‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 382 sur 424 · V. 18. Segrais, Jthis, 111, s’adressant à l'Amour · texte numérisé non relu

V. 18. Segrais, Jthis, 111, s’adressant à l'Amour

Il faut être appelé dans tes secrets mystères,

Pour pouvoir exprimer ces aimables colères.

Ces invitants refus, ces démêlés charmant'».

Ces transports désires, ce» doux empre-srinenK Et ces rudes combats dont les plus fortes a rru. -h Sont 1rs soumissions, les soupir» et le» l.irnics.

V. 24. Ce trait «si imité de Pétrone, Satjr. CXXYIII : » Hapnit deiixle tarent i spéculum, et, po*U|iiam omnes vultu a tenta vit, quos solct inter amantes risus fran • gère,.. «

ART D’AIMER

Le courroux d’un amant n’est point inexorable.

Ah ! si tu la voyais, cette belle coupable,

Rougir et s’accuser, et se justifier,

Sans implorer sa grâce et sans s’humilier,

Pourtant de l’obtenir doucement inquiète, 5

Et, les cheveux épars, immobile, muette,

Iæs bras, la gorge nus, en un mol abandon,

Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon !

Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche,

Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche. 10

Qu’il est doux, au retour de la froide saison,

Jusqu’au printemps nouveau regagnant la maison, l)e la voir devant vous accourir au passage,

Ses cheveux en désordre épars sur son visage !

Son oreille de loin a reconnu vos pas : s

Elle vole, et s’écrie, et tombe dans vos bras ;

Vil. — Ce fragment faisait partie des Frag. tf élégies , dans les autres éditions. VIII. — Nous avons détaché ce fragment de YÉpttre V avec laquelle il ifavait aucun rapport. — Scgrais, Égl. III, a tracé un tableau semblable :

O dieux ! que de plaisir, si, quand J'arriverai,

Elle me voit plus tôt qur Je ne la verrai ;

Et du haut du coteau qui découvre ma route.

En s’écriant : C’est luit c’est lui-même, sans doute!

Pour descendre en la rive elle ne fuit qu'un pas.

Vient Jusqu’à moi peut-être ; et, me tendant les bras.

M'accorde un doux baiser de sa bouche adorable.

POEMES

Et sur vous appuyée et respirant à peine,

A son foyer secret loin des yeux vous entraîne.

Là, mille questions qui vous coupent la voix,

Doux reproches, baisers, se pressent à la fois. 10

La table entre vous deux à la hâte est servie :

L’œil humide de joie, au banquet elle oublie Et les mets et la table, et se nourrit en paix Du plaisir de vous voir, de contempler vos traits.

Sa bouche ne dit rien , mais ses yeux, mais son âme, is V ous parlent ; et bientôt des caresses de flamme Vous mènent à ce lit qui se plaignait de vous.

C’est là qu’elle s’informe avec un soin jaloux Si beaucoup de plaisirs, surtout si quelque belle Habitait la contrée où vous étiez loin d’elle. 20

Quand Junon sur l'Ida plut au maître du monde, INoüs l’avait tenue au cristal de son onde,

IX. — V. t. \*. début de ce fragment est inspiré de Pétrone, Sat. CXXVII :

Idtro quale» fudll de vprtice flore»

Terra parenu, cum se confesse Jurult amori Jupiter, et toto concepit pectore fl a minas :

Emicnere ros*, Tiolzque

V. 2. Quand dans Homère, Iliade. XIV, Junon veut séduire Jupiter, après s’étre parée de la ceinture de Vénus , elle descend de l’Olympe, traverse la Piérie , l'Cmathie, la Thrace, arrive à Lemnos, d’où elle repart avec le Sommeil pour aborder directement au pied de l’Ida ; elle ne va pas en Cilicie, et ce n’est que métaphoriquement qu’ André dit que Mous /* avait tenue au cristal de son onde. C’est une concision, une ruse prodigieuse (trop peut-être!) de sou art savant. L’i» mot seul exprime tout l'artifice de toilette de Junon, et voici comment il faut comprendre la pensée d’André. Quand Junon sur l’Ida plut au maître du monde , elle s’était plongée dans des flots d’une huile divine, qui avaient eu sur elle des effets qu’il compare dans sa

ART D’AIMER

Et sur sa peau vermeille une savante main Fit distiller la rose et les flots de jasmin.

Cultivez vos attraits : la plus belle nature s

Veut les soins délicats d’une aimable culture.

Mais si l'usage est doux, l’abus est odieux.

Des parfums entassés l’amas fastidieux,

De la triste laideur trop impuissantes armes,

A d’indignes soupçons exposeraient vos charmes. 10 Que dans vos vêtements le goût seul consulté N’étale qu’élégance et que simplicité.

L’or ni les diamants n’embellissent les belles ;

Le goût est leur richesse ; et, tout-puissant comme elles,

Il sait créer de rien leurs plus beaux ornements ; 15

Et tout est sous ses doigts l’or et les diamants.

J’aime un sein qui palpite et soulève une gaze.

L’heureuse volupté se plaît, dans son extase,

pensée à ceux du Noiis (Nûs) ; car, selon ce que dit Pline, Hist. nat. XXXI, il : « lu (alicia aptid oppidum Crescum rivus finit Nils, ex quo bibentium subtiliores semus fieri M. Varro tradit. * Quant au mot Noiis en lui-même, qu’Audré fait de deux syllabes : [Un fleuve d’Arcadie dans Pausanias, VIII, xxxyiii, est appelé Noü;; le Ml a aussi été désigné par ce nom ; mais le mot Noü;, nom de fleuve, est une diplithongue dout les voyelles ne se séparent pas. Noû;, avec la diphthongue séparable et s’écrivant Nôo;, signifie l'intelligence, et pourrait en français s'écrire Nous. Quant ail fleuve de Cilicie, Pline écrit son nom latinisé, non pas Nous, mais Nus. Boisson a dk.] (Test la mesure du vers qui a exigé cette licence d’orthographe.

V. 7 et suiv. Dans le passage qui suit, André développe la même pensée que Properce, I, il :

Quld Juvat ornato procedcrc, vlta, capillo,

El tenue* Coa verte movere sinus ?

Aut quid Orontea crincs perfundere myrrha,

Tcque peregrini* vendere in un cri bus;

Naturxque dccu» mercato perdere cultu,

Ncc sinere in proprils mcmbra n itère bonis ?

Crede mihi, non alla tue est medicina ûgunr :

Nudus amor forxnæ non ainat artlflccm.

Cf. Ovide, Àrt (T aimer, III, 129.

Kt comme le dit encore Pétrone daus un fragmeut :

Neglectim mihi que se comit anica,

H*c et inornata simplicilate valet.

398 POÈMES

A fouler mollement ces habits radieux

Que déploie au Cathay le ver industrieux. io

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