-ils vus naître?

A LE BRUN ET A BRAZAIS

Armait la main du vice et la férocité ; 160

Quand d’un vrai citoyen l’éclat et le courage Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage ;

Quand l’exil, la prison, le vol, l'assassinat,

Étaient pour l’apaiser l’offrande du sénat?

Thraséa, Soranus, Sénécion, Rustique, 165

Vous tous, dignes enfants de la patrie antique.

Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,

Braver du scélérat les indignes faisceaux, l)u lâche délateur l’impudente richesse,

Et du vil affranchi l’orgueilleuse bassesse. 170

Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,

Garder une patrie et des lois et des mœurs ;

Traverser d’un pied sur, sans tache, sans souillure,

Les flots contagieux de cette mer impure ;

Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, 17&

Sur ce monde profane un monde vertueux.

Oh! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives.

Amitié ! de leur gloire ennoblis nos archives.

Viens, viens : que nos climats, par ton souffle épurés, Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. jso

Uends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heu reuse Descendre des Vertus la troupe radieuse,

De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein,

Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.

V. 175. Amin* a transporté cette belle pensée dans Y Hermès, en la généralisa ut *

La patrie, au milieu des embûche», des traîtres,

Rrmontc en sa mémoire, a recours aux anc*trr«.

Cherche ce qu'ils feraient en un danqer pareil,

Kt des siècles vieilli» assemble le conseil.

Et le flambeau des males aïeux n’esl-ce pas celte clarté que, dans une note de Y Net mèst il compare* à la queue étincelante des comètes?

:)08 ÉP1TKES

Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, 186

Chasse de leur empire et la haine et l’envie :

Loin de toi dans l’opprobre ils meurent avilis ;

Pour conserver leur trône ils doivent être unis.

Alors de l’univers ils forcent les hommages :

Tout, jusqu’à Plutus même, encense leurs images ; tno Tout devient juste alors ; et le peuple et les grands, Quand l'homme est respectable, honorent les talents. Ainsi l’on vit les Grecs prôner d’un même zèle La gloire d’Alexandre et la gloire d’Apelle;

La main de Phidias créa des immortels, tas

Ht Smyrne à son Homère éleva des autels.

Nous, amis, cependant, de qui la noble audace Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,

Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis. Soyons cités comme eux entre les vrais amis ; 200

Qu’au delà du trépas notre âme mutuelle Vive et respire encor sur la lyre immortelle;

Que nos noms soient sacrés; que nos chants glorieux Soient pour tous les amis un code précieux;

Qu’ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées ; 205 Qu’ils raniment encor nos muses éclipsées,

Et qu’en nous imitant ils s’attendent un jour D’être chez leurs neveux imités à leur tour.

Y. 202. N’est-re pas la pensée de Théocrite, Idyl. XII , IH :

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A LE BRUN

A LE BRUN

Laisse gronder le Rhin et ses flots destructeurs,

Muse; va de Le Brun gourmander les lenteurs.

Vole aux bords fortunés où les champs d’Elysée De la ville des lis ont couronné l'entrée;

Aux lieux où sur l’airain Louis ressuscité 5

Contemple de Henri le séjour respecté,

Et des jardins royaux l’enceinte spacieuse.

Abandonne la rive où la Seine amoureuse,

Lente et comme à regret quittant ces bords chéris,

Du vieux palais des rois baigne les murs flétris, to

Et des fils de Coudé les superbes portiques.

Suis ces fameux remparts et ces berceaux antiques Ou, tant qu’un beau soleil éclaire de beaux jours,

Mille chars élégants promènent les amours.

Un Paris tout nouveau sur les plaines voisines i5

S’étend, et porte au loin, jusqu’au pied des collines,

Un long et riche amas de temples, de palais,

III. — (Vtte épitre semble imitée d’Ovide, Tristes , III, vil :

Yade salutation subito, prrarata. Péri liant Liltera, vrraonl* flda rainUtra inri.

Au! illam Inventes dulcl mm matre sedentem.

Aut Inter libros Pirrldasque suas.

Quldquid aget, cura te aclerit venisse, rrlinquct .

Ver mors, quld venus, qnidve rrquirrt, a g. un.

Y 2. André s'adresse à sa muse, comme Horace dans YÉpitre à Ce/sus , I, VIII :

CrUo gaudere et bene rem gerere Albinovano,

Mom rogata, refer, romiti vribrqur Ncronts.

V'. 10. Le Brun était alors logé au Louvre; mais l’été sans doute il allait habiter Passy : c’était là son Hélicon, comme le dit André.

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