V. 1 et 2. Ed. 1833 et
Laissons là les Anglais
Nation toute à vendre k qui peut la payer.
ET FRAGMENT
Ofïrirsajoie ignoble et son faste grossier,
Promener son ennui, ses travers, ses caprices,
\ ses vices partout ajouter d’autres vices,
Et présenter au ris du public indulgent
Son insolent orgueil fondé sur quelque argent. to
Les poètes anglais, trop fiers pour être esclaves,
Ont même du bon sens rejeté les entraves.
Dans leur ton uniforme en leur vaine splendeur. Haletants pour atteindre une fausse grandeur,
Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages, 15 Enflés comme la mer qui blanchit leurs rivages,
Et sombres et pesants comme l’air nébuleux Que leur île farouche épaissit autour d’eux ;
Du génie étranger détracteurs ridicules,
D eux-mêmes et d’eux seuls admirateurs crédules, 20 Et pourtant quelquefois, dans leurs écrits nombreux, Dignes d'être admirés par d'autres que par eux.
Voyez rajeunir d’âge en âge L’antique et naïve beauté De ces Muses dont le langage Est brillant, comme leur visage,
V. 0. « Au ris du public indulgent. “ Exempt» remarquable de l’emploi du mol indulgent, a»ee le sens latin. Indulgent veut dire ici, qui acrordc volontiers son rire, c'est-à-dire, qui rit beaucoup des Anglais, qui s’en moque.
POÉSIES DIVERSES
De force, de douceur, de grâce et de fierté.
De ce cortège de la Grèce Suivez les banquets séducteurs ;
Mais fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyant Permessc Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs. 10
Ah! j’atteste les deux que j’ai voulu le croire.
J’ai voulu démentir et mes yeux et l’histoire.
Mais non! il n'est pas vrai que les cœurs excellents Soient les seuls en effet où germent les talents.
L’n mortel peut toucher une lyre sublime, 5
Et n’avoir qu’un cœur faible, étroit, pusillanime,
Inhabile aux vertus qu'il sait si bien chanter.
Ne les imiter point et les faire imiter.
Se louant dans autrui, tout poète se nomme
Le premier des mortels, un héros, un grand homme. to
On prodigue aux talents ce qu’on doit aux vertus ;
Mais ces titres pompeux ne m’abuseront plus.
Son génie est fécond, il pénètre, il enflamme;
D’accord. Sa voix émeut, ses chants élèvent l’àme ;
Soit. C’est beaucoup, sans doute, et ce n’est point assez. 15 Sait-il voir ses talents par d’autres effacés ?
X. — [II serait dur, niais pas trop invraisemblable, de conjecturer qu’en écrivant res sers, Chénier a pu songer au jour où il se sentit déru et blessé dans son admiration première pour I.e Brun. Sainte-Beuve.]
ET FRAGMENTS
Est-il fort à se vaincre, à pardonner l’offense?
Aux sages méconnus qu’opprime l’ignorance Prête-t-il de sa voix le courageux appui?
Vrai, constant, toujours juste, et même contre lui , 20
Homme droit, ami sur, doux, modeste, sincère, i\e verra-t-on jamais l’espoir d'un beau salaire,
Les caresses des grands, l’or ni l’adversité Abaisser de son cœur l'indomptable fierté?
Il est grand homme alors. Mais nous, peuple inutile, 25 Grands hommes pour savoir avec un art facile.
Des syllabes, des mots, arbitres souverains,
En un sonore amas de vers alexandrins,
Des rimes aux deux voix famille ingénieuse,
Promener deux à deux la file harmonieuse ! .10
SFR UN POËTF. SOI-DISANT
Mais désormais à peine il suffit à sa gloire :
On se l’arrache. Il court de victoire en victoire.
Chacun de ses refrains fait des recueils fort beaux.
Il attache une tête aux bouts-rimés nouveaux.
Aux droits litigieux de plusieurs synonymes 5
Il sait même assigner leurs bornes légitimes.
Bientôt chez tous les sots on sait de toute part .lusqu’où vont ses talents; que lui seul avec art Noue une obscure énigme au regard louche et fade,
Hache et disloque un mot en absurde charade, in
450 POÉSIES DIVERSES
Construit, tordant 1rs mots vers un sons gauche et lourd,
Le Janus à deux fronts, l'hébété calembour.
Belles, le ciel a fait pour les mâles cerveaux L'infatigable étude et les doctes travaux.
Pour vous sont les talents aimables et faciles.
Oh! le sinistre emploi pour les grâces.
De poursuivre une sphère en ses cercles nombreux, s Ou du sec A plus B les sentiers ténébreux!
Quelle bouche immolée à leurs phrases si dures Aura jamais la nuit de suaves murmures,
Et pourra s’amollir à soupirer mon cœur !
Mon finie! et tons ces noms d’amoureuse langueur? to
La grâce, les talents, ni l’amour le plus tendre, D’un douloureux affront ne peuvent nous défendre. Encore si vos yeux daignaient, pour nous trahir.