‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 368 sur 424 · XXII. - Lucrèce, II · texte numérisé non relu

XXII. - Lucrèce, II

(Juippr tidelket vivo* existera vermei*

Stenorc de tetru, putrorein com slbl narta it Intr-npestlvis es Itnbribm humida tellm :

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projets comme s’il devait vivre mille ans. Le vieillard qui a usé la vie est inquiet et triste. Son importune envie ne voudrait pas que la jeunesse l’usât à son tour. Il crie : Tout est vanité! — Oui, tout est vain sans doute , et cette manie , cette inquiétude, cette fausse philosophie, venue malgré toi lorsque tu ne peux plus remuer, est plus vaine encore que tout le reste.

« La terre est éternellement en mouvement. Chaque chose naît, meurt et se dissout. Cette particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, un roi. • Le monde est une branloire perpétuelle, » dit Montaigne (à cette occasion, les conquérants , les bouleversements successifs des invasions , des conquêtes, d’ici, de là...). Les hommes ne font attention à ce roulis perpétuel que quand ils en sont les victimes: il est pourtant toujours. L’homme ne juge les choses que dans le rapport qu’elles ont avec lui. Affecté de telle manière, il appelle un accident un bien; affecté de telle autre manière, il l’appellera un mal. La chose est pourtant la même, et rien n’a changé que lui...

Et si le bien existe, il doit seul exister. »

XXIII. — Le poète se proposait de clore le morceau des sens par le développement de cette idée :

« Si quelques individus, quelques générations, quelques peu-

Pr*ifTO runctan itidrni ren vertere nese.

Verlunt se fluvil, frondes, rt pabula læla In pecudes : verlunt pecudes in corpom nosirn Ytlurara. et nostro de corpore Mtpe fera ru m Augrscunt vires, et corpora pmnipntrnt’«m.

Mais ia pensée d’André rappelle* Shakspeare, Haml. V, I. — Le mot qu'André ci le de Montaigne est au livre 111, ehap. il ; mais, pour la pensée, voyez. Montaigne, 11, Xll.

Quant a l'existence absolue du bien, [André Chenier rentrerait iri dans le système de l'optimisme de Pope, s'il faisait intervenir Dieu ; mais, comme il s’en abstient absolu ment, il faut convenir que cette morale va plutôt à l’éthique de Spinosa , de môme que sa physiologie corpusculaire allait à la philosophie zoologique de Lamark.

Saistr-Hruvr.]

XXIII. — L image qui termine la pensée d’André est de Perse, Snt, V, 150 :

Nam lurtata canin nndum abrupit; attamrn illi,

(Jiium ftitfil, a colto trahilur pars long* ratrnæ.

Haciue n’y songeait-il pas, quand Oreste dit, dans Andromaifui *, 1, I :

Km U m'a* -vu depot*

Traîner de nier» en nier* ma chitine et iuca ennui* ?

pics, donnent dans un vice ou dans une erreur , cela n'empêclie que l'âme et le jugement du genre humain tout entier ne soient portés à la vertu et à la vérité, comme le bois d’un arc , quoique courbé et plié un moment , n’en a pas moins un désir invincible d’être droit, et ne s'en redressé pas moins dès qu’il le peut. Pourtant, quand une longue habitude l’a tenu courbé, il ne se redresse plus; cela fournit un autre emblème :

El traîne

Encore après ses pas la moitié de sa chaîne. »

Le troisième chant devait embrasser la politique et la religion utde qui en dépend, la constitution des sociétés, la civilisation enfin, sous l'influence des illustres sages, des Orphée, des 5'unia. auxquels le poète assimilait Moïse. Les fragments de V Hermès (voir p. 350) se rapportent plus particulièrement à ce chant 6nal.

XXIV. — « Chaque individu dans l’état sauvage est un tout indépendant; dans l’état de société, il est partie du tout, il vit de la vie commune. Ainsi, dans le chaos des poètes, chaque germe, chaque élément est seul et n’obéit qu’à son poids ; mais, quand tout cela est arrangé, chacun est un tout à part, et en même temps une partie du grand tout. Chaque monde roule sur lui— même et roule aussi autour du centre. Tous ont leurs lois à part, et toutes ces lois diverses tendent à une loi commune et forment l'univers... ■

Mais ces soleils assis dans leur centre brûlant,

Et chacun roi d’un monde autour de lui roulant,

Ne gardent point eux-mème une immobile place :

Chacun avec son monde emporté dans l’espace,

Ils cheminent eux-mème : un invincible poids 5

Les courbe sous le joug d’infatigables lois,

Dont le pouvoir sacré, nécessaire, inflexible,

Leur fait poursuivre à tous un centre irrésistible.

XXV. — L’était une bien grande idée à André que de consacrer ainsi ce troisième chant à la description de l’ordre dans la société d’a-

POEMES

bord, puis à l'exposé de l’ordre dans le système du monde, qui devenait l’idéal réfléchissant et suprême. Il établit volontiers ses comparaisons d’un ordre à l'autre :

« On peut comparer (se dit-il) les âges instruits et savants, qui éclairent ceux qui viennent après , à la queue étincelante «les comètes. »

XXVI. — Il se promettait encore de « comparer les premiers hommes civilisés, qui vont civiliser leurs frères sauvages, aux éléphants privés qu'on envoie apprivoiser les farouches; et par «piels moyens ces derniers. »

XXV II. — la? poète, pour compléter ses tableaux, aurait parlé pro pliétiqueraent de la découverte du nouveau monde :

« () destins, hâtez-vous d'amener ce grand jour qui... qui... , mais non, dralins, éloigne/, ce jour funeste, et. s il se peut, «pt'il n'arrive jamais ! »

Et il aurait flétri les horreurs qui suivirent la conquête. Il n’aurait pas moins présagé Gaina , et triomphé avec lui des périls amoncelés «pie lui opposa en vain

Des derniers Africains le cap noir de tempêtes!

XXVI. — [Hasard charmant! L’auteur du Génie du christianisme a rempli comme a plaisir la comparaison désirée, lorsqu’il nous a montré les missionnaires du Paraguay remontant les fleuves en pirogues, avec les nouveaux catéchumènes qui ehantaienl de saints cantiques : * Les néophytes répétaient les airsf dit-il, comme des oiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l’oiseleur les oiseaux sauvages. » SxiHTF- Helvk.J

XXYII. — « Des derniers Africains, » [latinisme. Virgile, Enéide , XII, o34 : « Vltima Thraca » ; Horace, Odes , II, XVIII : « Vltima Africa ; » et Odest I, XXXVI : m Vltima Hesperia. « Claudieii, Contre Eufin, II, 148 : « Quidquid régal u/tima Tethys. » J. -B. Rousseau, Ode au prince de Vendôme , imitant Horace : « Jusqu’à la dernière Hespérie. » Voltaire a dit même en prose : « Il étendit ses soins jusque sur rette partie du geure humain qu’on achète chez les derniers Africains. » llois- ÜOSADK.]

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