‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 414 sur 424 · V. 28. Il avait dit dans Mnaîs · texte numérisé non relu

V. 28. Il avait dit dans Mnaîs

Que vus agneaux au moins viennent près de ma cendre Me bClcr le» accent» de leur voix douce et tendre.

III. — Voyez dans l 'Étude sur les OEuvres d'Andrée t Étcg. I, IX, ce que nous avons dit sur la Jeune Captive. Nous ajouterons ici quelques mots sur le sentiment général qui règne dans cette pièce. Au milieu des victimes de la révolution , qui toutes marchent sans pâlir au supplice , pourquoi ce cri déchirant, cet effroi de la mort? C'est que l'histoire n'enregistre que le courage des dentiers instants, tandis que la poésie, plus humaine, n’oublie ni les regrets, ni les sanglots de la veille. D’ailleurs quel poète imaginerait une enfant, une vierge qui n'aimât pas la vie? Polyxène s’écrie (Euripide, Hèc. 4 1 C) :

*Àvvp9o;, àvupévato;, utv p’ ixpr,v

El, avant de marcher au supplice, elle adresse de derniers adieux à la lumière du jour; elle pleure, et cependant elle saura mourir sans peur, sans trouble, avec décence même. Iphigénie (Euripide, Ipli. 1218) ne tombe-t-elle pas aux genoux paternels, regrettant de ne point avoir l'éloquence d’Orphée, et s’écriant :

Mr, p’ àno).Ê<rrj; âwpov* yôtp xà çw;

SAINT-LAZARE

Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,

Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui, û Je ne veux point mourir encore.

Qu’un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,

Moi je pleure et j’espère ; au noir souffle du nord Je plie et relève ma tète.

Pourquoi l*àme tendre de Racine (//>/*. V, iv) a-t-elle trop affaibli ces plaintes et ces regrets dans ces versy pourtant si purs :

J’ose row dire Ici qu'en l'ctat où Je suis,

Peul-iire assez d’honneur environnait ma vie Pour ne pas souhaiter qu’elle me fut ravie,

Ni qu'en me l'arrachant, un aévére destin Si prés de ma naissance en eût marque1 la fin?

Daus une élégie moderne, ce sentiment de l’amour de la vie a été très-bien saisi :

Quand, debout sur le faite,

Elle vit le bûcher qui l'allait dévorer,

Le* bourreaux en suspens, b flamme déjà prête.

Sentant son ccrur faillir, elle baissa b tête Et se prit à pleurer \

Dans Racine la résignation chrétienne tempère les regrets d’Iphigénie. Ce n’est plus la fille d’Agamemnon, c'est plutôt la sœur delà fille de Jephté. En effet, quand celle-ci connut le vœu de son père (Uible, Juges , XI, lll, 37), elle lui dit : « Accorde-moi seulement cette prière : laisse-moi, pendant deui mois, me retirer sur les montagnes et y pleurer ma virginité avec mes compagnes. » — « Va, » lui réjKmdit Jephté. Et libre, pendant deux mois, avec ses compagnes et ses suivantes, elle allait pleurant sa virginité sur les monts. On peut sans doute remarquer que ce sentiment de résignatiou est absent de la Jeune Captive, dont l’âme au contraire est pleiue de l'amour de la nature. Mais il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie d’analyse, car, de l'aveu même du poète, cette élégie n’est que la touchante expression de vœux et de plaintes qui s'échappent d’une bouche aimable et naire.

V. 6. Voyez Élég. I, ix. 24. André se rapproche ici de Tibtille plus près encore. Nous ne citerons dans ces notes aucun vers de Tibulle, afin que le lecteur, recourant toujours à l’Elégie aux frères de Pange, établisse ainsi, dans sou esprit, cette continuité de rapports par lesquels s’explique la création de la Jeune Captive.

O Est-ce une rencontre henreuse on une intention dn poète? Cette strophe semble imitée de Lucrèce, I, as, dans le récit de la mort d'Iphigénie :

Cm «iimil Infula virgineo* circimdaU complu*

Et u traque pari nuUruto part* profutt ’it.

Et mv.*lum «imul sole ara» adatare parentem 8en«t. et hune propter ferrutn cclare minutro*

A«pectaque tuo Ucrjmaf effundtrre citei* :

Muta metu terrain genibti» «minxiphi prie bit.

S’il est des jours amers, il en est de si doux ! 10

Hélas ! quel miel jamais n’a laissé de dégoûts ?

Quelle mer n’a point de tempête ?

L’illusion féconde habite dans mon sein.

D’une prison sur moi les murs pèsent en vain,

J’ai les ailes de l’espérance : 15

Echappée aux réseaux de l’oiseleur cruel,

Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel l’hilomèle chante et s’élance.

Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m’endors,

Et tranquille je veille, et ma veille aux remords 20

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ;

Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.

Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! . 2S

Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J’ai passé les premiers à peine.

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