‹ Poésies de Charles d'Orléans (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · CAROLE · texte numérisé non relu

CAROLE

Avancez vous, Espérance, Venez mon cueur conforter.

Car il ne peut plus porter Sa très greveuse penance.

Pieca, Joyeuse pensée S'esbatoit avecques lui.

Mais elle s'en est aléé, Tant a pourchassié Ennuy .

Se vous n'avez la puissance De tout son mal lui oster, Plaise vous à alegier Au moins un peusa grevance.

Avancez, etc.

Vous lui avez fait promesse De le venir secourir, Et de lui tollir tristesse.

Mais trop le faictes languir.

Ayez de lui souvenance.

Et le venez deslogier

212 POétilBS DK CHARLBS o'ORlAaNS.

De la prison de Dangier, Oh il meurt en desplaisance, Avancez , etc.

CÀROLE.

M'avez vous point mis en oubly ?

Par Dieu, je doubte fort, oy, Ma seule maistresse et ma joye ; Non pourtant, quelque part que soye, Je m'actens à vostre mercy.

Espoir m'a dit que Leauté Vous fera souvenir de moy, Car vostre bonne voulenté Ne peult faillir, comme je croy.

Quant est à moy, je vous supply, Pensez que Tamoureux party, Que j'ay prins, changier ne pourroye ; Certes avant mourir vouldroye , Je vous prometz qu'il est ainsi.

M'avez vous, etc.

Amour a tort, ce m'est advis.

Qu'il ne fait aux dames sentir

Les maulx, où leurs servans sont mis,

Pour les très loyaument servir.

Pour vous, ma Dame, je le dy,

Car se vous saviez le soussy,

Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye.

Vous diriez bien que j'auroye,

De droit, gaingné le don d'amy.

M'avez vous, etc.

RONDEL

Et ne cesserez vous jamais? - Tousjours est à recommencer ; C'est folie d'y plus penser, Ne s'en soussier désormais.

POltSIES DE CHARLK8 d'ohLBANS. 243

Plus avant j'en diroye, mais Bien n'y rault flater; ne tanser.

Et ne cesserez, etc.

Tousjours, etc.

Passez a plusieurs moys des Mays Qu'Amour vous vouldrent avanser ; Mal les voulez recompenser, En servant de telz entremais.

Et ne cesserez vous, etc.

RONDEL

(Orléans à Ne vers.)

Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gaige vostre cueur, Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez arrière.

Contentez, car c'est la manière, Vostre hostesse pour vostre honneur.

Pour paier, etc.

Laissez en, etc.

Et se voiez nostre prière Estre trop plaine de rigueur, Changons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entière.

Pour paier, etc.

RONDEL

(Responce de Ne vers.)

Mon très bon hoste, et ma très doulce hostesse, Très humblement et plus vous remercie Des biens, honneurs, bonté et courtoisie.

Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. Aussi fais je de vostre grant largesse Et très soingneuse et bonne compaignie.

Mon très bon hoste, etc.

Très humblement^ etc.

214 POésiBS DE CHARLBS D'ORLBANS.

Mon povre cueur pour paiement vous laisse, Prenez en gré, et je vous supplie, Et oultre plus, tant que je puis vous prie, Que m'octroyez estre maistre et maistresse, Mon très bon, etc.

RONDEL

Qu'il ne le me font , Pour veoir que feroye, Et se je sauroye Leur donner le bout.

Puisque telz ilz sont Alïîn qu'on les voye Qu'il ne, etc.

Pour veoir, etc.

Droit à droit respont , Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'il desserviront.

Qu'il ne, etc.

RONDEL

(Orléans.)

A ce jour de saint Valentin, Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per? Sans partir à vostre butin.

A mon resveillier au matin, Je n'y ai cessé de penser, A ce jour, etc.

Que chascun, etc.

Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui ma conseillié reposer, Et rendormir sur mon coussin.

A c^ jour, etc.

RONDEL

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Hérault; Monter me fault en Teschaffault, Pour jugier des amoureux tours.

Quant je verray riens à rebours Dien scet se je crieray bien hault.

J'ay esté, etc.

Mais, etc.

Et s^amans vont irisant les leurs, Tantost congnoistray leur deifault; Ja devant moy, clochier ne fault, D'amer scay par cueur le droit cours.

J'ay esté, etc.

RONDEL

(Secile.)

Âpres une seule exceptée.

Je vous servirai ceste année,

Ma doulce Valentine gente,

Puisqu' Amours veult que m'y consente,

Et que telle est ma destinée.

De moy, pour autre habandonnée

Ne serez ; mais si fort amée

Qu'en devrez bien estre contente.

Apres une seule, etc.

Je vous, etc.

Or me soit par vous ordonnée.

S'il vous plaist, à ceste journée,^ Vo voulenté doulce et plaisante; Car à la faire me présente Plus que pour Dame qui soit née.

Apres une seule, etc.

RONDEL

Je suis desja d'amour tanné,

246 POltsiES DE CHARLES d'oHLÉANS

Ma très doulce Valentinée,

Car pour moi fustes trop tart née,

Et moy pour vous ftis trop tost né.

Dieu lui pardoint qui estreiié

M'a de vous, pour toute l'année.

Je suis desja, etc.

Ma très doulce, etc.

Bien m'estoye suspeconné, Qu'auroye telle destinée, Ains que passast ceste journée, Combien qu'Amours Feust ordonné.

Je suis de^a, etc.

RONDEX.

(Orléans.)

Soubz parler couvert D'estrange devise, Monstrez qu'avez prise Douleur; il y pert.

Du tout en désert, N'est pas vostre emprise.

Soubz parler, etc.

D'estrange, etc.

Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise, Sera recouvert.

Soubz parler, etc.

RONDEL

Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas.

Dieu scet s'ilz auront froit aux bras, Par leur manche deschiquetée.

Laissez aler, otc.

POàsiBS DE CHARLES D*OHLBANS. 247

Hz portent petiz soulers gras, A une poulaine embourrée, Froidure fera son entrée, Par leurs talons nuz par em bas.

Laisser aler, etc.

RONDEL

Les en voulez vous garder Ces rivières de courir, Et grues prendre et tenir, Quant hault les veez voler.

A telles choses muser, Voit on folz souver servir.

Les en voulez, etc.

Ces rivières, etc.

Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber.

Les en voulez, etc.

RONDEL

Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné, Du plaisir qu'il m'avoit donné, Sans cause m'a tost desservy.

Mon cueur loyaument son serf vy , Mais à tort l'a abandonné.

Veu que j'ay, etc.

Ne suis, etc.

Plus ne lui sera asservy ; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, Je croy que suis à ce don né.

D'avoir mal pour bien desserry.

Vou que j'ay, etc.

2f 8 POIÎSIBS os CHARLKS l>'ORLéAI«S.

RONDEL

(SMile.)

Pourtant se vous plaignez d'Amours, Il n'est pas temps de vous retraire, Car encore il vous pourra faire Tel bien, que perdrez vos dolours.

Vous congnoissez assez ses tours, Je ne dy pas pour vous desplaire.

Pour tant, etc.

11 n'est, etc.

Ayez fiance en lui tousjours, Et mectez paine de lui plaire ; Combien que mieulx me vaulsit taire, Car vous pensez tout le rebours.

Pourtaat, etc.

RONDEL

Se vous estiez comme moy, Las! vous vous devriez bien plaindre; Car de tous mes maulx le maindre Est plus grant que vostre ennoy.

Bien vous pourrez, sur ma foy, D'Amours alors vous complaindre; Se vous estiez, etc.

Las ! vous, etc.

Car si très dolent me voy ,

Que plus la mort ne veuil craindre ;

Touteffoiz, il me faut faindre;

Aussi feriez vous, se croy,

Se vous estiez, etc.

RONDEL

( Rfisponce par Orléans. )

Chascune vieille son dueil plaint; Vous cuidez que vostre mal pas^

poésiBs DE cHAatEs d'okléans. 249

Tout autre ; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint.

Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, Le tourment que mon cueur enlasse.

Chascune vieille, etc.

Vous cuidez, etc.

Ma peine pers comme îaii maint, Et contre Fortune je chasse ; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraitlt.

Chascune vieille, etc.

RONDEL

(Secile.)

Bien deffendu, bien assailly, Chascun dit qu'il a grant dolours, Mais, au fort, je veuil croire Amours Par qui le débat est sailly ; Affîn que qui aura failly, N'aye jamais de lui secours.

Bien deSendu, etc.

Chascun dit, etc.

Car se j'ay en riens deffailly De compter mon mal puis deux jours, Banny vueil estre de ses cours, Com un hom lasche et failly.

Bien deffendu, etc.

RONDEL

(Responce par Orléans.)

Bien assailly, bien deffendu; Quant assez aurons debatu, 11 faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du débat nouvel advenu.

Très fort vhe>us avez combatu,

Et j'ay mon billart bien tenu ; C'est beau débat que de deux bons.

Bien assailly, etc.

Quant assez, etc.

Vray est qu'estes d'Amour féru, Et en ses fers estroit tenu ; Mais moy non, ainsi l'entendons; n a passé maintes saisons, Que me suis^ux armés rendu.

Bien assailly, etc.

RONDEL

(Secile.)

Si dolant je me trouve à part De laisser ce dont mon bien part ; C'est celle en qui n'a que redire, Que ne fus oncques si plain d'ire, Ou jamais Dieu n'ait en moy part.

Car, quant je pense en mon départ, Et qu'aler me fault autre part, Je ne scay plus que je dois dire. Si dolant, etc.

De laisser, etc.

Fortune, qui les lotz départ,

M'a baillé ce dueil pour ma part,

Qu'est pis qu'on ne seroit redire;

Et si ne lui puis contredire.

Dont a peu que mon cueur n'en part.

Si dolant, etc.

CHANCON

(Orléans.)

Durant les trêves d'Angleterre Qui ont esté faicles à Tours, Par bon conseil avec Amours, J'ay prins «bstinence de guerre ;

POÉSIES l»E CH ARLES D'OHLIIaNS. 991

S'autre que moy ne la desserre, Content suis que tiengne tousjours.

Durant les, etc.

Qui ont, etc.

Il n'est pas bon de trop enquerre , Ne s'empechier es feiz des cours ; S'on m'assault, pour avoir secours, Vers Nonchaloir iray grant erre.

Durant les, etc.

Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir, Et congnustes, à Tueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye.

L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir.

Vous vistes, etc.

Ce que je ne, etc.

Trop est saige qui ne foloye, Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir, Et fist comme pieca souloye.

Vous vistes, etc.

RONDEL

(Fredet.)

Jusques Pasques soient passées, Donnez trieves à mes pensées, Je vous pri tant que je puis, Amours; Car c'est bien droit qu'à ces bons jours En paix de vous soient laissées.

Assez voz gens les ont lassées, Et pour ceste foiz couroussée», Allez ailleurs faire vos tours.

Jusques Pasques, etc.

Donnez trieves, etc.

2ii2 POÉSIES DE CHARLES d'oKLÉANS.

Pour plus donc n'estre d'eulx pressées, Qui tant les ont fort menassées, Faictes les crier par voz cours, Et leur deffendez bien tousjours, Que par eulx ne soient cassées.

Jusques Pasques, etc.

(Responce par Orléans )

Tant que Pasques soient passées, Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accors, Que peasées soient cassées, Et en aumaires entassées, Fermans à clef très bien et fort.

Tant que Pasques, etc.

Sans resveiller, etc.

Quand aux miennes, ilz sont lassées.

Mais de les garder, mon effort Feray, par Tavis de Confort, En fardeauls d'espoir amassées.

Tant que Pasques, etc.

CHANCON

La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit, Souvenleffoiz s'esbat et rit A planter une gente bourde ; Contrefaisant la coquelourde, Soubz un malicieux abit.

La veez vous, etc.

Qui pense, etc.

Quelle part que malice sourde, Tost congnoist s'il y a proufQl ; Benoist en soit le saint Esprit, Qui de si fînete me hourde.

La veez vous me, etc.

POÉSIES DE CHAULES d'oRLÉANS. 253

Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir; S'ilz vous povoiént conquérir, Hz ne demanderoyent mieulx.

Vous estes seule soubz les cieulx Le trésor de parfait plaisir.

Beaulté, etc.

Car ilz vous, etc.

Congneuz les ay jeunes et vieulx, Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur désir, Je vous avise qu'ilz sont tieulx.

Beaulté, etc.

CHANCON

Helas ! et qui ne l'aymeroit ?

De Bourbon le droit héritier, Qui a l'estomac de papier.

Et aura la goûte de droit ; Se Lymosin ne lui aidoit.

Il mourroit, tesmoing Villequier.

Helas ! et qui, etc.

De Bourbon, etc.

Jamais plus hault ne sailliroit, S'elle lui monstroit ung dangier; Et pour ce, Fayete et Gouffîer, Aidiez chascun en vostre endroit.

Helas! et qui, etc.

RONDEL

Bien viengne doulx regart qui rit.

Quelque bonne nouvelle porte.

Dont Dangier fort se desconforte, Et de courroux en douleur frit.

Ne peut chaloir de son despit,

254 POésiBS DE CHAHLSS d'ORLBAPH.

Ne (le ceulx qui sont de sa sorte.

Bien viengne, etc.

Quelque, etc.

Dangier dist : baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte; Mais Amour, comnfe la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit.

Bien viengne, etc.

CHANCON

Dieu vous envoyé pascience, Gentil conte Cleremondois, Vous congnoissez, à ceste foiz, Qu'est d'amoureuse pénitence ; Puisqu'estes hors de la présence, De celle que bien je congnois.

Dieu vous, etc.

Gentil conte, etc.

Vouer vous povez aliance A la riche, comme je crois , Ne vous trouverez de ce mois.

Las! trop estes loiag d'alegance.

Dieu vous, etc.

RONDEL

En la promesse d'Espérance Où j'ay temps perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé, Qui me povoit donner plaisance.

Las! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, En la promesse, etc.

Où j'ay temps, etc.

Et, de ma nysse gouvernance, Devant Raison j'ay accusé Mon cueur ; mais il s'est excusas

PO^IBS DE CHAKLBS d'OKII^.ANS. 285

Disant que deceu Ta Fiance En la promesse, etc.

CHANCON

Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir, Qu'estre batu, pour dire voir ; Pour 4)6, mon cueur, ainsi faisons.

Riens ne perdons, se nous taisons, Et se jouons au plus savoir.

Sauves toutes, etc.

Mieulx vault, etc.

Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir ; On aprent à taire et à veoir.

Selon les temps et les saisons.

Sauves toutes, etc.

RONDEL

Mon cueur, il me fault estre mestrc A ma foiz, aussi bien que vous , N'en ayez ennuy, ou courroux ; Certes il convient ainsi estre.

Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous.

Mou cueur, etc.

A ma foiz, etc.

Allez à dextre, ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre.

Il souffist bien que je le sache, Sans en enquérir plus avant; Car se tout aloye disant,

2M PO^IBS DE CHARLES d'oRLÉANS.

On vous pourroit bien dire actache.

Nul de la langue ne m'arrache Ce qu'en mon cueur je voys pensant.

Il souffist, etc.

Sans en, etc.

Ainsi qu'en blanc pert noire tache, Vostre fait est si apparant, Que m'y trouve trop congnoissant ; Qui est descouvert, mal se cache.

Il souffist, etc.

RONDEL

Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beaulté belle, Hz reviennent comme affamez ; Maugré mesdisans peu amez.

Et Dangier qui tient leur querelle.

Mes yeulx, etc.

Quant ma^, etc.

Estre devroient diffamez ,

Sllz ne voloyent, de bonne elle.

Vers les grans biens qui sont en elle ;

De ce ne seront ja blasmez.

Mes yeulx, etc.

CHANCON

Pense de toy Dorénavant, Du demeurant Te chaille poy.

Ce monde voy.

En empirant.

Pense, etc.

Dorénavant, etc.

Regarde et oy, Va peu parlant;

POlEsiBS DE CHARLES D'ORLÉANS. 257

Dieu tout puissant Fera de soy.

Pense, etc.

RONDEL

Retraiez vous, regart mal avisé,

Vous cuidez bien que nuliuy ne vous voye;

Certes, Aguet par tous lieux vous convoyé

Priveement, en habit desguisé.

De gens saichans en estes moins prisé,

D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. '

Retraiez vous, etc.

Vous cuidez, etc.

Dangier avez contre vous atisé,

Quant sot maintien tellement vous forvoye;

Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye.

Il est ainsi que je Tay devisé.

Retraiez vous, etc.

CHANCON

Ce n*est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles, Que de baster aux corneilles Les mariz, et Terbe pestre.

Car de jouer tours de maistre.

Femmes sont les nompareilles.

Ce n'est riens, etc.

On voit, etc.

Tant aux huis, comme aux fenestres, En champs, jardins, ou en trailles.

Par tout ont yeulx et oreilles, Soit à dextre, ou à senestre.

Ce n'est riens, etc.

RONDEL

Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez.

258 POésIBS DK CHARLES d'ORLÉANS.

11 semble qu'aux barres jouez ; Reprenez un peu vostre alaine.

Cueurs qu'Amours tient en son demaine, Guident qu'assaillir les voulez.

Regart, vous, etc.

Tousjours, etc.

Amours, une fois la sepmaine C'est raison que vous reposez, Et affîn que ne morfondez.

Il faudra que Ten vous pourmainç.

Regarti etc.

CHANCON

Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'e^t plus; Mes propos sont en ce C/Onclus, Qu'ainsy demourray désormais.

De s'entremectre de mes faiz, Je n'en requier nulles, ne nuls.

Or est, etc.

Et tout, etc.

Fortune, par ses faulx atraiz, En pipant, a pris à la glus Mon cueur, et en soussy reclus Se tient, sans départir jamais.

Or est, etc.

RONDEL

Le voulez vous ?

Que vostre soye , Rendu m'octroye, Pris ou recous.

Ung mot pour tous, Ras qu'on ne l'oye.

Le voulez, etc.

Que vostre, etc.

Maiigré jalous,

. IKNieJBS DE CBAALBS D'ORL^ANK. 259

Foy VîDiiSl tendroye.

Or sa, ma joye, Accordons nous.

Le voulez, etc;

CHANCON

C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir ; Si convient il, en vivant, mal souflfrir , Et au derrain, demort passer la bonde.

S'aucunefois joye, ou plaisir abonde.

On ne les peut longuement retenir.

C'est grant, etc.

Encores, etc.

Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde. Se plus pense, quoyque voye à venir, Qu'à vivre bien, et bonne un (guérir; Las ! il n'est rien que soussy ne confonde.

C'est grant, etc.

AONDEL.

Crevez moy les yeulx, Que ne voye goûte.

Car trop je redoubte, Beaulté en tous lieux; Ravir jusqu'aux cieulx Veult ma joye toute.

Crevez moy, etc.

Que ne, etc.

D'elle me gard Dieux, Affm qu'en sa route Jamais ne me boute ; N'est ce pour le mieulx ?

Crevez moi, etc.

Quant je la regarde, Elle vient ferir

260 POésiKS l>E CHAKI.ÊS d'ORLÉANS.

Mon coeur, de la darde D'amoureux désir.

CHANCON

En vivant en bonne espérance, Sans avoir desplaisance, ou dueil, Vous aurez brief, à votre vueil.

Nouvelle plaine de plaisance.

De guerre n'avons plus doubtance.

Mais tousjours gracieulx acueil.

En vivant, etc,

Tous nouveaulx revendrons en France, Et quant me reverrez à Tueil, Je suis tout autre que je sueil ; Au moins j'en fais la contenance.

En vivant, etc.

RONDEL

Jeunes amoureux nouveaulx.

En la nouvelle saison, Par les rues, sans raison, Chevauchent faisans les saulx ; Et font saillir des carreaulx Le feu, comme de charbon.

Jeunes, etc.

En la, etc.

Je ne scay se leurs travaulx Hz employent bien, ou non ; Mais piqués de l'esperon.

Sont autant que leurs chevaulx.

Jeunes, etc.

( Orléans à Secile. )

Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier.

Quant vous a pieu de m'envoyer

Le don qu*ay receu à grant joye ; Tel que dy, et plus, se povoye, Me trouverez à l'essayer.

Vostre esclave, etc.

Qui trop, etc.

Paine mectray que brief vous voye.

Et tost arez, sans délayer, Chose qui est sus le mestier, Qui vous plaira ; plus n'en diroye.

Vostre esclave, etc.

RONDEL

Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez.

Car plus tost en serez blessez, Que de trait d'arc, pu d'arbalestre.

N'alez à dextre, ne à senestre Regardant, mais les yeulx bessez.

Gardez, etc.

Amans, etc.

Se n'avez medicin bon maistre,

Si tost que vous serez navrez,

A Dieu soiez recommandez;

Mort vous tiens, demandez le preslre.

Gardez, etc.

CHANCON

Tellement, quellement, Me faut le temps passer, Et soucy amasser Mainteffoiz, mallement, Quant ne puis nullement Ma fortune casser.

Tellement, etc.

Me faut, etc.

G'iray tout bellement.

Pour paour de me lasser,

262 POÉSIES PB GHARLKS D'oRLÉAMS.

Et sans trop m'enlasser, Ou monde follement.

Tellement, etc.

RONDEL

En gibessant toute Tapres disnée Parmy les champs, pour me desauuyer , N'a pas longtemps que faisoye l'autrier Voler mon cueur après mainte pensée ; La quilote souvenance nommée, Sourdoit déduit, et savoit remerchier.

En gibessant, etc.

Parmy, etc.

Gibessiere de passe temps ouvrée, Emplie toute d'assez plaisant gibier, Et puis je peu mon cueur, au derrenier, Sur ung faisant d'espérance celée.

En gibessant, etc.

CHANCON

A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, Et ne scet on le jour, ne Teure; Souvent en devroit souvenir.

Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, En brief temps, ou longue demeure, A tout bon, etc.

Conveqdra, etc.

Las ! on ne pense qu'à suyr Le monde qui tousjours labeure ; Et quant on cuide qu'il sequeure , Au plus grant besoing vient faillir , A tout bon, etc.

RONDEL

Que faut il plus à ung cueur amoureux Quant assiégé Ta Dangier, de tristesse :

POésmfl DB CHARLBS d'oRLÉANS. 263

Qu'avitailler tantost sa forteresse

D'assez vivres de Bon espoir eureux,

Cappitaine face Désir songneux,

Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse.

Que faut, etc.

Quant, etc.

Artillié soit d'Avis avantureux, Coulevrines et canons, à largesse, Pretz, assortiz et cliargiez de Sagesse, Es boulevers et lieux avantageux.

Que faut il, etc.

ÇHANCON.

Vous estes paie pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart ; Devant ung ancien regnart, Tost est apparceu ung tel tour; Quant on a esté à séjour, Ce sont les gaiges de musart.

Vous estes, etc.

Puis qu'avez, etc.

Il souffist pour vostre labour.

Et s'apres on vous sert de lart, Prenez en gré, maistre coquart, Ce n'est qu'un restraintif d'amour.

Vous estes, etc.

RONDEL

Des maleureux porte le pris.

Servant Dame loyalle et belle.

Qui, pour mourir en la querelle, N'achevé ce qu'a entrepris; Diffamé de droit, et repris Par devant dame et damoiselle , Des maleureux, etc.

Servant Dame, etc.

Pourquoy est d'amer si espris

Quant congûoist que son cueur chancelle?

En soy donnant repreuve telle , Où a il ce mestier apris?

Des maleureux, etc.

CHANCON

Puisqu'estes en chaleur d'amours, Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; On vous trouvera medicine Qui briefment vous fera secours.

Trop tost, oultre le commun cours, Vous bat le cueur en la poictrine.

Puisqu'estes, etc.

Pour Dieu, etc.

La fièvre blanche ses séjours A fait, se voulez que termine.

Et que plus ne vous soit voisine, Repousez vous pour aucuns jours.

Puisqu'estes, etc.

RONDEL

En amer n'a que martire,

Nully ne le devroit dire

Mieulx que moy ;

J'en sauroye, sur ma foy,

De ma main ung livre escripre,

Où amans pourroient lire,

Des yeulx larmoyans, sans rire,

Je m'en croy.

En amer, etc.

Nully, etc.

Des maulx qu'on y peut eslire, Celluy qui est le mains pire, C'est anoy,

Qui n'est jamais à part soy ; Plus n'en dy, bien doit soulïire.

En amer, etc.

POÉSIBS DE CHARLES d'ORLBANS. 265

CHANCON

Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement , Receu ne serez vrayement Ainsi que acoustumé avez.

Soussy et penance amenez, Qui vous recevroit lyement?

Saint Valentin, etc.

En Karesme, etc.

Une autreffoiz vous avancez Plus tost, et alorà toute gent Vous recuilliront autrement ; Et pers à choisir amenez.

Saint Valentin, etc.

RONDEL

Me fauldrez vous à mon besoing?

Mon reconfort et ma fiance.

M'avez vous mis en oubliance?

Pourtant se de vous je suis loing.

N'avez vous pitié de mon seing, Sans vous, savez que n'ay puissance. Me fauldrez vous, etc.

Mon reconfort, etc.

On feroit des larmes ung baing, Qu'ay pleurées de desplaisance, Et crie, par désespérance, Ferant ma poictrine du poing, Me fauldrez, etc.

CHANCON

Saint Valentin dit : Veez me ca , Et apporte pers à choisir ; Viengne qui y devra venir.

C'est la coustume de pieca.

Quant le jour des Cendres hola

Respond) auquel doit on faillir?

Saint Valentin, etc.

Et apporte, etc.

Au fort, au matin convendra En devocion se tenir, Et après disner, à loisir, Choississe qui choisir vouldra.

Saint Valentin, etc.

RONDEL

Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant , S'en lui va riens demandant, Il respont à la volée.

Et parle de voix cassée.

Sans propos ne tant, ne quant.

Cueur endormy.

En transes, etc.

Tout met en galimafrée , Lombart, Anglois, Alemant, François, Picart et Normant, C'est une chose faée.

Cueur, etc.

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