‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 397 sur 424 · I.E RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS · texte numérisé non relu

I.E RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Un jour le rat <les champs, ami du rat de ville,

Invita son ami dans son rustique asile.

Il était économe et soigneux de son bien ;

Mais l'hospitalité, leur antique lien,

Fit les frais de ce jour comme d’un jour de fête. 5

Tout fut prêt : lard, raisin, et fromage, et noisette.

Il cherchait par le luxe et la variété A vaincre les dégoûts d’un licite rebuté,

Qui, parcourant de l’oeil sa table officieuse,

Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. 10

Et lui, d’orge et de blé faisant tout son repas,

Laissait au citadin les mets plus délicats.

a Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire,

Ou préférer le monde à tes tristes forêts? is

VII. — Traduit d’Horace, Sat. II, Vf, 80. — On trouve cette fable dans Ésope, dans liabrius, dans Aphthonius, dans La Fontaine, et encore dans beaucoup d’autres recueils. Il ne faudrait pas croire qu’André, en traitant à son tour ce sujet, ait voulu surpasser scs prédécesseurs. Non; c’est ici le moraliste qui se laisse séduire, comme Horace, à la belle pensée que recouvre cet apologue.

V. 10. « Une dent dédaigneuse . *» Horace : «« Dente superbo. » I.a Fontaine, dans la fable du Héron (VII, IV) :

le m»-t* ne lui plut pa*; il «'attendait A mieux,

Kl montrait un *oiït dédaignais.

Comme le rat du bon Horace.

ET FRAGMENTS

il 5

Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici prés : Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance.

L’heure s’écoule, ami; tout fuit, la mort s’avance :

Les grands ni les petits n’échappent à ses lois;

Jouis, et te souviens qu’on 11e vit qu'une fois. 20

Le villageois écoute, accepte la partie :

O11 se lève, et d’aller. Tous deux de compagnie, Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs Se glissent vers la ville et rampent sous les murs, üi nuit quittait les deux quand notre couple avide 2.1 Arrive en un palais opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil Des restes d’un souper le brillant appareil.

L’un s’écrie, et, riant de sa frayeur naïve,

L’autre sur le duvet fait placer son convive, 30

'S’empresse de servir, ordonner, disposer,

Va, vient, fait les honneurs, le priant d’excuser.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune ;

Sa vie en ses déserts était âpre, importune :

l.a tristesse, l’ennui, le travail et la faim. 35

Ici, l’on y peut vivre ; et de rire. Et soudain

Des valets à grand bruit interrompent la fête.

O11 court, 011 vole, on fuit; nul coin, nulle retraite.

Les dogues réveillés les glacent par leur voix;

foute la maison tremble au bruit de leurs abois. 40

Alors le campagnard, honteux de son délire :

« Soyez heureux, dit-il ; adieu, je me retire,

Appareil, • sjHTlacle

POÉSIES DIVERSES

Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d’orge et la tranquillité. »

J'ai habité parmi les Anglais... Français, votre jeunesse n’apprend rien de bon chez eux... faire courir des chevaux, des paris ruineux... un jeu!... Ils ont une bonne constitution , il faut l'imiter,... pourvu que nous n'imitions pas leur indifférence à la chose publique... Quand tous les membres sont vendus , les citoyens se partagent en factions; l'un est pour celui-ci, pour celuilà , nul n'est pour la patrie... l’argent effronté, la corruption ouverte et avouée....

Nation toute à vendre à qui peut la payer ;

Laissons là les Anglais,

Laissons leur jeunesse. . . . mélancolique,

Au sortir du gymnase ignorante et rustique,

De contrée en contrée aller au monde entier s

Y. 44. [Ce mélange d'objets disparates convient au style de la comédie et de la fable. Ainsi Aristophane, Nuées , 61, nous montre la femme de Strepsiade exhalant une odeur

.... Mûpou , xpô/.ou , xara^Xdiitt^paTcav » ftar.avr,;, Xa?\r)fpoü, KwXiiSo;, revemXXtSo;.

Et, Nuées , 1007 :

£p(Xaxo; ÔÇwv, xai àitpaYpoavvTj;, xal XeOxvj; çvXXo6oXou<rr,;.

Delille a dit :

Cultiver son jardin, son esprit et ses vers.

Boissoüàdb.]

VIII. — Nous rétablissons cette pièce telle que M. de Latouche Ta donnée dans la l'allée aux loups, avec le fragment en prose qui la précède.

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