V. 8. Cf. Lucrèce, V
Enfin qui d’un pays ont fait une patrie.
Et que de fois pourtant leurs frères envieux là
Ont d’affronts insensés, de mépris odieux,
Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,
Comme dans leurs maisons ces animaux stupides Dont la dent méfiante ose outrager la main Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim ! 20
Mais 11’importe ; un grand homme au milieu des supplices Coûte de la vertu les augustes délices.
Il le sait, les humains sont injustes, ingrats.
Que leurs yeux un moment 11e le connaissent pas;
Qu’un jour, entre eux et lui, s’élève avec murmure 25 D’insectes ennemis une nuée obscure;
N’importe, il les instruit, il les aime pour eux.
Même ingrats, il est doux d’avoir fait «les heureux.
Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence,
Doit être son ouvrage; et non sa récompense, 30
Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,
De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau.
Au loin dans l’avenir sa grande âme contemple Les sages opprimés que soutient son exemple ;
Des méchants dans soi-mèine il brave la noirceur : 35
C’est là qu’il sait les fuir; son asile est son cœur.
De ce faite serein, son Olympe sublime,
Il voit, juge, connait. Un démon magnanime
V. 21. (Jfcuvres eu prose, p. 171 : « C'est surtout quand les sacrifiées qu’il faut faire à lu vérité, à la liberté, à la patrie, sont dangereux et difliciles, qu'ils sont aepagnés aussi d'ineffables délices. C'est au milieu des délations, des outrages, des proscription* ; c'est dans les cachots, c’est sur le* échafauds que la vertu, la probité, la constance, savourent la solupté d'une conscience orgueilleuse et pure. •