‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 10 sur 19 · ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION · texte numérisé non relu

ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION

par Vaistra Jehan Caillau.

Intendit le nommé Vaillant Qui fait ceste obligacion.

Vous resigne tout son vaillant.

Par simple resignacion ; Ne ne fait supplicacion De gueredon, pour mieulx valoir, Fors tout à vostre oppinion, Soubz le scel de vostre vouloir.

Lequel, d'estoc et de taillant.

Endure mainte passion

POÉSIES DE CHAKLES DORIKAXS. UUi

D'Amours, qui le vont assaillant ; Mais, soubz dissimulacion, Porte sa tribulacion, Faisant semblant de non doloir , A étendant doulce pension, Soubz le scel de vostre vouloir.

Pour ce, ne doit estre faillant

A la renumeracion,

Car, s'il y estoit deffaillant.

Ce seroit sa perdicion ;

Et, par Dieu, si bon champion

Ne devez mectre à nonchaloir ;

Si faictes qu'ait provision,

Soubz le scel de vostre vouloir.

l'envoy.

J'en parle par compacion, Mais grant bien lui devez vouloir.

Puis que met son entencion Soubz le scel de vostre vouloir.

BALADE

En la forest de longue actente.

Chevauchant par divers sentiers , M'en voys, ceste année présente.

Ou voyage de desiriers ; Devant sont allez mes fourriers, Pour appareiller mon logis En la cité de Destinée, Et, pour mon cueur et moy, ont pris L'ostellerie de Pensée.

Je mené des chevaulx quarente.

Et autant pour mes officiers.

Voire, par Dieu, plus de soixante, Sans les bagaiges et sommiers.

Loger nous fauldra par quartiers,

Se les hostelz sont trop petis Touteffoiz pour une vesprée En gré prandray, soit mieulx ou pis, L'ostellerie de Pensée.

Je despens chascun jour ma rente En maints travaulx avanturiers, Dont est Fortune mal contente, Qui soustient contre moy Dangiers ; Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers, Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, Je pense faire telle armée , Qu'auray malgré mes ennemis, L'ostellerie de Pensée.

l'envoy.

Prince, vray Dieu de paradis, Vostre grâce me soit donnée.

Telle que trouve à mon devis, Uostellerie de Pensée.

BALADE

Je cuide que ce sont nouvelles, J'oy nouveau fcruit, et qu'est ce là ?

Helas ! pourroy je savoir d'elles Quelque chose qui me plaira ; Car j'ay désiré, longtemps a, Qu'Espoir m'estraynast de liesse, Je ne scay pas qu'il en fera, Le beau menteur plain de promesse.

S'il ne sont ou bonnes ou belles.

Au fort, mon cueur endurera.

En actendant d'avoir de celles

Que Bon eur lui apportera,

Et de l'endormye beuvra;

De nonchaloir, en sa destresse.

Espoir plus ne l'esveillera,

Le beau menteur plain de promesse.

POéSIBS DB CHARLES o'ORLÉAXS. 107

Pour ce, mon cueur, se tu me celles Recbnfott, quant vers toy vendra, Tu feras mal, car tes querelles Pay gardées, or y perra ; Adviengne qu'avenir pourra !

Je suis gouverné par Vieillesse, Qui de legier n'escoutera Le beau menteur plain de promesse.

Ma bouche plus n'en parlera, Raison sera d'elle maistresse ; Mais au derrain, blasmé sera Le beau menteur plain de promesse.

BALADE

N'a pas longtemps qu'escoutoye parler

Ung amoureux, qui disoit à s'amye :

De mon estât plaise vous ordonner.

Sans me laisser ainsi finer ma vie.

Je meurs pour vous, je le vous certiffie.

Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx,

Assez le croy, dont je vous remercie,

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

Il ne fault ja vostre pousse taster.

Fièvre n'avez que de merencolie, Vostre orine ne aussi regarder, Tost se garist legiere maladie, Medicine devez prendre d'oublié; D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

Je ne vueil pas de ce vous destourber, Que ne m'amiez de vostre courtoisie; Mais que pour moy, doyez moft endurer, De le croire, ce me seroit folie ; Pensez de vous, et faictes chiere lye ;

J'en ay ouy parler assez de tieulx

Qui sont tous sains ; quoyque point ne desnye

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

l'envoï.

Telz beaulx parlers ne sont en compaignie Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; Contente suis, combien que je m'en ryo, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

BALADE

Portant harnois rouillé de nonchaloir, Sus monteure foulée de foiblesse, Mal abillé de desireulx vouloir.

On m'a croizé, aux montres de liesse, Comme cassé des gaiges de jeunesse ; Je ne congnois où je puisse servir, L'arriére ban a fait crier Vieillesse, Las ! fauldra il son soudart devenir ?

Le bien, que puis avecques elle avoir,

N'est que d'un peu d'atrempée sagesse;

En lieu de ce, me fauldra recevoir

Ennuy, soussy, desplaisir et destresse ;

Par Dieu ! Bon temps, mal me tenez promesso,

Vous me deviez contre elle soustenir.

Et je voy bien qu'elle sera maistresse.

Las! fauldra il son soudart devenir?

Foibles jambes porteront bon vouloir, Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse.

Prenant confort d'un bien joyeulx espoir.

Quant , Dieu mercy, maladie ne presse ; Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, C'Bst ung trésor que doy bien chier. tenir, Veu que la fin de meaasser ne cesse.

Las! fauldra il son soudart devenir?

l'en VOY.

Prince, je dy que c'est peu de richesse

De ce monde, ne de tout son plaisir, La mort départ ce qu'on tient à largesse, Las ! fauldra il son soudart devenir ?

BALADE

Dieu vueille sauver ma galée, Ou'ay chargée de marchandise De mainte diverse pensée Enpris de loyaulté assise; Destourbée ne soit, ne prise Des robeurs , escumeurs de mer ; Vent, ne marée ne luy nuyse, A bien a 1er et retourner.

A Confort Tay recommandée.

Qu'il en face tout à sa guise, Et pencarte lui ay baillée, Qui d'estranges pays devise, Affîn que dedens il advise A quel port pourra arriver.

Et le chemin à chois eslise, A bien aler et retourner.

Pour acquicter joye empruntée, Uenvoye, sans espargner mise.

Riche devendray, quelque année.

Se mon entente n'est surprise; Conscience n'auray reprise De gaing à tort au par aler, En eur viengne mon entreprise, ^ A bien aler et retourner.

l'bnvoy.

Prince, se maulx fortune alise, Sagement s'y fault gouverner :

Le droit chemin jamais ne brise, A bien aler et retourner.

110 P0I^.S1RS DB CHARLES d'oRLÉANS.

BALADE

( Jacques baslari de la Trimoille.)

Pour la conqueste de mercy, Où les vaillans hommes et saiges Ont été pris, et mors aussi, En acquérant leurs avantaiges ; Amours accroissant les couraiges Des mieulx venuz, lectre patente A tous a donné leurs usaigês, En la forest de longue actente.

Les piteux s'arment de soussy, Les francs se mectent en servaige, Maigres de corps, le cueur noircy De dueil, et pales les visaiges; A tant pour services et gaiges, Auront trois cens maulx jours de rente Par an, avec les arreraiges, En la forest de longue actente.

Ceulx qui Amours servent ainsy, En lui faisant foys et hommaiges.

Il les fait après eureux sy Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges De Dangiers, par petiz boucaiges, Puis les duit en la droicte sente; Mais premier, paient leurs truaiges, En la forest de longue actente.

l'envoy.

Prince , pour duire cueurs voltiges, Affîn que nul ne s'en exempte, Mectez les tous en hermit^ges , En la forest de longue aoente.

BALADE

Ha ! Dieu Amours, où m'avez vous logié?

Tout droit au trait de désir et plaisance,

POéftlIS M CHARLIS d'OALÉA^VH. 111

OÙ, de.legier, je puis estre blecié Par doulx regart, et plaisant atraiance.

Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtanre. Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz.

Desarmé suis, car pieca mon hamaiz Je le vendy, par le conseil d'oiseuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.

Vous savez bien que me suis esloingné, Des longtemps a , d'amoureuse vaillance, * Où j'estoye moult fort embesoingné, Quant m'aviez en vostre gouvernance ; Or en suis hors, Dieu me doint la puissance De me garder que n'y rentre jamais ; Car, quant congneu j'ay les amoureux fais, Retrait me suis de vie si peneuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.

Et non pourtant, j'ay esté advisé Que Bel acueil a fait grant aliance Encontre moy, et qu'il est embusché Pour me prandre, s'il peut, par decevance :

Ung de ses gens, appelle Acointance, M'assault tousjours ; mais souvent je me taiz, Monstrant semblant que je ne quiers que paiz. Sans me bouter en paine dangereuse, Comme lassé de la guerre amoureuse.

L*ENVOY

Voisent foire jeunes gens leurs essaiz, Car Tieposer, je me vueil desormaiz; Pins cure n'ay de pensée soingneusc? , Comme lassé de la guerre amoureuse.

BALADE

Yeulx rougis, plains de piteux pleurs , Fourcelle d'espoir reffroidie.

Teste enrumée de douleurs, Et troublée de frénésie,

1i2 POÉSIES DE CHARLES U'uKLÉANS.

Corps perçus sans plaisance lye, Cueur du tout pausmé en rigueurs, Voy souvent avoir à plusieurs, Par le vent de merencolie.

Migraine de plaingnans ardeurs, Transe de sommeil mi partie, Fièvre frissonnans de maleurs, Chault ardant fort en rêverie, Soif que confort ne rassasie, Dueil baigné en froides sueurs, Bégayant, et changeant couleurs.

Par le vent de merencolie.

Toute tourmentant en langueurs, Colique de forcenerie, Gravelle de soings assailleurs, Raige de désirant folie, Anuys enflans d'ydropisie, Maulx éthiques aussi ailleurs Assourdissent les escouteurs.

Par le vent de merencolie.

l'bxvoy.

Guérir ne se peut maladie Par phisique, ne cireurgie, Astronomans, n'enchanteurs, Des maulx que souffrent povros cueurs Par le vent de merencolie.

BALADE

Ce que l'ueil despend en plaisir, Le cueur Tacheté chierement, Et, quand vient à compte tenir.

Raison, président saigement.

Demande pourquoi et comment Est despendue la richesse.

Dont Amours deppart largement.. Sans grant espargne de liesse.

poésies DB cHAKi.Bs d'orlé.^ns. 113

Lors respond Amoureux désir :

Amours me fist commandement

De joyeuse vie servir,

Et obeii' entièrement;

Et, s'ay failly aucunement,

On n'en doit blasmer que jeunesse

Qui m'a fait ouvrer sotement.

Sans grant espargne de liesse.

Pas ne mourray sans repentir, Car je m'en repens grandement, Trouvé me suis pis que martir, Souffrant maint doloureux tourment; Désormais en gouvernement Me metz, et es mains de Vieillesse, Bien scay qu'y vivray soubrement, Sans grant espargne de liesse.

LENVOY.

Le temps passe comme le vent.

Il n'est si beau jeu qui ne cesse.

En tout fault avoir finement, Sans grant espargne de liesse.

Je, qui suis Fortune nommée,

Demande la raison pourquoy

On me donne la renommée.

Qu'on ne se peut fier en moy,

Et n'ay ne fermeté ne foy ;

Car, quant aucuns en mes mains prens,

D'en bas je les monte en haultesse,

Et d'en hault en bas les descens,

Monstrant que suis Dame et maistresse.

En ce, je suis à tort blasmée, Tenant l'usaige de ma loy.

Que de longtemps m'a ordonnée Dieu, sur tous le souverain Boy,

114 POÉSIES DB CHAULES D'uHLÉANS.

Pour donner au monde chatstoy ; Et, se de mes biens je despens Souventeffoiz , à grant largesse, Quant bon me semble, les suspens, Monstrant que suis Dame et maistresse.

C'est ma manière acoustumée, Chascun le scet, comme je croy.

Et n'est pas nouvelle trouvée.

Mais, fays ainsi comme je doy ; Me mocquant, je les monstre au doy Tous ceulx qui en sont mal contons ; En gré pregnent joye ou destresse, Qu'ayent Tun des deux me consens, IVfonstrant que suis Dame et maistresse.

L'ENVOr.

Sur ce, s'advise qui a sens.

Soit en jeunesse, ou en vieillesse, Et qui ne m'entent, je m'entens, Monstrant que suis Dame et maistresse.

Fortune, je vous oy complaindre Qu'on vous donne renom, à tort, De savoir, et aider, et faindre.

Donnant plaisir et desconfort ; C'est vray, et encore plus fort , Souvent effoiz, contre raison , Boutez de hault plusieurs en bas.

Et de bas en hault; telz debas Vous usez en vostre maison.

Bien savez de plaisance paindre, Et d'espoir, quand prenez depport , Apres effacer et destaindre Toute joye, sans nul support, Et m^ier à douloureux port , Ne vous chault en quelle saison ;

POLIES DE CHARLES d'oRLÉANS. 115

Jamais vous n'ouvrez par com[)as :

Beaucoup pis, que je ne dy pas, Vous usez en vostre maison.

Pour Dieu, vueillez vous en reflfraindré, Affin qu'on ne face rapport, Qui vouldra vostre fait actaindre.

Que vous soyez digne de mort :

Vostre manière chascun mort , Plus qu'autre, sans comparaison.

Qui regarde par tous estats , Anuy et meschief, è grant tas, Vous usez en vostre maison.

l'knvoy.

Ne jouez plus de vostre sort.

Car trop le passez oultre bort; Se gens ne laissiez en pais, on Appellera les advocas, Qui plaideront que très faulx cas Vous usez en vostre maison.

. Or ca, puisque il faut que responde, Moy, Fortune, je pârleray, Si grant n'est, ne puissant ou monde, A qui bien parler n'ozeray.

J'ay fait, faiz encores, et feray.

Ainsi que bon me semblera, De ceulx qui sont soubz ma puissance; Parle qui parler en vouldra, Je n'en feray qu'à ma plaisance.

Quant les biens, qui sont en là ronde, Sont miens, et je les donneray Par grant largesse, dont j'abonde, Et après je les reprend ray ; Certes, à nul tort ne feray.

Qui est ce qui m'en blasmera ?

116 PoésiBS 1>E CHARLES D'oRLÉANS.

Je l'ay ainsi d'acoustuihanco, En gré le preigne qui pourra, Je n'en feray qif à ma plaisance.

En raison jamais ne me fonde.

Mais mon vouloir accompliray ; Les aucuns convient que confonde.

Et les autres avanceray ; Mon propos souvent changeray, En plusieurs lieux, puis ca, puis là.

Sans règle, ne sans ordonnance ; Où est il qui m'en gardera ?

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

l'knvoy.

On escript : tant qu'il nous plaira, Es lettres des seigneurs de France ; Pareillement de moy sera, Je n'en feray qu'à ma plaisance.

Fortune, vray est vostre compte, Que quant voz biens donné avez.

Vous les reprenez; mais, c'est honte.

Et don d'enfant, bien le savez ; Ainsi faire ne le devez.

Voz fais vous mectez à l'enchiere, Chascun ce qu'il en peut, en a , Et ne vous chault comment tout va, Pour Dieu, changez vostre manière «.

BALADE

Escollier de merancolie,

A l'estude je suis venu, *

Lectres de mondaine clergie «

' Nous trouvons le commencement de cette ballade dans un manuscrit de la Bibliothèque royale {Laval, t^i)] la fin manque.

POÈMES DE titlAKLËS DORL^ANS. 117

Espelant atout ung festu, Et mouit fort m'y trouve esperdu ; Lire, n'escripre, ne scay mye, Des verges de Soussy batu, Es derreniers jours de ma vie.

Pieca, en jeunesse fleurie, Quant de vif entendement fu, J'eusse apris en heure et demye Plus qu'à présent; tant ay vesqu , Que d'engin je me sens vaincu ; On me deust bien, sans flaterie, Chastier despoillié tout nu, Es derreniers jours de ma vie.

Que voulez vous que je vous die?

Je suis pour ung asnyer tenu, Banny de bonne compaignie, Et de nonchaloir retenu Four le servir, il est conclu ; Qui vouldra pour moy estudie, Trop tartje m'y suis entendu, Es derreniers jours de ma vie.

l'envoy.

Se j'ay mon temps mal despendu.

Fait l'ay, par conseil de folie; Je m'en sens, et m'en suis sentu, Ks derreniers jours de ma vie.

L'autre jour tenoit son conseil, En la chambre de ma pensée.

Mon cueur, qui faisoit appareil De deffence contre l'armée De Fortune mal advisée.

Qui guerrier vouloit Espoir :

Se sagemen t n'est reboutée , Par Bon eur et Loyal vouloir.

11 n'est chose soubz le souleil, Qui tant doit estre désirée Que paix ; c'est le don non pareil Dont Grâce fait toujours livrée A sa gent qu'a recommandée ; Fol est, qui ne la veult avoir, Quant elle est offerte et donnée, Par Bon eur et Loyal vouloir.

Pour Dieu, laissons dormir traveil , Ce monde n'a gueres durée , Et paine, tant qu'elle a sommeil, Souffrons que prengne reposée; Qui une foiz l'a esprouvée, La doit fuyr, de son povoir.

Par tout doit estre déboutée.

Par Bon eur et Loyal vouloir.

l'envoy.

Dieu nous doint bonne destinée, Et chascun face son devoir. Ainsi ne sera redoubtée Par Bon eur et Loyal vouloir.

BALADE

En la chambre de ma pensée.

Quant j'ay visité mes trésors, Mainteffoiz la trouve estoffée Richement, de plaisans confors ; A mon cueur je conseille lors.

Qu'y prenons notre demeurée, Et que par nous soit bien gardée, Contre tous envieux rappors.

Car Desplaisance maleurée Essaye souvent ses effors , Pour la conquester par emblée.

Et nous bouter tous deux dehors ; Se Dieu plaist, assez sommes fors

POésiBS DE GHARI.KS D'ORLéANS. 119

Pour bieniost rompre sod armée , Se d'Espoir bannyere est portée Contre tous envieux rappors.

L'inventoire j'ay regardée De noz meubles, en biens et corps ; De legier, ne sera gastée, Et si ne ferons à nulz tors; Mieux aymerions estre mors, Mon cueur et moy, que couroucée Fust raison saige et redoubtée, Contre tous envieux rappors.

l'envot.

Demourons tous en bons accors, Pour parvenir à joyeulx pors ; Ou monde qui a peu durée, Soustenons Paix la bien amée Contre tous envieux rappors.

BALADE

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, Bien eschauffé, sans le feu amoureux; Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine, Folie et sens me gouvernent tous deux, En nonchaloir resveille sommeilleux ; C'est de mon fait une chose meslée, Ne bien, ne mal , d'avanture menre.

Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine, Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx ; Espoir et dueil me mectent hors d'alaine , Eur me flatent, si m'est trop rigoreux ; Dont vient cela, que je ris et me deulx ?

Est ce par sens, ou folie esprouvée?

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

Guerdonné suis de malheureuse estraine, En combatant, je me rens courageux.

120 POÉSIES DE CHARLES d'ORLÉ^NS,"

Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine, Tout descontit, me tiens au rene des preux ; Qui ne sauroit desnoer tous ses neux, Teste d'acier y fauldroit fort armée, Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

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