‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 403 sur 424 · V. 66. André a dit lui-méine, Élèg. Il, ut · texte numérisé non relu

V. 66. André a dit lui-méine, Élèg. Il, ut

Jeune amant des festins, des vers, de la beauté.

HYMNES

Renverse devant eux les tables des repas, <>o

Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse.

Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse,

Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !

V ois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage 65 Ne s’est soumis qu’aux lois d’un sénat libre et sage,

Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,

Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.

Il triomphe, il t’insulte. Oh! combien tes collines Tressailliraient de voir réparer tes ruines, 70

Et pour la liberté donneraient sans regrets,

Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts!

J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,

La mendicité blême et la douleur amère.

Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur, 75

D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur,

Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,

Tout trempé de sueurs pour toi-mème infertiles, Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi De mettre au jour des fils malheureux comme toi. 80 Tu sois sous les soldats les villes gémissantes;

Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,

Le sel, fils de la terre, ou même l’eau des mers,

Source d’oppression et de fléaux divers ;

Vingt brigands, revêtus du nom sacré de prince, 85 S’unir à déchirer une triste province,

V. 6G. On voit qu’André Chénier avait écrit ce morceau avant d'aller en Angleterre; il aura moins d'enthousiasme quand il y aura passé près de trois ans. Vo)ez Poésies diverses } VUI.

ET ODES

Et courir à l'envi, de sou sang altérés,

Se partager entre eux ses membres déchirés.

O sainte Égalité ! dissipe nos ténèbres,

Renverse les verrous, les bastilles funèbres. »o

Le riche indifférent, dans un char promené,

De ces gouffres secrets partout environné,

Rit avec les bourreaux, s’il n’est bourreau lui-même;

Pi •ès de ces noirs réduits de la misère extrême,

D’une maîtresse impure achète les transports, 06

Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France Vit luire, hélas! en vain sa dernière espérance,

Ministres dont le cœur a connu la pitié,

Ministres dont le nom ne s’est point oublié ; 100

Ah! si de telles mains, justement souveraines,

Toujours de cet empire avaient tenu les rênes ,

L’équité clairvoyante aurait régné sur nous;

Le faible aurait osé respirer près de vous ;

L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes, 105 Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes ;

Le délateur impie, opprimé par la faim,

Serait mort dans l’opprobre, et tant d'hommes enfin,

A l’insu de nos lois, à l’insu du vulgaire,

Foudroyés sous les coups d’un pouvoir arbitraire, tio De cris non entendus, de funèbres sanglots,

Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile;

V. 97. Malesherbes cl Turgot se retirèrent du ministère en 177fi; mais Malesherbes y rentra, pour quelques mois seulement, en 1787.

HYMNES

J’irai, j’irai bien loin me chercher un asile,

Un asile à ma vie en son paisible cours, iis

Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,

Où d’un grand au cœur dur l’opulence homicide Du sang d’un peuple entier ne sera point avide,

Et ne me dira point, avec un rire affreux,

Qu’ils se plaignent sans cesse et qu’ils sont trop heureux; 120 Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice Recueillera les dons d’une terre propice ;

Où mon cœur, respirant sous un ciel étranger,

Ne verra plus des maux qu’il ne peut soulager ;

Où mes jeux, éloignés des publiques misères, 12s

Ne verront plus partout les larmes de mes frères,

Et la pâle indigence à la mourante voix,

Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

Toi donc, Equité sainte, o toi, vierge adorée, l)e nos tristes climats pour longtemps ignorée, 130

Daigne du haut des cieux goûter le libre encens D’une Ivre au cœur chaste, aux transports innocents,

Qui 11e saura jamais, par des vœux mercenaires,

Flatter à prix d’argent des faveurs arbitraires,

V. 114. Notons encore ici le mouvement poétique imité de Virgile, et que déjà nous avons fait remarquer dans les Elégies, II, XXII, 75, et dans \\4rttF aimer, XII, ?2.

V. 128. Vers admirable, bien supérieur, dans la forme et dans la pensée, nu vers célèbres de Gilbert, Jpol , :

Obscur, on l’eùt flétri d'une mort légitime;

Il est puissant, les lois ont ignoré «ou crime.

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