‹ Poésies de Charles d'Orléans (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION PAR LE DUC DOHLIÎANS · texte numérisé non relu

VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION PAR LE DUC DOHLIÎANS

A ceulx qui verront ces présentes^ Le Bailiy.d'Amoureux espoir, Salut plain de bonnes ententes, Mandons et faisons assavoir Que le tabellion Devoir, Juré des centraux en amours, A veu nouvellement, à Tours, . De Vaillant Tobligacion .

Entière de bien vraye sorte, Dont en fait la relacion.

Ainsi que ce vidimus porte.

A double queue, par patentes, En cire vert, pour dire voir, Oblige, soubzmectant ses rentes, Cueur, corps et biens, sans décevoir, Soubz le seau d'autruy vouloir.

104 POésiBS DE CHARLES D ORLÉANS.

Pour recouvrer joyeulx secours, Qu'il a desservy par mains jours; Faisant ratiftlcacion, Ledit notaire le rapporte, Par sa certifïicacion, Ainsi que ce vidimus porte.

Et deust il mectre tout en ventes, Des biens qu'il pourra recevoir, Yeult paier ses debtes contentes.

Tant qu'on pourra apparcevoir.

Qu'il fera trop plus que povoir ; Combien qu'ait eu d'estranges tours Qui lui sont venuz au rebours; En soit faicte informacion, Car à Loyaulté se conforte, Qu'en fera la probacion, Ainsi que ce vidimus porte.

l'envoy.

Pour plus abreviacion, De l'an et jour je me déporte , On en voit declaracion , Ainsi que ce vidimus porte.

ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION par Maisire Jehan Caillau.

Intendii le nommé Vaillant Qui fait ceste obligacion.

Vous resigne tout son vaillant.

Par simple resignacion ; Ne ne fait supplicacion De gueredon, pour mieulx valoir, Fors tout à vostre oppinion, Soubz le scel de vostre vouloir.

Lequel, d'estoc et de taillant, Endure mainte passion

POisiBS DE CHARLBS d'oRLRAXS. KM

D'Amours, qui le vont assaillant ; Mais, soubz dissimuiacion, Porte sa tribulacion, Faisant semblant de non doloir , Actendant doulce pension, Soubz le scel de vostre vouloir.

Pour ce, ne doit estre faillant

A la renumeracion,

Car, s'il y estoit deflfaillant,

Ce seroit sa perdicion ;

Et, par Dieu, si bon champion

Ne devez mectre à nonchaloir ;

Si faictes qu'ait provision,

Soubz le scel de vostre vouloir.

l'bnvoy.

J'en parle par compacion.

Mais grant bien lui devez vouloir, Puis que met son entencion Soubz le scel de vostre vouloir.

BALADE

En la forest de longue actente, Chevauchant par divers sentiers , M'en voys, ceste année présente, Ou voyage de desiriers ; Devant sont allez mes fourriers, Pour appareiller mon logis En la cité de Destinée, Et, pour mon cueur et moy, ont pris L'ostellerie de Pensée.

Je mené des chevaulx quarente.

Et autant pour mes officiers, Voire, par Dieu, plus de soixante, Sans les bagaiges et sommiers.

Loger nous fauldra par quartiers,

Se les hostelz sont trop petis Touteffoiz pour une vesprée En gré prandray, soit mieulx ou pis, L'ostellerie de Pensée.

Je despens chascun jour ma rente En maints traraulx avanturiers, Dont est Fortune mal contente, Qui soustient contre moy Dangiers ; Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers.

Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, Je pense faire telle armée , Qu'auray malgré mes ennemis, Ùostellerie de Pensée.

L*ENVOY

Prince, vray Dieu de paradis, Vostre grâce me soit donnée, Telle que trouve à mon devis, Uostellerie de Pensée.

BALADE

Je cuide que ce sont nouvelles, J'oy nouveau briiit, et qu'est ce là ? , Helas ! pourroy je savoir d'elles Quelque chose qui me plaira ; Car j'ay désiré, longtemps a, Qu'Espoir* m'estraynast de liesse, Je ne scay pas qu'il en fera, Le beau menteur plain de promesse.

S'il ne sont ou bonnes ou bellas,

Au fort, mon çueur endurera,

En actendant d'avoir de celles

Que Bon eur lui apportera, •

Et de l'endormye beuvra ;

De nonchaloir, en sa destresse ,

Espoir plus ne l'esveillera,

Le beau menteur plain de promesse.

POéSlBS DB CHARLES o'oaLÉAXS iCH

Pour ce, mon cueur, se tu me celles Reconfort, quant vers toy vendra, Tu feras mal, car tes querelles J'ay gardées, or y perra ; Adviengne qu'avenir pourra !

Je suis gouverné par Vieillesse, Qui de legier n'escoutera Le beau menteur plain de promesse.

l'knvoy.

Ma bouche plus n'en parlera, Raison sera d'elle maistresse ; Mais au derrain, blasmé sera Le beau menteur plain de promesse.

N'a pas longtemps qu'escoutoye parler

Ufig amoureux, qui disoit à s'amye :

De mon estât plaise vous ordonner,

Sans me laisser ainsi finer ma vie.

Je meurs pour vous, je le vous certiiïie.

Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx,

Assez le croy, dont je vous remercie.

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

Il ne fault ja vostre pousse taster, Fièvre n'avez que de merencolie, Vostre orine ne aussi regarder, Tost se garist legiere maladie, Medicine devez prendre d'oublié; D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

Je ne vueil pas de ce vous destourber.

Que ne m'amiez de vostre courtoisie; Mais que pour moy, doyez mort endurer.

De le croire, ce me seroit folie ; Pensez de vous, et faictes chiere lye ;

J'en ay ouy parler assez de tieulx

Qui sont tous sains ; quoyque point ne desnye

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

l'envoï.

Telz beaulx parlera ne sont en compaignie Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; Contente suis, combien que je m'en rye, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

BALADE

Portant harnois rouillé de nonchaloir, Sus monteure foulée de foiblesse, Mal abillé de desireulx vouloir.

On m'a croizé, aux montres de liesse, Comme cassé des gaiges de jeunesse; Je ne congnois où je puisse servir, L'arriére ban a fait<îrier Vieillesse, Las! fauldra il son soudart devenir?

Le bien, que puis avecques elle avoir.

N'est que d'un peu d'atrempée sagesse;

En lieu de ce, me fauldra recevoir

Ennuy, soussy, desplaisir et destresse ;

Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse,

Vous me deviez contre elle soustenir,

Et je voy bien qu'elle sera maistresse.

Las! fauldra il son soudart devenir?

Foibles jambes porteront bon vouloir, Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse, Prenant confort d'un bien joyeulx espoir.

Quant , Dieu mercy, maladie ne presse ; Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, C'est ung trésor que doy bien chier tenir, Veu que la fin de menasser ne cesse, I^as! fauldra il son soudart devenir?

l'envoy.

Prince, je dy que c'est peu de richesse

POÉSIES DB CHARLES D'ORLiANB. 109

De ce inonde, ne de tout son plaisir, La mort départ ce qu'on tient à largesse, Las! fauldra il son soudart devenir?

BALADE

Dieu vueille sauver ma galée, Qu'ay chargée de marchandise De mainte diverse pensée Enpris de loyaulté assise; Destourbée ne soit, ne prise Des robeurs , escumeurs de mer ; Vent, ne marée ne luy nuyse, A bien aler et retourner.

A Confort Fay recommandée, Qu'il en face tout à sa guise , Et pencarte lui ay baillée, Qui d'estranges pays devise, Affîn que dedens il advise A quel port pourra arriver, Et le chemin à chois eslise, A bien aler et retourner.

Pour acquicter joye empruntée.

L'envoyé, sans espargner mise.

Riche devendray, quelque année, Se mon entente n'est surprise; Conscience n'auray reprise De gaing à tort au par aler, En eur viengne mon entreprise, A bien aler et retourner.

Prince, se maulx fortune alise, Sagement s'y fault gouverner :

Le droit chemin jamais ne brise, A bien aler et retourner.

110 POéSiISS DB CHAKI.KS d'ORL^ANS.

BALADE

( Jacques baslarl de la Trimoille.)

Pour la conqueste de mercy, Où les vaillans hommos et saiges Ont été pris, et mors aussi, En acquérant leurs avantaiges; Amours accroissant les couraiges Des mieulx venuz, leclre patente A tous a donné leurs usaiges, En la forest de longue actente.

Les piteux s'arment de soussy, Les francs se mectent en servaige, Maigres de corps, le cueur noircy De dueil, et pales les visaiges; A tant pour services et gaiges, Auront trois cens maulx jours de rente Par an, avec les arreraiges, En la forest de longue actente.

Ceulx qui Amours servent ainsy, En lui feisant foys et hommaiges, Il les feit après eureux sy Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges De Dangiers, par petiz boucaiges, Puis les duit en la droicte sente; Mais premier, paient leurs truaiges, En la forest de longue actente.

l'bnvoy.

Prince, pour duire cueurs volaiges, Affîn que nul ne s'en exempte, Mectez les tous en hermitaiges , En la forest de longue actente.

BALADE

Ha ! Dieu Amours, où m'avez vous logié?

Tout droit au trait de désir et plaisance,

POésiBS DE CHARLES l>'ORLBAKS. 11|

OÙ, de le^er, je puis estre blecié Par doulx regarl, et plaisant atraiance.

Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtancc, Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz.

Desarmé suis, car pieca mon harnaiz Je le vendy, par le conseil d'oiseuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.

Vous savez bien que me suis esloingné, .

Des longtemps a , d'amoureuse vaillance.

Où j'estoye moult fort embesoingné, Quant m'aviez en vostre gouvernance ; Or en suis hors, Dieu me doint la puissance»

De me garder que n'y rentre jamais ; Car, quant congneu j'ay les amoureux fais, Retrait me suis de vie si peneuse.

Comme lassé de la guerre amoureuse.

Et non pourtant, j'ay esté advisé Que Bel acueil a fait grant alianco Encontre moy, et qu'il est embusché Pour me prandre, s'il peut, par decevance :

Ung de ses gens, appelle Acointance, M'assault tousjours ; mais souvent je me taiz, Monstrant semblant que je ne quiers que paiz, Sans me bouter en paine dangereuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.

L*ENVOY

Voisent faire jeunes gens leurs essaiz.

Car reposer, je me vueil desormaiz:

Plus cure n'ay de pensée soingneusi^ , Comme lassé de la guerre amoureuse.

BALADE

Yeulx rougis, plains de piteux pleurs, Fourcelle d'espoir reflfroidie.

Teste enrumée de douleurs.

Et troublée de frenasie.

112 POÉSIES l)B CHARLES U'oHLÉANS.

Corps perçus sans plaisance lye, Cueur du tout pausmé en rigueurs, Voy souvent avoir à plusieurs, Par le vent de merencolie.

Migraine de plaingnans ardeurs, Transe de sommeil mi partie, Fièvre frissonnans de maleurs, Chault ardant fort en rêverie, Soif que confort ne rassasie, Dueil baigné en froides sueurs, Bégayant, et changeant couleurs, Par le vent de merencolie.

Toute tourmentant en langueurs, Colique de forcenerie, Gravelle de seings assailleurs, Raige de désirant folie, Anuys enflans d'ydropisie, Maulx éthiques aussi ailleurs Assourdissent les escouteurs, Par le vent de merencolie.

l'bnvoy.

Guérir ne se peut maladie Par phisique, ne cireurgie, Astronomans, n'enchanleurs, Des maulx que seuffrent povres cueurs Par le vent de merencolie.

BALADE

Ce que Tueil despend en plaisir, Le cueur Tacheté chiereraent, Et, quand vient à compte tenir.

Raison, président saigement.

Demande pourquoi et comment Est despendue la richesse, Dont Amours deppart largement, Sans grant espargne de liesse.

POésiBS l>B CHAKLBS d'ORLBANS. 113

Lors respond Amoureux désir :

Amours me fist commandement De joyeuse vie servir, Et obéir entièrement; Et, s'ay failly aucunement, On n'en doit blasmer que jeunesse Qui m'a fait ouvrer sotement, Sans grant espargne de liesse.

Pas ne mourray sans repentir, Car je m'en repens grandement, Trouvé me suis pis que martir, Soufifrant maint doloureux tourment; Désormais en gouvernement Me metz, et es mains de Vieillesse, Bien scay qu'y vivray soubrement, Sans grant espargne de liesse.

l'envoy.

Le temps passe comme le vent, Il n'est si beau jeu qui ne cesse, En tout fault avoir finement, Sans grant espargne de liesse.

BALADE

Je, qui suis Fortune nommée.

Demande la raison pourquoy

On me donne la renommée,

Qu'on ne se peut fier en moy,

Et n'ay ne fermeté, ne foy ;

Car, quant aucuns en mes mains prens.

D'en bas je les monte en haultesse,

Et d'en hault en bas les descens,

Monstrant que suis Dame et maistresse.

En ce, je suis à tort blasmée.

Tenant l'usaige de ma loy, Que de longtemps m'a ordonnée Dieu, sur tous le souverain Roy,

114 POÉSIES DE CHAULES D'oHLÉANS.

Pour donner au monde chastoy ; Et, se de mes biens je despens SouventefFoiz , à grant largesse, Quant bon me semble, les suspens, Monstrant que suis Dame ei maistresse.

Cest ma manière acoustumée, Chascun le scet, comme je croy, Et n'est pas nouvelle trouvée , Mais, fays ainsi comme je doy ; Me mocquant, je les monstre au doy Tous ceulx qui en sont mal contens :

En gré pregnent joye ou destresse, Qu'ayent Tun des deux me consens, Monstrant que suis Dame et maistresse.

l'emvoy.

Sur ce, s'advise qui a sens.

Soit en jeunesse, ou en vieillesse.

Et qui ne m'entent, je m'entens, Monstrant que suis Dame et maistresse.

BALADE

Fortune, je vous oy complaindre Qu'on vous donne renom, à tort, De savoir, et aider, et faindre, Donnant plaisir et desconfort ; C'est vray, et encore plus fort , Souvent effoiz, contre raison , Boutez de hault plusieurs en bas, Et de bas en hault; telz debas Vous usez on vostre maison.

Bien savez de plaisance paindre.

Et d'espoir, quand prenez depport , Apres effacer et destaindre Toute joye, sans nul support.

Et mener à douloureux port , Ne vous chault en quelle saison ;

PO^BS DB CHARLES d'oRLÉANS. 115

Jamais vous n'ouvrez par comiias ; Beaucoup pis, que je ne dy pas, Vous usez en vostre maison.

Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre, Affîn qu'on ne face rapport, Qui vouldra vostre fait actaindre, Que vous soyez digne de mort :

Vostre manière chascun mort , Plus qu'autre, sans comparaison, Qui regarde par tous estats , Anuy et meschief, à grant tas, Vous usez en vostre maison.

l'envoy.

Ne jouez plus de vostre sort, Car trop le passez oultre bort ; Se gens ne laissiez en pais, on Appellera les advocas, Qui plaideront que très faulx cas Vous usez en vostre maison .

Or ca, puisque il faut que responde,

Moy, Fortune, je parleray,

Si grant n'est, ne puissant ou monde,

A qui bien parler n'ozeray.

J'ay fait, feiz encores, et feray,

Ainsi que bon me semblera.

De ceulx qui sont soubz ma puissance;

Parle qui parler en vouldra,

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

Quant les biens, qui sont en la ronde, Sont miens, et je les donneray Par grant largesse, dont j'abonde, Et après je les reprendray ; Certes, à nul tort ne feray.

Qui est ce qui m'en blasmera?

Je l'ay ainsi d'acoustumance, En gré le preigne qui pourra, Je n'en feray qu'à ma plaisance.

En raison jamais ne me fonde, Mais mon vouloir accompliray ; Les aucuns convient que confonde.

Et les autres avanceray ; Mon propos souvent changeray, En plusieurs lieux, puis ca, puis là, Sans règle, ne sans ordonnance ; Où est il qui m'en gardera?

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

L*ENVOY

On escript : tant qu'il nous plaira, Es lettres des seigneurs de France ; Pareillement de moy sera.

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

Fortune, vray est vostre compte.

Que quant voz biens donné avez, Vous les reprenez; mais, c'est honte.

Et don d'enfant, bien le savez; Ainsi faire ne le devez.

Voz fais vous mectez à l'enchiere, Chascun ce qu'il en peut, en a , Et ne vous chault comment tout va.

Pour Dieu, changez vostre manière '.

Escollier de merancolie, A l'estude je suis venu, Lectres de mondaine clergie

' Nous trouvons le commeûcement de cette ballade dans un manuscrit de la Bibliothèque royale [LavcU, 193); la fin manque.

l>OKSIES DE CHARLES H'onLÉANS. 11 î

Espelant atout ung festu, Et moult fort m'y trouve esperdu; Lire, n'escripre, ne scay mye, Des verges de Soussy batu, Es derreniers jours de ma vie.

Pieca, en jeunesse fleurie, Quant de vif entendement fu, Peusse apris en heure et demye Plus qu'à présent ; tant ay vesqu , Que d'engin je me sens vaincu ; On me deust bien, sans flaterie, Chastier despoillié tout nu, Es derreniers jours de ma vie.

Que voulez vous que je vous die?

Je suis pour ung asnyer tenu, Banny de bonne compaignie, Et de nonchaloir retenu Four le servir, il est conclu ; Qui vouldra pour moy estudie, Trop tart je m'y suis entendu, Es derreniers jours de ma vie.

l'knvoy.

Se j'ay mon temps mal despendu, Fait l'ay, par conseil de folie; Je m'en sens, et m'en suis séntu, Es derreniers jours de ma vie.

L'autre jour tenoit son conseil, En la chambre de ma pensée.

Mon cueur, qui faisoit appareil De deffence contre l'armée De Fortune mal ad visée, Qui guerrier vouloit Espoir ; Se sagement n'est reboutée.

Par Bon eur et Loyal vouloir.

i 18 POÉSIES DE CHARLES u'OHLÉANS.

Il n'est chose soubz le souleil, Qui tant doit estre désirée Que paix ; c'est le don non pareil Dont Grâce fait toujours livrée A sa gent qu'a recommandée ; Fol est, qui ne la veult avoir, Quant elle est offerte et donnée, Par Bon eur et Loyal vouloir.

Pour Dieu, laissons dormir traveil , Ce monde n'a gueres durée , Et paine, tant qu'elle a sommeil, Souffrons que prengne reposée :

Qui une foiz l'a esprouvée, La doit fuyr, de son povoir, Par tout doit estre déboutée.

Par Bon eur et Loyal vouloir.

l'envoy.

Dieu nous doint bonne destinée, Et chascun face son devoir, Ainsi ne sera redoubtée Par Bon eur et Loyal vouloir.

En la chambre de ma pensée.

Quant j'ay visité mes trésors, Mainteffoiz la trouve estoffée Richement, de plaisans confors ; A mon cueur je conseille lors.

Qu'y prenons notre demeurée.

Et que par nous soit bien gardée, Contre tous envieux rappors.

Car Desplaisance maleurée Essaye souvent ses effors.

Pour la conquester par emblée, Et nous bouter tous deux dehors ; Se Dieu plaist, assez sommes fors

POésiBS DB CHARLES D'ORL^ANS.

Pour tHOûlost rompre son armée , Se d'Espoir bannyere est portée Contre tous envieux rappors.

Uinventoire j'ay regardée De noz meubles, en biens et corps ; De legier, ne sera gastée, Et si ne ferons à nulz tors; Mieux aymerions estre mors, Mon cueur et moy, que couroucée Fust raison saige et redoubtée.

Contre tous envieux rappors.

l'bnvot.

Demourons tous en bons accors, Pour parvenir à joyeulx pors ; Ou monde qui a peii durée, Soustenons Paix la bien amée Contre tous envieux rappors.

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, Bien eschauffé, sans le feu amoureux ; Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine, Folie et sens me gouvernent tous deux, En nonchaloir resveille sommeilleux ; C'est de mon fait une chose mesU'îe, Ne bien, ne mal , d'avanture menée.

Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine, Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx ; Espoir et dueil me mectent hors d'alaine , Eur me flatent, si m'est trop rigoreux ; Dont vient cela, que je ris et me deulx ?

Est ce par sens, ou folie esprouvée?

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

Guerdonné suis de malheureuse estraine.

En combatant, je me rens courageux.

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120 POÉSIES DE CHARLES d'ORLÉINS.

Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine, Tout (iesconfit, me tiens au renc des preux ; Qui ne sauroit desnoer tous ses neux, Teste d'acier y fauldroit fort armée, Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

PRINCE

Vieillesse fait me jouer à telz jeux,

Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx ;

A la faille j'ay joué ceste année,

Ne bien, ne mal, d'avanture menée^ '''S^',„f

BALADE

(Orléans.)

Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse , A grant marehié, comme pour rien, Es mains de ma Dame Vieillesse Qui ne me fait gueres de bien, A elle peu tenu me tien, Mais il convient que je l'endure, Puisque c'est le cours de nature.

Son hostel, de noir de tristesse.

Est tendu; quant dedens je vien, J'y voy l'istoire de destresse Qui me fait changer mon maintien , Quant la ly, et maint mal soustien ; Espargnée n'est créature.

Puisque c'est le cours de nature.

Prenant en gré ceste rudesse.

Le mal d'autruy compare au mien ; Lors me tance Dame Sagesse, Adoncques en moy je revien, Et croy de tout le conseil sien, Qui est en ce plain de droicture.

Puisque c'est le cours de nature.

PRINCE

Dire ne sauroye combien

POésiBS DB CHaHLKS I)'oHLK.%3IS« 121

Dedens mon cueur mal je relien, Serré d'une vieille sainture.

Puisque c'est le cours de nature.

BALADE

(Orlenns.)

Mon cueur vous adjourne, Vieillesse, Par droit huissier de parlement, Devant Raison qui est maistresse, Et juge de vray jugement; Depuis que le gouvernement Avez eu, de luy et de moy.

Vous nous avez, par tirannie.

Mis es mains de merencolie, Sans savoir la cause pourquoy.

Par avant nous tenoit Jeunesse, Et nourrlssoit si tendrement, En plaisir, confort et liesse, Et tout joyeulx esbatement ; Or faictes vous tout autrement Se vous est honte, sur ma foy, Car, en douleur et maladie, Nous faictes uàer nostre vie.

Sans savoir la cause pourquoy.

De quoy vous sert ceste destresse A donner sans alegement?

Guidez vous pour telle rudesse Avoir honneur aucunement?

Nennil, certes, car vrayemont Chascun vous monstrera au do}', Disant : la vieille rassotie Tient tout ^laulx en sa compaignie, Sans savoir la cause pourquoy.

PRINCE

Ce saint Martin présentement, Qu'avocas font commencement

De plaidier les faiz de la loy, Prenez bon conseil, je vous prie, Ne faictes débat ne partie, Sans savoir la cause pourquoy.

BALADE

Plus ne voy riens qui reconfort me donne, Plus dure ung jour que ne me souloient cent, Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne, Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent. Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent, Plus me souvient de vous, et plus m^empire ; Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire; Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys ; Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire. Puisque de vous approcher je ne puis.

Plus suis dolent que nul autre personne, Plus n'ay espoir d'aucun alegement, Plus ay désir, crainte d'autre part sonne; Plus vueil aler vers vous, mains scay comment; Plus suis espris, et plus ay de tourment ; Plus pleure et plains, et plus pleurer désire; Plus chose n'est qui me sauroit suffire, Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys; Plus que jamais à douleur me fault duyre, Puisque de vous approcher je ne puis.

Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne , Plus vueil mourir, et raison si assent; Plus qu'à nully. Amours de maulx m'ordonne ; Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent ; Plus fait on jeux, mieux désire estre absent; Plus force n'ay d'endurer tel martire.

Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire ; Plus ne congnois bonnement où je suis.

Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire, Puisque de vous approcher je ne puis.

i/envoy.

Plus n'ay mestier déjouer, ne de rire; Plus n'est le temps sinon de tout despire , Plus cuide avoir de douceur les apuys, Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire, Puisque de vous approcher je ne puis.

BALADE

(Orléans.)

Chascun s'esbat au mieulx mentir, Et voulentiers je Taprendroye, Mais maint mal j'en voy advenir, Parquoy savoir, ne le vouldroye.

De mentir par déduit, ou joye, Ou par passe temps, ou plaisir, Ce n'est point mal fait, sans faillir, Se faulceté ne s'y employé.

Faulx menteurs puisse l'en couvrir, Sur les montaignes de Savoye, De neiges, tant que revenir Ne puissent par chemin, ne voye, Jusques quérir je les renvoyé ; Pour Dieu, laissiez les là dormir.

Ils ne scevent de riens servir, Se faulceté ne s'y employé.

Pourquoy se font ilz tant hair?

Veulent ilz que l'en les guerroyé ?

Guident ilz du monde tenir Tous les deux boutz de la courroye ?

C'est folie, que vous diroyè?

Leur prouffit puissent parfournir, Et laissent les autres chevir, Se faulceté ne s'y employé.

l'bnvoy.

Paix crie, Dieu la nous octroyé , C'est imp trésor qu'on doit chérir,

124 PuésiES DE (:iiARi>.s d'okléans.

Tous biens s'en pevent ensuir, Se faulceté ne s'y employé.

BALADE

Jam nova prngenies cœlo demittitur alto.

louée Conception, Envoyée sa jus des cieulx, Du noble Lys digne Syon, Don de Jhesus très precieuix, Marie, nom très gracieulx, Fons de pitié, source de grâce, La joye, confort de mes yeulx, Qui nostre paix batist et brasse.

La paix, c'est assavoir des riches, Des povres, le substaiitament, Le rebours des félons et chiches, Très nécessaire enfantement Conceu, portée honnestement Hors le pechié originel, Que dire je puis sainctement, Souverain bien de Dieu Eterncîl.

Nom recouvré, joye de peuple, Confort des bons, de maulx retraictc;, Du doulx Seigneur première et seule Fille, de son cler sang extraicte, Du. dextre costé Clovis traicte, Glorieuse ymage en tout fais, Ou hault ciel crée et pourtraicte, Pour esjouyr, et donner paix.

En Tamour et crainte de Dieu, Es nobles flans César conceue, Des petitz et grans, en tout lieu, A très grande joye receue, De Tamour Dieu traicte, tissue Pour les discordez ralier,

PO^SIBS OB CHARLES D'ORUiANS. 125

Et aux enclos donner yssue.

Leurs lians et fers délier.

Aucunes gens qui bien peu sentent, Nourriz en simplesse et confiz, Contre le vouloir Dieu, actentent Par ignorance desconfiz , Desirans que feussiez ung filz.

Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, Je croy que ce soit grans proufîz ; Raison, Dieu^fait tout pour le mieulx. '

Du Psalmiste je prens les dictz, DelecUuti me^ Domine, In factura tua, si ditz ; Noble enfant de bonne heure né, A toute doulceur destiné, Manna du ciel, céleste don.

De tous biens fais le guerdonnc.

Et de noz maulx le vray pardon.

Combi^Q que J'ay leu en ung dit, Intmtcum putes y a Qui te presentem laudabit, Toutt^oiz, non obstant cela^ Oncques vray homme ne cela En son courage aucun grant bien.

Qui ne le monstrast ca et là, On doit dire du bien le bien.

Saint Jehan Baptiste ainsi le flst, Quant Faignel de Dieu desoela, En ce faisant, pas ne mefQst, Dont sa voix es tourbes vola, De quoy saint Andry Dieu loua.

Qui de lui, cy ne scavoit rien.

Et au filz de Dieu s'aloua, On doit dire du bien le bien,

Envoyée de Jhesucrist,

Rappelez sa jus par deçà

Les povres que rigueur proseript,

Et que fortune betourna ;

Cy scay bien comment y m'en va,

De Dieu, de vous, vie je tien,

Benoist celle qui vous porta;

On doit dire du bien le bien.

Cy, devant Dieu, fais congnoissanco

Que créature feusse morte.

Ne fust vostre doulce naissance,

En charité puissant et forte.

Qui ressuscite et réconforte,

Ce que mort avoit prins pour sien ;

Vostre présence me conforte.

On doit dire du bien le bien.

Cy vous rens toute obéissance, Ad ce faire, raison me porté, De toute ma povre puissance, Plus n'est deul qui me desconforte, N'autre ennuy de quelconque sorte ; Vostre je suis, et non plus mien.

Ad ce, droit et devoir m'enhorte , On doit dire du bien le bien.

grâce et pitié très immense, L'entrée de paix et la porte, Some et bénigne clémence, Qui noz faultes toult et supporte ; Cy de vous louer me déporte, Ingrat suis, et je le maintien , Dont en ce refrain me transporte, On doit dire du bien le bien.

Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien ; A vous et à vous m'en rapporte, On doit dire du bien le bien.

Euvre de Dieu, digne, louée, Autant que nulle créature, De tous biens et vertuz douée.

Tant d'esperit, que de nature, Que de ceulx qu'on dit d'aventure ; Plus que rubis noble, ou balais.

Selon de Caton Tescripture, Patfem insequitur proies.

Port asseuré, maintien rassis.

Plus que ne peut nature humaine», Et eussiez des ans trente six.

Enfance en riens ne vous demaine, Que jour ne le die et sepmaîne , Je ne scay qui le me deffant ; Ad ce propoz ung dit ramaine , De saige mère, saige enfant.

Dont résume ce que j'ay dit, Nova prog entes cœlo.

Car c'est du Poète le dit, Jamjam demittitur alto.

Saige Cassandre, bel Echo , Digne Judith, caste Lucresse, Je vous congnois, noble Dido, A ma seule Dame et maistresse.

En priant Dieu, digne Pucelle, Qui vous doint longue et bonne vie, Qui vous ayme, ma Damoiselle, Ja ne coure sur lui envie ; Entière Dame, et assouvie, J'espoir de vous servir aincoys , Certes, se Dieu plaist que dévie Vostre povre escolier francoys.

128 POÉSIES DR CHAHLBS u'ORLéAN&.

BALADE

Je meurs de soif empres de la fontaine ; Suffisance ay, et si suis convoiteux ; Une heure m'est plus d'une quarantaine ; Droit et parfait, je chemine boiteux; Très pacient, plus que nul despiteux; Je retiens tout, et ce que j'ai, despars; A moy cruel, et aux autres Piteux ; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

En doubte suis do chose très certaine ; Infortuné, je me repute eureux ; Vraye conclus une chose incertaine ; Rien je ne fois, et suis adventureux; Feble me tiens, quant me sens vigoreux ; Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars : Doulx et béguin, de semblant rigoreux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

Quant dueil me prent, grand joye me domaine ; Par grant plaisir, je deviens langoreux ; Indigent suis, possident grant domaine ; Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux , Qui m'est amer, de lui suis amoureux ; Ignorant suis, et si scay les sept ars ; En grant seurté, fort craintif et paoureux ; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

l'envoy.

Qui me loue, il m'est injurieux ; Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars; Par bien ouvrer, en vain labourieux ; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

BALADE

Je meurs de soif auprès de la fontaine ; Tant plus mengue, et tant plus je me aftame ;

POÉSIES DB CHARLBS D'ORU^ANS. 12!)

Povre d'arçent, ou ma bourse en est plaine :

Marié suis, et si n'ay point de famé ; Qui me honnore, grandement me diffame ; Quant je vois droit, lors est que me devoye ; Pour loz et pris, je tiltre de diffame :

Grief desplaisir m'est excessive joye.

Quant on me toult, richement on me estraine ; Dix mile onces ne mè sont que une dragme ; Sec et brahaing, je porte fleur et graine ; En reposant, sur mer tire à la rame ; Actaine suis en tous lieux on n'a ame ; Acompaigné, je n'ay qui me convoyé ; Toute entière est la chose que je entame, Grief desplaisir m'est excessive joye.

En aspirant, je retiens mon alaine; Quant eur me vient, maleureux je me clame.

Fort et puissant, flexible comrne laine; Transi d'amours sans avoir nulle dame ; Homme parfait, privé de corps et d'ame; Paisible suis, et ung chascun guerroyé; Mes ennemis plus que tous autres, ame ; Grief desplaisir m'ast excessive joye.

l'envoy.

Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme; Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye ; En eau plungié, je brûle tout en flame; Grief desplaisir m'est excessive joie.

BALADE

Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine, Repeu je suis de compétent viande, J'ai pris trêves afQn que on ne me actaine, Dissimulant, fault que le hurl actende ; Adjoing des deux, sans que nul vilipende, Je feslie l'un, à l'austre fois la moue;

130 POÉSIES DE CHARLES o'ORLéAMS.

Kn ce faisant, pour éviter esc-ande,

Entre deux eaues, comme le poisson, noiie.

En grant travail j'ai frapé la quintaine,

Jusques ung temps fault qu'à repos entende ;

Pour obvier à voye trop haultaine,

Le moyen tiens, affîn que ne descende,

Pai eu delay de payer mon amende.

En couroux faint, couvertement me joue.

En reculant pour mieulx saillir en lande.

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine, Dueil et plaisir me tiennent en commande :

En divers lieux ca et là me pourmaine ; I^ moitié fois, quant tout l'en me commande ; A demy trait lors est que Tare débande^ Pour abréger, ne l'un ne l'autre loue, Participant de Tune et l'autre bande.

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

l'envoy.

Par prière de affaictée demande,, Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, A ce respons, se aucun le me demande.

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

BALADE

(Villon.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine ; Chault comme feu, et tremble dent à dent; En mon pays, suis en terre loingtaine :

Lez ung brasier, friconne tout ardent :

Nu comme ung ver, vestu en président ; Je ris en pleurs, et actens sans espoir :

Confors reprens, en triste desespoir :

Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun ; Puissant, je suis sans force et sans povoir : Bien rerneillv, débouté de chascun.

PO^IBS DE CHARLBS d'oULÉANS. tSl

Rien ne m'est seur, que la chose incertaine; Obscur, fors ce qui est tout évident; Doubte ne fais, fors en chose certaine; Science tiens à soudain accident; Je gaigne tout, et demeure perdent ; Au point du jour diz : Dieu vous doint bon soir ; Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir; J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung ; Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir ; Bien recueilly, débouté de chascun.

De riens n'ay soing , si mets toute ma paine» D'acquérir biens, et n'y suis prétendent ; Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine ; Et qui plus vray, lors plus me va bourdent ; Mon amy est qui me fait entendent, D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir ; Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir ; Bourde, vérité, aujourduy m'est tout ung ; Je retiens tout, riens ne scay concepvoir ; Bien recueilly, débouté de chascun.

L'BNVOr.

Prince clément, or vous plaise savoir Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir ; Parcial, suis à toutes lois commun; Que fais je plus ? quoy ? les gaiges ravoir ; Bien recueilly, débouté de chascun.

Parfont conseil eximium En ce saint livre, eœortatur.

Que l'omme, in matrimonium, Folement non abutatur ; Raison, le sens hebetatur.

De omni viro quelqu'il soit ; Fol non crédit tant qu'il reçoit.

Et constat, par ceste leccon, Pour conserver vim et robur.

Pr estai ne faire mot, ne son, Souffrir et escouter murmur ; Si conjunœ clamai ad ce mur, Fingal que pas ne le conçoit, Fol non crédit tant qu'il reçoit.

Fortior multo que Sanson,

En cest assault conjuncitur

Contra de Venus Fescusson , »

Le plus fort bourdon plicatur;

Sed quisquis pas ne le conçoit, Fol non crédit tant qu'il reçoit.

l'enyot.

Prince très saige, legitur Quod astucior si decoit, Le mieulx nagent y mergitur; Fol non crédit tant qu'il reçoit.

Je meurs de soif auprès de la fontaine ; Pai très grant fain, et si ne puis mengier; Je suis au bas en la maison haultaine, Et enchartré en ung très beau vergier; En grant péril, et hors de tout dangier ; Les biens que j'ay, me font povre indigent ; En beau logis, ne me scay où logier ; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine ; Dormir ne puis, et ne fais que songier ; Je suis tout sain, et ay fièvre quartaine ; Tout esdenté, mon frain me fault rongier; Vérité dy, et si suis mensongier ; Je suis recluz, hanté de toute gent ; Congneu de tous, et à tous estrangier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

' Le vers manque dans les manuscrits.

POLIES DB CHABLKS d'oULÂANS. 133

Grant doubte fais de chose bien certaine; Incertain suis, et si en vneil jugier ; Ou champs estroit, je jouste à la quintaîne ; Non offensé, je me cuide vengier:

Ung pesant faiz me semble très legier ; Je suis paillart, et contrefay du gent ; Par trop couart, hardy comme un Ogier ; Je gaigne assez, et si n'ay point d'arçent.

l'bnvot.

Prince, je suy siche, pour abregier , Prodigue aussi, nonchallant, diligent, Assez subtil, plus simple que bergier, Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

(Montbrelon et Robcrtet.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine ;

Je trouve doulx ce qui doit estre amer ;

J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine»,

Je hé tous ceulx que fort je deusse amer ;

Je loue ceulx que je deusse blasmer:

Je prens en gré plus le mal que le bien ;

Je vois querant ce qu'à trouver je doubte ;

Croire ne puis cela que je scay bien ;

Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.

Je prens plaisir en ce qui m'est atayne ; Ung peu de chose m'est grant comme la mer ; Je tiens de près, celle qui m'est loingtaine ; Je garde entier ce que deusse entamer; Saoul suis, de ce qui me fait affamer ; J'ay largement de tout, et si n'ay rien ; J'oublie ce que plus à cueur je boute; €e qui me lasche , me tient en son lien ; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

Je tiens pour basse chose qui est haultaine; Je fuis tous eeulx que deusse reclamer,

Je croy plus tart le vray qu'une fredaine ; Tant plus suis froit, plus me sens enflamer; Quant j'ay bon eueur, lors je prens à pasmer ; Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien ; Je prise peu ce qui bien chier me couste ; Sote manière m'est plus que beau maintien ; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

L*ENVOY

Prince, j'ay tout, et si ne scay combien ; J'atire à moy ce qui plus me déboute ; Ce que j'esloigne, m'est plus près qu'autre rien : Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

BALADE

Je meurs de soif auprès de la fontaine; Verbe normal, sans conjugacion ; Congruité , de incongruité plaine ; Déclinable, sans declinacion ; Approprié par appellacion ; Déterminé, sans quelque terminance; Ou brief, ou long, sans variacion ; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

Mat et vaincu, je frape la quintaine ; Sans violance je fois invasion ; Affirmatif d'une chose incertaine ; Silogisant sans proposicion; Meuf figure où n'a conclusion ; Emptimeme sans quelque consequance ; Convertible où n'a conversion ; C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

J'ayme repos, et désire la paine;

Corruptible en generacion;

Le vray au faulx je duis et ramaine ;

De maxime je fois oppinion ;

Diffiment je fois descripcion ,

Et l'accident je mue en substance ;

POéSIBS l« CRAHLIS It^ORL^ANS. 135

Aveugle suis en dere vision ;

(rest plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

l'ènvot.

Incomplexif, ayant complexion ; Irregulier, je suis de Toteervance ; Je suis actif, désignant passion ; Cest plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

BALADE

( Maistre Berthaalt de Villebresine.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine ; Tout affamé, en mengier sumptueulx :

Comblé de dueil, en liesse haultaine ; Sec et brahaing, en pays fructueux ; Loing de vertuz, entre les vertueux ; Entre joyeux, plaintif et souspirant ; En lieu de bien, de mal affectueux ; Et va mon fait tousjours en empirant.

Entre tous biens je suis de mal quintainc ; Alangoré, entre les vigoreux ; Entre esbanoys, de regret cappitaine :

Amertume, entre les doulcereux; Tremblant de froit en manoir chalereux ; En grant santé, tousjours mal endurant ; Entre ox)urtois, despit et rigoreux ; Et va mon fait tousjours en empirant.

Forvoyé suis par hanter voye certaine , Et avoyé, en lieux avantureux ; Ma nacion m'est région lointaine ; En lieu très seur, je suis très fort paoureux , Espns d'amour, sans estre amoureux ; La lerme a Tueil, je me vois déduisant ; Tout me desplaist, sans estre dangereux ; Et va mon fait tousjours en empirant.

l'envoy.

Prince, cesser fay ie mal qui m'actaine ,

136 POÉSIES DE CHARLES d'OKLÉAKS.

Ou autrement je m'en iray mourant, Car je suis près d'avoir fièvre quartaine, Et va mon fait toujours en empirant.

BALADE

(Maiskre Jehan GaiUau.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine;

Tremblant de froit ou feu des amoureux ;

Je suis tout sain en langueur et enpaine ;

Et suis asseur, oîi tout est dangereux ;

Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux ;

Plain de tourment, mené joyeuse vie ,

Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie ;

En povreté, je suis très richement;

En engoisse, j'ay plaisance assovye ;

Or jugiez donc se je vis plaisamment.

Je suis joyeulx sans plaisance mondaine; Où chascun rit, pensif et douloreux ; Sans nul travail, si suis je hors d'alaine ; Près de tout bien, suis le très langoreux ; Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux ; J'ayme estre seul, et si vueil compaignie; Je dors assez, et suis en frénésie; En desespoir j'ay grand allégement; Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; Or jugiez donc se je vis plaisamment.

Je suis seigneur sans terre et sans domaine ; Tant plus ay biens, et plus suis maleureux ; Je meurs de fain, et ay ma grange plaine ; Où tout est seur, si suis je très paouipeux ; Des plus vaillans et moins chevalereux ; Qui mal me fait, je lui rens courtoisie ; S'il fait beau temps, je demande la pluye ; Se je meurs tost, si vis je longuement; En grant repos, plain de forsenerie ; Or jugez donc si je vis plaisamment.

POESIES DB CHAULES D'oRLÉANS. 137

L*BNVOY.

Prince, mon fait est droicte faerie, Je hay travail, et le repos m'ennuye ; Maintenant d'un, et tantost autrement; Tay tous les jeux, et quicte la partie; Or jugez donc si je vis plaisamment.

BALADE

(GiUes des Ourmes.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine; Tremblant de froit ou feu des amoureux; Je suis joyeulx s'aucun mal me domaine ; Plainlz et souspirs sont mes riz et mes jeux ; Je n'ay santé, sinon quand je me deulx ; Beau temps me plaist, et désire la pluye; Qui bien me fait, je le tiens mon bayneux ; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

Je n'ay repos qu'en doleur et en paine; J'ayme travail, et si suis paresseux ; Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine, Et m'est d'advis que le jour dure deux ; Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux ; Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye ; Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux ; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

J'ay mille maulx, et ma personne est saine ; Plaisirs mondains me sont malencontreux ; Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine ; Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux ; Gens bien en point me semblent souffreux ; En plain midy j'ay la veue esbluye; Je n'ayme rien, et si suis convoiteux ; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

l'envoy.

Sans, mot sonner, je dy mon cas piteux ; Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx ;

138 POÉSIES DE CHARLES d'oHLÉANS.

Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

BALADE

(Simonnet CaiUau.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine ; Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire ; Tout arresté, sans marchier l'on me maine ; Rempli de deul, vouloir me prent de rire :

En plaisans lieux je n'ay si non martire :

A nul ne suis, et si fault que m'avoue ; Parler scay bien, et ne puis mon cas dire; Or regardez , se tel homme se joue.

Croire ne vueil, et -est chose certaine ; Sans me toucher, je sens que l'on me tire; En lit bien fait, là ne seufïre que paine; Le chois ay eu, et est ma part la pire ; Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire ; Qui mal me fait, de cestui la me loue ; Près des joyeulx, je ne me scay déduire ; Or regardez, se tel homme se joue.

Esgaré suis, et voy la voye plaine ; Où tout est bien, assez treuve à redire ; Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine ; Les yeulx bandez, en mirouer me mire ; Loingt de chault feu, je ne cesse de frire :

Tel me flate qui puis me fait la moue; Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire ; Or regardez , se tel homme se joue.

L'rNVOV.

J'ay piez et sens, et ne me scay conduire ; En beau chemin je suis cheut en la boue ; J'ayme estre à part, et compaignie désire ; Or regardez, se tel homme se joue.

POÉSIES DC GHARLBS d'ORL^ANS. i99

BALAUE.

En regardant vers le pays de France, Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la doulce plaisance»

Que souloie ou dit pays trouver ; Si commencay de cueur à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cueur amer doit.

Je m'avisay que c'estoit nonsavance ,

De telz souspirs dedens mon cueur garder,

Veu que je voy que la voye commence

De bonne paix, qui tous biens peut donner ;

Pour ce, toumay en confort mon penser.

Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit

De veoir France que mon cueur amer doit.

Alors chargay, en la nef d'espérance, Tous mes souhays en leur priant d'aler Oultre la mer, sans faire demourance , Et à France de me recojnmaader ; Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder, Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, De veoir France que mon cueur amer doit.

l'envoy.

Paix est trésor qu'on ne peut trop loer, Je hé guerre, point ne la doit prisier, Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit, De veoir France que mon cueur amer doit.

BALADE

Priez pour paix, doulce Vierge Marie, Royne des cieulx, et du monde maistresse, Faictes prier, par vostre courtoisie.

Saints et sainctes, et prenez vostre adresse Vers vostre fils, fequerrant sa haultesso Qu'il lui plaiso son peuple r^arder,

Que de son sang a voulu rachater, En déboutant guerre qui tout desvoye ; De prières ne vous vueilliez lasser, Priez pour paix, le vray trésor de joye.

Priez, prelaz, et gens de saincte vie, Religieux, ne dormez en peresse.

Priez, maistres, et tous suivans clergie, Car par guerre fault que Testude cesse ; Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse, Le service de Dieu vous fault laisser, Quant ne povez en repos demeurer ; Priez si fort que briefment Dieu vous oye, L'Eglise voult à ce vous ordonner ; Priez pour paix, le vray trésor de joye.

Priez, princes qui avez seigneurie,

Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse,

Gentils hommes avec chevalerie,

Car meschans gens surmontent gentillesse ;

En leurs mains ont toute vostre richesse,

Debatz les font en hault estât monter.

Vous le povez chascun jour veoir au cler,

Et §ont riches de voz biens et monnoye,

Dont vous deussiez le peuple supporter ;

Prier pour paix, le vray trésor de joye.

Priez, peuple qui souffrez tirannie.

Car voz seigneurs sont en telle foiblesse, Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie, Ne vous aider en vostre grant destresse ; Loyaux marchans, la selle si vous blesse.

Fort sur le doz chascun vous vient presser, Et ne povez marchandise mener, Car vous n'avez seur passage, ne voye, Et maint péril vous convient il passer ; Priez pour paix, le vray trésor de joyo.

Priez, galans joyeulx en compaignie ,

POÉSIES DB CHAULES d'oRLÉANS. 141

Qui despendre desirez à largesse, Guerre vous tient la bourse dégarnie ; Priez, amans, qui voulez en liesse Servir amours, car guerre, par rudesse, Vous destourbe de voz dames hanter, Qui mainteifoiz fait leurs voloirs torner , Et quant tenez le bout de la courroye, Ung estrangier si le vous vient ester ; Priez pour paix, le vray trésor de joye.

l'bnvoy.

Dieu tout puissant nous vueille conforter Toutes choses en terre, ciel et mer.

Priez vers lui que brief en tout pourvoye, En lui seul est de tous maulx amender; Priez pour paix, le vray trésor de joye.

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