‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 376 sur 424 · CHANT VI · texte numérisé non relu

CHANT VI

Mais les hommes se plaindraient du ciel, si le crime opprimait toujours l'innocence. L'Éternel était content de l’épreuve. Il appela l’ange tout de feu qui anime les prophètes (i).

« Va, lui dit-il, trouver le jeune Daniel,

Etrévèle-lui la vérité. Qu'il parle et qu'il punisse. » Le jeune Daniel, mêlé dans la foule du peuple, s'était levé sur ses pieds pour voir la condamnée. « Non, s'était-il dit à lui-même, cette physionomie n’est point celle d’une femme coupable... » Il s'était élancé hors de la foule en criant (a) : « Peuple , je suis innocent du meurtre que vous allez commettre. » Tout à coup l'esprit divin descendit sur lui, éclaira ses yeux, le fit lire dans les âmes, à travers le voile de chair et d’os qui les couvre. Il vit avec ravissement l’état de pureté de l'ànie de Suzanne. Il frémil en voyant celle îles vieillards, noire d’imposture et de vices, semblable au lac Asphaltite.

« Arrêtez, arrêtez 1 insensés que vous êtes! ...

s’écria-t-il. Vous êtes dupes de scélérats!... Suzanne est innocente!... — Suzanne est innocente ! cria le peuple avec transporl. Vive le jeune prophète qui venge la vertu opprimée!... •• Ils s'assemblent... « Enfant prophète de Dieu, dit le peuple, interrogeles toi-même... » Il se lève... - Qu'on les sépare (3)... Eh bien!

(1) Daniel, XIII, V : « Exaudmt autrui Dnminus vocem ejus. (‘.unique ducerrlur atl mortcni, suscilavit Dominas spiritum sanctum pueri junioris, cujus nomen Daniel. »

(2) Ibid. : n Et exclamavit voce inagua . Munduv ego sum a sanguine hujus. »

(3) Daniel, XIII, vi, 51 : » El di\il ad eos Daniel ': Separate illos ah invirem procul, et dijudirabo rot. Cum ergo divisi estent aller ah altero, vocavit utium de ris et di\it ad eiun : Noue ergo si viditli ram, die sub qua arbore vident eo* colloquentex

SUZANNE

toi,... race méchante cl maudite, dis-nous sous quel arbre P... — Sous un chêne...

— Sous un chêne ! Va ! fuis ! ton mensonge exécrable Demeure suspendu sur ta tête coupable.

Voilà comme vous jugiez le peuple ! Qu’on fasse entrer l’autre.— Eh bien ! scélérat! dis-nous sous quel arbre?... — Jeune enfant, quel es-tu ? que veux-tu ? quel droit as-tu d’interroger les vieillards?... — Parle, parle, imposteur. Ce n’est point moi qui t’interroge ; c’est tout le peuple ; c’est Dieu qui tient son glaive tout prêt...

Tremble, ton heure vient . Réponds, dis quel ombrage ?. . .

— Réponds, s’écrie le peuple... » Il se déconcerte un instant; mais il se relève, essaye au calme...

son front dur et pervers.

Il rassure sa voix, il commence, il s’arrête :

« Un sycomore épais... — Vengeance sur ta tète.

Vil imposteur!

Voilà comme vous jugiez le peuple!.. La beauté vous séduisait !.. » On les lapide (i) ; et le peuple en triomphe ramène à Joachim son épouse, qui, donnant la main à sa jeune soeur, l'aborde avec un sourire.

sibi. Qui ait : Sub schino. Dixit autem Daniel : Recte meutitus es in caput tuum..... Et, amoto eo, jussit venin* ulium, et dixit ei : Semeu Chanaan, et non Juda , spcciea decepit te, et concupiscente sub vert it cor tuum. Nunc ergo die mihi sub qua arbore comprehcnderis eos loquentes sibi. Qui ait : Sub priuo. Dixit autem ei Daniel : Recte meutitus es et tu in caput tuum. >»

(1) On les lapide comme faux témoins ( Daniel , XIII, VI; Deutêr. XIX, il).

POÈMES

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