‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 413 sur 424 · A MADEMOISELLE DE COIC.NV · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE COIC.NV

Blanche et douce colombe, aimable prisonnière, Quel injuste ennemi te cache à la lumière?

V. 13 et suiv. Ce sont les portiques accents de Lucrèce, 11, 355 :

Al matrr vlridri* saltus orb.t!a pon gratis,

IJnquit liumi peilibn* urstipia pressa bUulris.

Oinni.i con* K ns oculis lues, si queat osquam Oonspicerc fu-Mim ; complrtque q ur relis

Frondiferiim n«mus adskstrns: et orebra restait Ad stabulum, drsiderio perd va juvenci.

V. 14. Ce sein ralentissant est antique et bien beau. C’est ainsi que dans Homère, II. XVIII, 30, les femmes pleurent la mort de Patroele :

Xcpol oè T.ï'S‘1 1

OTT.Oifll Tt£7l).r,Y0VT0

V. 19. « L'étranger, « c’est legtvo; des Grecs, qui signifiesouvent ce que nous enteudons par un passant .

II. — Oubliant la triste réalité de la prison, André s’efforce de plier ses accents

SAINT-LAZARE

Li5

Je t’ai vue aujourd’hui (que le ciel était beau !)

Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,

Au hasard, en tous lieux, languissante, muette, s

Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête.

Caché dans le feuillage, et n’osant l’agiter,

D’un rameau sur un autre à peine osant sauter,

J’avais peur que le vent décelât mon asile.

Tout seul je gémissais, sur moi-meme immobile, i0 I)e ne pouvoir aller, le ciel était si beau !

Promener avec toi sur le bord du ruisseau.

Car si j’avais osé, sortant de ma retraite,

Près de ta tête amie aller porter ma tête,

Avec toi murmurer et fouler sous mes pas 15

Le même pré foulé sous tes pieds délicats,

Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie,

Kt les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie,

Ces gardiens envieux qui te suivent toujours,

Auraient connu soudain que tu fais mes amours. 10

Tous les deux à l’instant, timide prisonnière,

T’auraient, dans ta prison, ravie à la lumière,

Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,

Te promener encor sur le bord du ruisseau.

Blanche et douce brebis à la voix innocente, 25

aux douces lois de la poésie; il rexient à l’idylle de sa jeunesse, à la gracieuse allégorie des Colombes, et sa pensée s’encadre dans un refrain qui lui donne un air ancien. V. 5. Segrais, Athis , IV, a tracé un tableau semblable, qui n’est pas sans grâce : La nymphe cependant prisonnière chez elle,

Solitaire, démit , comme la tourterelle.

Quand, veuve inconsolable, aux plus sombres forêts,

D'arbre en arbre elle va faisant ses longs regrets.

V. 25. I.e poète change d’image ; ici c’est l’image des Israélites (Racine, Est h. I, v) : Faibles ngrtcau\ livrés S des loups furieux.

Si j’avais, pour toucher ta laine obéissante,

Osé sortir du bois et bondir avec toi,

Te bêler mes amours et t’appeler à moi,

Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite M’auraient vu. Par leurs cris ils t’auraient mise en fuite, 30 Et pour te dévorer eussent fondu sur toi Plutôt que te laisser un moment avec moi.

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