V. 130. Bailly, Histoire de l’astronomie
POEMES
Naît de ces grands objets réservés à nos âges!
Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts,
Aux vallons de Cusco, dans ces antres profonds,
Si chers à la fortune et plus chers au génie,
Germent des mines d’or, de gloire et d’harmonie. 140 Pensez-vous, si Virgile ou l’Aveugle divin Renaissaient aujourd’hui, que leur savante main Négligeât de saisir ces fécondes richesses,
De notre Pinde auguste éclatantes largesses ?
Nous en verrions briller leurs sublimes écrits ; 145
Et ces mêmes objets, que vos doctes mépris Accueillent aujourd’hui d’un front dur et sévère,
Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire.
Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur
Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur iso
D’oser sortir jamais de ce cercle d’images
Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages.
.Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants,
Sous des dehors plus vrais peindre l’esprit aux sens?
Mais quelle voix jamais d’une plus pure flamme 155 Et chatouilla l'oreille et pénétra dans l’âme ?
Mais leurs mœurs et leurs lois, et mille autres hasards, Rendaient leur siècle heureux plus propiceaux beaux-arts. Eh bien! l’âme est partout; la pensée a des ailes.
Volons, volons chez eux retrouver leurs modèles ; ieo
V. HO. Ce passage témoigne des projets épiques d'André. Fayolle a dit avoir vu piinni les manuscrits le plan (T un poème sur la conquête du Pérou ; qu'est-il devenu ? qui donc a dispersé ainsi les reliques du poète ?
V. 148. Horace, reprochant aussi aux Romains de ne permettre l'audace poétique qu’aux anciens, F.p. ad Pis. 53 :
. Quid au te III ?
Orcilio Plau toque dabit Romanu*, ademptut»
Vlrglllo, Varloque?
L’INVENTION
Voyageons dans leur âge, où, libre, sans détour,
Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour. Au tribunal de Mars, sur la pourpre romaine,
Là du grand Cicéron la vertueuse haine
Ecrase Céthégus, Catilina, Verrès ; IBS
Là tonne Démosthène ; ici de Périclès
La voix, l’ardente voix, de tous les cœurs maîtresse,
Erappe, foudroie, agite, épouvante la Grèce.
Allons voir la grandeur et l’éclat de leurs jeux.
Ciel! la mer appelée en un bassin pompeux! no
Deux flottes parcourant cette enceinte profonde, Combattant sous les yeux des conquérants du momie !
O terre de Pélops ! avec le monde entier
V. IG3 et lui v. Tout le passage qui suit est imité de Pé troue, Saty r. V :
Sed sive armigcrar rident Tritonidis arcc«,
Seu Lacedxmonio tellua habitats colono,
Sirenumque domu*, det primo* vertlbus annu*,
Maroniumqae bibat felicl pectore fontrrn ;
Moi et Socralico pie nus grrgc mittat babenas Liber, et ingentis quatiat Dcntoatheuis arma.
Ilioc Romana ma nus cirrumfluat, et modo (iraio Kionerata sono, mutet suffusa sa pore ui.
Interdum subduc la foro det pagina cursum , ht cortina sonet celer i disüncta meata.
Dent epulas et belb truci memorata canore :
(«randtaqur indomiti Ciceronls verba minentur.
Hit aniinum tuicringe bonis, sic fl u roi no largo Plenus. Pierio defundes perfore \erba.
Helire dans Longin, du Subi. , les chapitres XI et XII, qui traitent de l'imitation et de la manière d’imiter.
V. IG8. C’est le- portrait qu’ Aristophane, Ach. 530, nous trace de Périclès : ’EvTiûôev opy-ij IlcpixXêr,; oOXOpnio; f,aTpa7tT’, iGpôv Ta, ÇuvcxOxa tV|v *EXXxoa.
Cf. Diodore, XII, XL; Plut., Périclès, VIII. — Le scholiaste cite un vers d'Eupolis remarqué par presque tous les écrivains qui ont parlé de Périclès, voy. Cicéron, Orat. XV de Suad .; Brut. IX ; Quiutilieu, XII, 10. — Cicéron, Orat. ad JH. Brut. XXIX, rappelle aussi les paroles d'Aristophane ; Aristide, Orat. 45, rapporte l’expression du poète comique Cratinus sur Périclès : «TÛ iicyioty) T^tta T***v *EXXï|vükov. »
V. 170. Allusion aux naumachies romaines, jeux en honneur sous les Césars et dont parle Suétone. On y représentait fréquemment cette bataille d’Actium si célèbre que les enfants la simulaient dans leurs jeux, voy. Horace, Épit. 1, xvm, Gl.
134 POEMES
Allons voir d’Epidaure un agile coursier.
Couronné dans les champs de Némée et d’Elide; 175 Allons voir au théâtre, aux accents d’Euripide,
D’une sainte folie un peuple furieux Chanter : Amour , tyran des /tommes et des dieuxl Puis, ivres des transportsqui nous viennent surprendre, Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre; iso Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs ;
Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs ; Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques ;
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
V. 174. André est exact jusque daps les moindres détails : les coursiers d’Epidaure étaient célèbres, voy. Strabon, VIII, vitl.
V. 178. Lucien, Quomod. hist.conscr.sit, I, raconte que, sous le régne de Lysimaque(301 IV. i. C.), à Ahdère, pendant les chaleurs de la canicule, un acteur, nommé Archélaiis, joua Y Andromède d'Euripide avec une telle passion que le peuple, surexcité par la poésie d'Euripide , par le jeu de l'acteur et par les feux du soleil, sortit du théâtre en proie à une frénésie qui dura tout le temps des chaleurs, criant et chantant ce vers d’une tirade de Persée :
£’j 5’ u> Ôewv tûpavvE xàvOptôïïwv vEpto;.
Athénée, Xlll, I, p. 501, B, nous a conservé six autres vers. Cette pensée du reste n’appartient pas en propre à Euripide , qui l’a reproduite dans Phèdre , selon le témoiguage de Clément d’Alexandrie, Strom. VI, p. 449, E. (Stobée, LXII, 25, attribue ce fragmenta Sophocle); Clérn. d’Alex, le rapproche de deux vers d’Anacréon, Od. LVI11 :
°OSi xal 8cwv Syvaatr,;,
Ôôe xai (JpoTovç 8ot(xâÇei.
Sophocle l’exprime dans Antigone, 781, ainsi que dans les Colchides (Stobée, LXIII, 0). Et on la retrouve presque sous la même forme dans Hésiode, The'og. 121. Rapprochement curieux, Pétrone, Satjr. CXX, a dit de la fortune :
Rrruro liwnanarum, divinarnmquc potestas.
Corneille, Rodogune, III, il , appelle l’Amour (ce IlavSapdircüp , comme disaient les Grecs) : « Le grand maître et des rois et des dieux. » Le Brun, Veillées du Parnasse : « Le vainqueur des héros et des dieux. « La Fontaine avait dit, dans Psyché , I :
On le craint dans Ica deux, on le craint »ur la terre.
V. 184. Ce vers résume admirablement toute la pensée d’André. Aux temps héroïques de la Grèce, Homère, Odyss . I, 351, disait déjà :
T9)v yip àoiSfjV pôtXXov éitixXeioua’ avôpomot, fjxi; ixo’JovTtooi vcwTâtr) àp.ptixÉXrj-rat.
L’INVENTION
Direz-vous qu’un objet né sur leur Hélicon 185
A seul de nous charmer pu recevoir le don ;
Que leurs fables, leurs dieux, ces mensonges futiles,
Des Muses noble ouvrage, aux Muses sont utiles;
Que nos travaux savants, nos calculs studieux,
Qui subjuguent l’esprit et répugnent aux yeux, ion
Que l’on croit malgré soi, sont pénibles, austères,
Et moins grands, moins pompeux que leurs belles chimères? Voilà ce que traités, préfaces, longs discours,
Prose, rime, partout nous disent tous les jours.
Mais enfin, dites-moi, si d'une œuvre immortelle 195 La nature est en nous la source et le modèle, Pouvez-vous le penser que tout cet univers,
Et cet ordre éternel, ces mouvements divers,
L’immense vérité, la nature elle-même,
Soit moins grande en effet que ce brillant système 200 Qu’ils nommaient la nature, et dont d’heureux efforts Disposaient avec art les fragiles ressorts ?
Mais quoi ! ces vérités sont au loin reculées,
Dans un langage obscur saintement recélées :
Le peuple les ignore. O Muses, ù Phœbus ! 205
C’est là, c’est là sans doute un aiguillon de plus. L’auguste poésie, éclatante interprète,
Se couvrira de gloire en forçant leur retraite.
Cette reine des cœurs, à la touchante voix,
A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix, 210 Sûre de voir partout, introduite par elle,
M. Sainte-Beuve, Étude sur Virgile, cilc le vers d’André en en développant la |>en»c«* , el le rapproche de ce» ver» de Virgile, Gcorg. III, 8 :
Tcntanda via r*t, qna me qttoqtic poKira
Tolkre humo. virtorqur tirûtn vnlltar** p«*r ora.
Cf. Pindare, Ol. IX, 72: Manilius dstr. III.