BAI.ADE
Quelles nouvelles, ma Maistresse, Comment se portent noz amours ?
De ma part je vous fais promesse Qu'en ung propos me tiens tousjours, Sans jamais penser le rebours; C'est que seray toute ma vie . Vostre du tout entièrement, Et pour ce de vostre partie Acquittez vous pareillement.
Combien que Dangier et Destresse Ont fait longuement leurs séjours Avec mon cueur, et par rudesse Lui ont monstre d'estranges tours, Helas ! en amoureuses cours, Cest pitié quMlz ont seigneurie; Si mectray paine que briefment Loyaulté sur eulx ait maistrie , Acquittez vous pareillement.
Quoyque la nue de Tristesse
Par ung longtemps ait fait son cours;
Apres le beau temps de Liesse
Vendra qui donnera secours
A noz deux cueurs, car mon recours
J'ay en espoir, en qui me fie,
Et en vous. Belle, seulement.
Car jamais je ne vous oublie;
Acquittez vous pareillement.
Soyez seure, ma doulce amyc.
Que je vous ayme loyaument.
Or vous requier et vous supplie Acquittez vous pareillement.
POBSIBS DE CHARLKS d'oRLKANS- 27
BALADE
Belle que je tiens pour amje , Pensez, quelque part que je soye, Que jamais je ne vous oublie; Et pour ce prier vous vouidroye, Jusques à tant que vous rcvoye, Qu'il vous souviengne de rollni Qui a trouvé peu de mercy En vous, se dire je Tosoye.
GomlMen que je ne dye mie Que n'aje reeeu bien et joye, En vostre doulce compaignie, Plus que desservir ne sauroye ; Non pourtant voulentiers j'auroye Le guerdon de loyal amy, Qu'oncques ne trouvay jusqu'à ey En vous, se dire je Tosoye.
Je vous ai longement servie, Si m'est advis qu'avoir devroyc Le don que de sa courtoisie Amour à ses servans envoyé ; Or faictes qu'estre content doye, Et m'acc-ordez ce que je dy.
Car trop avez refus noufry En vous, se dire je l'osoye.
BALADE
Ma Dame, vous povez savoir Les biens qu'ay euz à vous servir:
Car par ma foy, pour dire voir, Oncques je n'y peuz acquérir Tant seulement ung doulx plaisir, Que sitost que je le tenoye, Dangier le me venoit tollir Ce peu de plaisir que j'avoye.
28 F0BSIK8 l>B CHARLES l/o«LBANS.
Je n'en savoye nul avoir Qui peust contenter mon désir, Se non quant vous povoye voir, Ma joye, mon seul souvenir; Or m'en a fait Dangier bannir,, Tant qu'il faut que loing de vous soye, Par quoy a fait de moy partir Ce peu de plaisir que j'avoye.
Non pas peu, car <le bon vouloir
Content m'en devoye tenir,
En espérant de recevoir
Ung trop plus grant bien advenir ;
Je n'y cuidoye point faillir
A la paine que g'y mectoye.
Cela me faisoit enrichir
Ce peu de plaisir que j'avoye.
l'envoy.
Belle, je vous vueil requérir, Pensez, quant serez de loisir.
Qu'en grant mal qui trop me guerroyé, Est tourné, sans vous en mentir, Ce peu de plaisir que j'avoye.
Salade.
En ce joyeuli temps du jourduy Que le mois de may ce commance.
Et que l'en doit laissier ennuy, Pour prendre joyeuse plaisance, Je me trouve sans recouvrance, Loingtain de joye conquester ; ^
De tristesse si bien rente Que j'ay, je m'en puis bien vanter, Le rebours de ma voulenté.
Las ! Amours je ne voy nuUuy Qui n'ait aucune souffisance , Fors que moy seul qui suis cellu>
PoésiBS DE CUARLES D'oRLÉANS. 29
Qui est le plus dolent de France.
J'ay failli à mon espérance ; Car quant à vous me voulz donner Pour estre vostre serementé, Jamais ne cuidoye trouver Le rebours de ma voulenté.
Au fort, puisqu'on ce point je suy, Je portOTay ma grant penance, Ayant vers Loyaulté refuy Où j'ay mis toute ma fiance ; Ne Dangier qui ainsi m'avance, Quelque mal que doye porter, Combien que trop m'a tourmenté, Ne pourra ja en moy bouter Le rebours de ma voulenté.
u'bnvoy.
D'aucun reconfort acointer Plusieurs foiz m'en suy demenlé; Mais j'ay tousjours au par aler Le rebours de ma voulenté.
BALADE
Quant je party derrainement
De ma souveraine sans per,
Que Dieu gard et luy doint briefment
Joye de son loyal penser,
Mon cueur lui laissay emporter ;
Oncques puis ne le peuz ravoir,
Si m'esmerveille, main et soir,
Comment j'ai vesqu tant de jours
Depuis sans cueur, mais pour tout voir.
Ce n'est que miracle d'Amours.
Qui est cellui qui longuement Peut vivre sans cueur, ou durer Comme j'ay fait en grief tourment; Certes nul, je m'en puis vanter.
30 POÉSIES DE CHARLES d'uRLÉA.NS.
Mais Amours ont voulu monstrer En ce leur gracieux povoir, Pour donner aux amans vouloir D'eulx fier en leur doulx secours ; Car bien pevent apparcevoir, Ce n'est que miracle d'Amours.
Quant pitié vit que franchement Voulu mon cueur abandonner Envers ma Dame, tellement Traicta que lui fist me laissier Son cueur, me chargeant le garder, Dont j'ay fait mon loyal devoir, Maugré Dangier qui recevoir M'a fait chascun jour de telz tours, Que sans mort en ce point manoir Ce n'est que miracle d'Amours.
BALADE
Douleur, courroux, desplaisir et tristesse, Quelque tourment que j'aye main et soir, Ne pour doubte de mourir de destresse, Ja ne sera en tout vostre povoir De me changier le très loyal vouloir Qu'ay eu tousjours de la Belle servir,.
Par qui je puis, et pense recevoir Le plus grand bien qui me puist avenir.
Quant j'ay { ar vous aucun mal qui me blesse ,
Je l'endure par le conseil d'Espoir
Qui ma promis qu'à ma seule maistresse
Lui fera brief mon angoisse savoir.
En lui mandant qu'en faisant mon devoir,
J'ay tous les maulx que nul pourroit souffrir ;
Lors trouveray, je ne scay s'il dist voir,
Le plus grant bien qui me puist avenir.
Ne m'cspargniez donc en rien de rudesse, Je vous feray bien brief apparcevoir
I>0B81ES UE CHAULES D*OHLéANS. ^{I
Qu'auray secours d'un Confort de liesse ; Longtemps ne puis en rc point remanoir, Pour ce je metz du tout à nonchaloir Les très grans maulx que me faictes sentir ; Bien aurez dueil, se me voyez avoir Le plus grant bien qui me puist avenir.
i/envoy.
Je suis celiui au cueur vestu de noir Qui dy ainsi qui que le vueille ouyr, J'auray briefment, Loyaulté m'en fait hoir, Le plus grant bien qui me puist avenir.
balade'
Jeune, gente, plaisant et débonnaire , Par ung prier, qui vault commandemonl Chargié m'avez d'une balade faire; Si l'ay faicte de cueur Joyeusement ; Or la vueil liez recevoir doulcement, Vous y verrez, s'il vous plaist à la lire, Le mal que j'ay combien que vrayement J'aymasse miculx de bouche le vous dire.
Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire Que tout vostre je suis entièrement , Très désirant de vous servir et plaire, Mais je seuffre maint doloreux tourment, Quant à mon gré je ne vous voy souvent, Et me desplaist quant me fault vous escrire , Car se faire ce povoit autrement, J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
C'est par Dangier mon cruel adversaire Qui m'a tenu en ses mains longuement, En tous mes faiz je le trouve contraire , Et plus se rit, quant plus me voit dolent; Se vouloye raconter plainement En cest oscri[)t mon ennuyeux martire.
32 POÉSIES UB CIIIULES D*OKLRAN«.
Trop long seroit pour ce certainement, J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
BALADE
Loué soit cellui qui trouva Premier la manière d'escrire, En ce grand confort ordonna Pour amans qui sont en martire; Car quant ne pevent aler dire A leurs dames leur grief tourment, Ce leur est moult d'alegement, Quant par escript pevent mander Les maulx qu'ilz portent humblement.
Pour bien et loyaument amer.
Quand ung amoureux escrira Son dueil, qui trop le tient de rire, Au plustost qu'envoyé l'aura A celle qui est son seul mire ; S'il lui plaist à la lectre lire, Elle peut veoir clerement Son doloreux gouvernement.
Et lors pitié lui scet monstrer Qu'il dessert bon guerdonnement , Pour bien et loyaument amer.
Par mon cueur je congnois pieca Ce mesti^, car quant il souspire, Jamais rapaisié ne sera, Tant qu'il ait envoyé de tire Vers la belle que tant désire; Et puis s'il peut aucunement Oir nouvelles seulement De sa doulce beaulté sans per, Il oublie Tennuy qu'il sent, Pour bien et loyaument amer.
l'bnvoy.
Ma Dame, Dieu doint que briefraenl
POéSIBS DE €iUaH.8S^II*«MlUU.\S. 33
Vous puisse de bouche compter Ce que j'ay souffert longuement, Pour bien et loyaument amer.
BALADE
Belle combien que de mon fait Je croy qu'avez peu souvenance, Touteffoiz se savoir vous plaît Mon estât, et mon ordonnance; Saichiez que loingtain de Plaisance, Je suis de tous maulx bien garny, Autant que nui qui soit en France , Dieu scet en quel mauvais party.
Helas ! or n'ay je riens forfait Dont porter je doye penance, Car tousjours je me suis retrait Vers Loyaulté et Espérance , Pour acquérir leur bienvueillance; Mais au besoing ilz m'ont failly Et m'ont laissié sans recouvrance, Dieu scet en quel mauvais party.
Dangier m'a joué de ce trait, Mais se je puis avoir puissance, Je feray maugré qu'il en ait, Encontre lui une aliance.
Et si lui rendray la grevance, Le mal, le dueil et le soussy, Où il m'a mis jusqu'à oultrance , Dieu scet en quel mauvais party.
Aydiez moy à l'oultrecuidance Vengier, com en vous ay fiance, Ma Maistresse,je voussupply De ce faulx Dangier qui m'avance Dieu scet en quel mauvais party.
'M PUKSIBS DE CIUHLES d'oRLÉANS.
BALADE
Loyal espoir, trop je vous voy dormir , Resveilliez vous et joyeuse pensée, Et envoyez ung plaisant souvenir Devers mon cueur, de la plus belle née Dont aujourciuy coure la renommée; Vous ferez bien d'ung peu le res^oir, , Tristesse s'est avecques lui logiée, Ne lui vueilliez à son besoing faillir,
Car Dangier l'a desrobé de plaisir, Et que pis est, a de lui eslongnée Celle qui plus le povoit enrichir; C'est sa dame très loyaument amée.
Oncques cueur n'eut si dure destinée Pour Dieu, Espoir, venez le secourir, Il a en vous sa fiance fermée, Ne lui vueilliez à son besoing faillir.
Par povreté lui faull son pain quérir A l'uis d'Amours par chascune journée , Or lui vudlliez Taumosne départir De liesse , que tant a désirée : Avancez vous, sans faire demourée Pensez de lui, vous savez son désir, Par vous lui soit quelque grâce donnée , Ne lui vueilliez à son besoing faillir.
l'envoy.
Seule sans per, de toutes gens louée.
Et de tous biens entièrement douée.
Mon cueur c€ls maulx seuffre pour vous servir, Sa loyaulté vous soit recommandée Ne lui vueilliez à son besoing faillir.
BALADE
Mon cueur au derrain entrera Ou Paradis des amoureux.
PORSIRS DR CHARLES D^ORLéANil. 35
Autrement tort fait lui sera,
l^r il a de maulx doloreux
Plus d'un cent, non pas ungou deux,
Pour servir sa belle maislresse;
Et le tient Dangier le crueulx
Ou Purgatoire de Tristesse.
Ainsi l'a tenu, longtemps a.
Ce faulx traître, vilain, iiideux ; Espoir dit que hors le meetra.
Et que n'en- soye ja doubteux ; Mais trop y met dont je me deulx , Dieu doint qu'il tiengne sa promesse Vers lui, tant est angoisseux Ou Purgatoire de Tristesse.
Amour grant aumosne fera En ce fait cy, d'estre piteux, Et bon exemple monstrera A toutes celles et à ceulx Qui le servent , quant désireux Le verront par sa grant humblesse, D'aidier ce povre souffreteux Ou Purgatoire de Tristesse.
i/envoy.
Amour! faictes moy si eureux Que mectez mon cueur en liesse; laissiez Dangier et Dueil tous seulx Ou Purofatoire de Tristesse.
BALADE
Mon cueur a envoyé quérir Tous ses bienvueillans et arnis^ Il veult son grant conseil te»ir Avec eulx, pour avoir advis Comment pourra ses ennemis, Soussy, Dueil, et leur aliance Surmonter, et tost descx)nf!re,
36 PoésiES i>E rHARUS d'oui.éans.
Qui désirent de le destruire En la prison de Despiaisance.
En désert ont mis son plaisir, Et joye tenue en pastis ; Mais Confort lui a sans faillir De nouvel loyaument promis QuUlz seront deffaiz et bannis; De ce se fais fort Espérance, Et plus avant que n'ose dire, C'est ce qui estaint son martire En la prison de Desplaisance.
Briefment voye le temps venir, J'en prie à Dieu de Paradis, Que chascun puist vers son désir Aler sans avoir saufconduis ; Adonc Amour et ses nourris Auront de Dangier moins doubtance, Et lors sentiray mon cueur rire Qui à présent souvent souspire En la prison de Desplaisance.
l'envoy.
Pour ceque veoir ne vous puis, Mon cueur se complaint jours et nuis , Belle nompareille de France ; Et m'a chargié de vous escrire Qu'il n'a pas tout ce qu'il désire En la prison de Desplaisance.
BALADE
Déployez vostre bannière, Loyaulté, je vous en. prie.
Et assailliez la frontière Où Dueil et Merencolie, A tort et par felonnie, Tiennent Joye prisonnière,
POÉSIES MC CHABLCS D*OftuU!IS. 37
De moy la font estrangi^ie ; Je pry Dieu qu'il les maudie.
Quant je deusse bonne chieit»
Dem^[ier en compaignie.
Je n'en fais que la manière, Car, quoique ma bouche rie, Ou parle parolle lye, Dangier et Destresse fiere Boutent mon plaisir arrière; Je pry Dieu qu'il les maudie.
Helas! tant avoye chiere, Ja pieca, joyeuse vie ; Se Raison fust droicturiere, J'en eusse quelque partie; Or est de mon cueur bannie Par Fortune losengiere EtDurté sa conseilliere ; Je pry Dieu qui les maudie.
l'envoy.
Se j'avoye la maistrie . Sur ceste faulse mesgnie, ^
Je les meisse tous en bière ; Si est telle ma prière, Je pry Dieu qui les maudie.
BALADE
Ardant désir de veoir ma maistresse
A assailly de nouvel le logis
De mon las cueur, qui languist en tristesse,
Et puis dedens partout a le feu mis;
En grant doubte certainement je suis
Qu'il ne soit pas legierement estaint;
Sans grant grâce, si vous pry, Dieu d'amours,
Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez fait maint.
Je l'oy crier piteusement secours.
3H POiSIKS BB CHARLES n'ORL^ANS.
J'ay essayé par iennes à largesse De Testaindre; mais il n'^ vault que pis ; C'est feu Grégeois, ce croy je, qui ne cesse D'ardre , s'il n'est estaint par bon avis.
Au feu, au feu, courez tous mes amis ; S'aucun de vous, comme lasche, remaint Sans y aler, je le hé pour tousjours ; Avancez vous, nul de vous ne soit faint, Je l'oy crier piteusement secours.
S'il est ainsi mort par vostre peresse.
Je vous requier, au moins tant que je puis,
Chascun de vous donnez lui une messe,
Et j'ay espoir que brief ou Paradis
Des amoureux sera moult hault assis,
Comme martir et très honnoré Saint,
Qui a tenu de Loyaulté le cours;
Grant tourmenta, puisque si fort se plaint,
Je l'oy crier piteusement secours.
BALADE
En la nef de bonne nouvelle Espoir a chargié Reconfort, Pour l'amener de par la belle Vers mon cueur qui l'ayme si fort.
A joye puist venir au port De Désir, et pour tost passer Là mer, de fortune trouver Ung plaisant vent venant de France, Où est à présent ma maistresse Qui est ma doulce souvenance.
Et le trésor de ma liesse.
Certes moult suy tenu à elle, Car j'ay soeu par loyal raport, Que contre Dangter le rebelle Qui maintefifoiz me nuist à tort, Elle veult faire son effort
I^KSttS Ht CItillILM ft*OftUANS.
De tont son poifoir de m'aidier.
Et, pour ce, lui plaist m'envoyer Geste nef plaine de Plaisance Pour esto£fer la forteresse, Où mcm cueur garde TEsperance, Et le trésor de ma liesse.
Pour ce, ma voulenté est telle. Et sera jusques à la mort.
De tousjours tenir la querelle De Lojaulté, où mon ressort J'ay mis; mon cueur en est d'accorl ; Si vueil en ce point demeurer.
Et souYent Amour merder, Qui me flst avoir Tacointance D'une si loyalle Princesse, En qui puis mectre ma fiance Et le trésor de ma liesse.
l'invoy.
Dieu vueille celle nef garder Des robeurs, escumeurs de mer, Qui ont à Dangier aliance ; Car, s'ilz povoient, par rudesse M'osteroient ma desirance, Et le trésor de ma liesse.
BALADE
Je ne crains Dangier, ne les siens, Car j'ay garny la forteresse Où mon cueur a retrait ses biens, De Reconfort et de Liesse; Et ay fait Loyaulté maistresse.
Qui la place bien gardera ; Dangier deffy, et sa rudesse, Car le Dieu d'amours m'aidera .
Raison est et sera des miens»
Car ainsi m'en a fait promesse,
40 t'OÉSlRS IVE CHAIU.RS D'OKLEANSU
Et Espoir mon chier amy tiens, Qui a mainteffoiz, par proesse, Bouté hors d'avec moy Destresse ; Dont Dangier, dueil et despit a ; Mais ne me chault de sa tristesse, Car le Dieu d'amours m'aidera.
Pour ce, requérir je vous viens.
Mon cueur, que prenez hardiesse; Courez lui sus, sans craindre riens, A dangier qui souvent vous blesse ; Sitost que vous prandrez l'adresse De l'assaillir, il se rendra ; Je vous secourray sans peresse^ Car le Dieu d'amours m'aidera;
L*ENVOY
Se vous m'aidiez, gente Princeisse, Je croy que brief le temps vendra Que j'auray des biens à largesse.
Car le Dieu d'amours m'aidera.
BALADE
Belle , bien avez souvenance , Comme certainement je croy, De la très plaisant aliance Qu'Amour fist entre vous, et moy ; Son secrétaire Bonne foy Escrist la lectre du traictié.
Et puis la scella Loyaulté Qui la chose tesmoingnera.
Quant temps et besoing en sera.
Joyeux désir fut en présence.
Qui alors ne se tint pas coy ; Mais mist le fait en ordonnance.
De par Amour le puissant Roy ; Et selon l'amoureuse loy.
De noz deux vouloirs, pour seurté.
POéSIBS DE CHARLES UORLÉANS. 4f
Fist une seule voulenté :
Bien m'en souvient, et sou vendra.
Quant temps et besoing en sera.
Mon cueur n'a en nuliy fiance De garder la lectre, qu'en soy ; Et certes ce m'est grant plaisance, Quant si très loyal je le voy, Et lui conseille, comme doy, De tousjours hair Faulceté; Car quiconque l'a en chierté, Amour chastier l'en fera, Quaqt temps et besoing en sera.
l'envoy.
Pensez en ce que j'ay compté.
Ma Dame, car en vérité Mon cueur de soy vous requerra.
Quant temps et besoing en sera.
BALADE
Venez vers moy. Bonne nouvelle, Pour mon las cueur reconforter, Contez moy comment fait la belle, L'avez vous point oy parler De moy, et amy me nommer?
A elle point mis en oubly Ce qu'il lui pleut de m'accx)rder, Quant me donna le don d'amy.
Combien que Dangier le rebelle Me fait loing d'elle demeurer; Je congnois tant de biens en elle, Que je ne pourroye penser Que tousjours ne vueille garder ^
Ge que me promist sans nul sy, Faisant nos deux mains assembler, Quant me donna le don d'amy
42 P0B8IBS OB CB;^ltU» l>'ORLéAMS.
Pitié seroit, se Dame telle Qui doit tout honneur désirer, Çailloit de tenir la querelle De bien et loyaument amer ; Son sens lui scet bien remonstrer Toutes les choses que je dy, Et ce qu'Amour nous fist jurer Quant me donna le don d'amy.
l'envot.
Loyaulté, vueilliez asseurer Ma Dame que sien suy, ainsi Qu'elle me voulu commander, Quant me donna le don d'amy.
BALADE
Belle, s'il vous plaist escouter (Comment j'ay gardé en ehièrté Vostre cueur qu'il vous pleut laissier Avec moy, par vostre bonté ; Saichez qu'il est enveloppé En ung cueuvrechief de Plaisance, Et enclos, pour plus grant seurté, Ou coffre de ma souvenance.
Et pour nectement le garder, Je l'ay souventeffoiz lavé En lermes de piteux penser ; Et regrectant vostre beaulté.
Apres ce, sans delay porté.
Pour seicher, au feu d'Espérance, Et puis doulcement rebouté Ou cx)ffre de ma souvenance.
Pour ce, vueillez vous acquicter De mon cueur que vous ay donné ; Humblement vous en vueil prier, En le gardant en loyaulté,
POESIES DB CHAHLBS D'ORtK.%?IS. 43
Soubz clef de bonne voulenté, Comme j'ay fait, de ma puissance.
Le vostre que tiens enfermé Ou coffire de ma souvenance.
l'kuvoy.
Ma Dame, je vous ay compté De vostre cueur la gouvernance, Comment il est et a esté Ou coflfre de ma souvenance.
BAL\DE
Se je vous dy bonne nouvelle, l'amant.
Mon cueur, que voulez vous donner?
Elle pourroit bien estre telle le cueur.
Que moult chier la vueil acheter.
Nul gueredon n'en quier demander, l'amant.
Dictes tost doncques, je vous prie, le oueur.
J'ay grand désir de la savoir.
C'est de vostre Dame et amye l'amant.
Qui loyaument fait son devoir.
Que me savez vous dire d'elle? le cueur.
Dont me puisse reconforter.
Je vous dy, sans que plusie celle, l'amant.
Qu'elle vient par deçà la mer.
Dictes vous vray? Sans vous mocquer.LE cueur.
Ouil, je vous le certifûe, l'amant.
Et dit que c'est pour vous veoir.
Amour humblement j'en mercie, le cueur.
Qui loyaument fait son devoir.
Que pourroit {^us fiiire la belle l'amant.
Que de tant pour vous se pener ?
Loyaulté soustient ma querelle, le cueur.
Qui lui fait faire sans doubler.
Pensez doncques de bien l'amer. l'amant.
Si feray je toute ma vie, le cueur
Sans changier, de tout mon povoir.
4'4 POéSlBS ns'CHARLBS D'ORLÉANS.
Bien doit estre dame chérie, l'amant.
Qui loyaument fait son devoir.
BALADE
Mon cueur, ouvrez Fuis de Pensée , Et recevez un doulx présent Que la très loyaument amée Vous envoyé nouvellement ; Et vous tenez joyeusement ; Car, bien devez avoir liesse , Quant la trouvez sans changement TousjôuTs très loyalle maistresse.
Bien devez prisier la journée Que fustes sien premièrement ; Car sa grâce vous a donnée, Sans faintise, très loyaument ; Vous le povez veoir clerement, Car elle vous tient sa promesse, Soy monstrant vers vous fermement Tousjours très loyalle maistresse.
Par vous soit doncques honnourée, Et servie soingneusement ; Tant comme vous aurez durée , Sans point faire département ; Car vous aurez certainement, Par elle des biens à larçesse, Puisqu'elle est si entièrement Tousjours très loyalle maistresse.
Grans mercis des foiz plus de cent.
Ma Dame, ma seule Princesse, Car je vous trouve vrayement Tousjours très loyalle maistresse.
poibiBs OB cuari.es d'orl^ans. 45
BALADE
J'ay ou trésor de ma pensée Ung mirouer qu'ay acheté ; Amour, en l'année passée, Le me vendy de sa bonté ; Ou quel voy tousjours la beaulté De celle que Fen doit nommer, Par droit , la plus belle de Franœ ; Grant bien me fait à m'y mirer, En actendant bonne espérance.
Je n'ay chose qui tant m'agrée, Ne dont tiengne si grant chierté.
Car, en ma dure destinée, Mainteffoiz m'a reconforté ; Ne mon cueur n'a jamais santé, Fors , quant il y peut regarder Des yeulx de joyeuse plaisance , Il s'y esbat pour temps passer.
En actendant bonne espérance.
Advis m'est , chascune journée Que m'y mire , qu'en vérité Toute douleur si m'est ostée ; Pour ce, de bonne voulenté, Par le conseil de Leaulté, Mectre le vueil et enfermer Ou coflfre de ma souvenance, Pour plus seurement le garder, En actendant bonne espérance.
BALADE
Je ne vous puis, ne scay amer, Ma Dame, tant que je vouldroye ; Car escript m'avez pour m'oster Ennuy qui trop fort me guerroyé
40 POICSIKS m CUAIILK8 U'uMIJÏAN».
Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux En espérant que brief vous voye.
Je sens ces motz monxuèur percer Si doulcement, que ne sauroye Le confort, au vray, vous mander, Que vostre messaige m'envoye ; Car vous dictes que querez voye De venir vers moy, se m'aid Dieux , Demander ne vouldroye mieulx, En espérant que brief vous voye.
Et quant il vous plaist souhaidier D'estre empres moy, où que je soye; Par Dieu, nompareille sans per.
C'est trop fait, se dire l'osoye; Se suy je qui plus le devroye Souhaidier de cueur très soingneux.
C'est ce dont tant suis désireux, En espérant que brief vous voye.
BALADE
L'autrier alay mon cueur veoir, Pour savoir comment se portoit ; Si trouvay avec lui Espoir Qui doulcement le confortoit, Et ces paroUes lui disoit :
Cueur, tenez vous joyeusement, Je vous fais loyalle promesse.
Que je vous garde seurement Trésor d'amoureuse richesse.
Car je vous fais pour vray savoir, Que la plus très belle qui soit Vous ayme de loyal vouloir, Et voulentiers pour vous feroil
POÉSIBS DE CHARLES D*0EUtAN8. 47
Tout ce qu'elle faire pourroit ; Et vous mande que vrayement, Maugré Dangier et sa rudesse, Départir vous veuit largemeot Trésor d'amoureuse richesse.
Alors mon cueur, pour dire voir, De joye souvent souspiroit, Et, combien qu'il portast le noir, Touteffoiz pour lors oublioit Toute la douleur qu'il avoit; Pensant de recouvrer briefment Plaisance, Confort et. Liesse, Et d'avoir en gouvernement Trésor d'amoureuse richesse.
l'bnvoy.
A bon espoir mon cueur s'actent, Et à vous, ma belle maistresse, Que lui espargniez loyaument Trésor d'amoureuse richesse.
BALADE
Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroje Vous desservir les biens que me donnez, Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye, Par fortune, comme bien le savez.
Toutes les foiz qu'amener me voulez Ung souvenir de m» belle maistresse; Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse S'en vont fuiant ; ilz n'osent demeurer.
Ne se trouver en voslre compaignie ; Mais se meurent de courrons et d'envie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
L'aise que j'ay, dire je ne sauroye,
Quant Souvenir et vous me racontez
Les très doulx fais, plaisans et plains de joye
De ma Dame, qui sont congneuz assez
48 PORSIRS hs CHARLBS d'oRLRANS.
En plusieurs lieux, et si bien renommés ,
Que d'en parler chascun en a liesse.
Pour ce, tous deux pour me tollir Destresse,
D'elle vueilliez nouvelles m'aporter,
Le plus souvent que pourrez, je vous prie ;
Vous me sauvez, et maintenez la vie,
Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
Car lors Amour par vous deux si m'envoye
Ung doulx espoir que vous me présentez,
Qui me donne conseil que joyeux soye ;
Et puis apires tous trois me promectez
Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrez ;
Ainsi m'actens tout à vostre promesse.
Car par vous puis avoir, à grant largesse,
Des biens d'Amours, plus que ne scay nombrer,
Maugré Dangîer, Dueil et Merencolie^
Que je ne crains en riens; mais les delïie,
Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
l'bnvov.
Jeune, gente, nompareille Princesse, Puisque ne puis veoir vostre jeunesse, De m'escrire ne vous vueilliez lasser; Car vous faictes, je le vous certifûe, Grant aumosne dont je vous remercie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
BALADE
Se je povoye mes souhais Et mes souspirs faire voler, Si tost que mon cueur les a fais, Passer leur feroye la mer.
Et vers celle , tout droit aler.
Que j'ayme du cueur si très fort, Comme ma liesse mondaine Que je tendray jusqu'à la mort, Pour ma maistresse souveraine.
POislU DE CBAKLBS D^ORtéANS. 4t>
Helas ! la verray je jamais ?
Qu'en dictes vous, très doulx penser ?
Espoir m'a promis, ouil , mais Trop longtemps me fait endurer; Et, quant je lui viens demander Secours à mon besoing, il dort.
Ainsi suis chascune sepmaine En maint ennuy, sans reconfort, Pour ma maistresse souveraine.
Je ne puis demeurer en paix, Fortune ne m'y veult laisser; Au fort, à présent je me tais.
Et vueil laisser le temps passer ; Pensant d'avoir au par aler. Par Loyaulté où mon ressort J'ay mis , de Plaisance l'estraine.
En guerdon des maulx qu'ay .à tort Pour ma maistresse souveraine.
BALADE
Fortune , vueilliez moy laissier En paix une fois, je vous prie ; Trop longuement, à vray compter, Avez eu sur moy seigneurie.
Tousjours faictes la rencherie Vers moy, et ne voulez ouir Les maulx que m'avez fait souffrir, Il a ja plusieurs ans passez ; Doy je tousjours ainsi languir ?
Helas ! et n'est ce pas assez?
Plus ne puis en ce point durer ; A Mercy, mercy je crie; Souspirs m'empeschent le parler ; Veoir le povez, sans mocquerie.
Il ne fault ja que je le dyc ; Pour ce , vous vueil je requérir,
2(0 POésiES DE CIIAHLBS d'oRLÊANS.
Qu'il vous plaise de me loUir Les maulx que m'avez amassez, Qui m'ont mis jusques au mourir ; Helas ! et n'est ce pas assez ?
Tous maulx suis content de porter, Fors ung seul , qui trop fort m'ennuye, C'est qu'il me fauU loing demeurer De celle que tiens pour amye; Car pieca en sa compaignîe Laissay mon cueur et mon désir; Vers moy ne veulent revenir, D'elle ne sont jamais lassez ; Ainsi suy seul, sans nul plaisir, Helas! et n'est ce pas assez?
l'envot.
De balader j'ay beau loisir, Autres deduiz me sont cassez, Prisonnier suis, d'Amours martir ; Helas ! et n'çsl ce pas assez ?
BALADE
Espoir m'a apporté nouvelle Qui trop me doit reconforter.
Il dit que Fortune la felle A voulu de soy raviser, Et toutes faultes amender.
Qu'a faictes contre mon plaisir, En faisant sa roe tourner.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
Quoy que m'ait fait guerre mortelle.
Je suis content de l'esprouver, Et le desbat qu'ay et querelle, Vers elle je veuil délaisser, Et tout courroux lui pardonner ; Car d'elle me puis bien. servir.
Se loyaument veull s'acquicter.
Dieu (Joint qu'ainsi puist avenir !
Se la povoye trouver telle Qu'elle me voulsist tant aidier ; Qu'en mes bras, je peusse la belle Une foiz à mon gré trouver ; * Plus ne vouldroye demander, Car lors j'auroye mon désir, Et tout quanque doy souhaidier.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
l'b^ivoy.
Amour, s'il vous plaist commander A Fortune de me chérir.
Je pense joye recouvrer ; Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
BAIjVDE.
Je ne me scay en quel point maintenir.
Ce premier jour de May plein de liesse; Car d'une part puis dire sans faillir Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse, Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse ; Et si pense que, la sienne mercy.
Elle me tient son servant et amy ; Ne doy je bien doncques joye mener, Et me tenir en joyeuse plaisance?
Certes ouil ! et Amour mercier Très humblement de toute ma puissance.
Mais d'autre part, il me convient souffrir Tant de doleur et de dure destresse Par Fortune, qui me vient assaillir De tous costez, qui de maulx est princesse; Passer m'a fait le plus de ma jeunesse.
Dieu scet comment, en doloreux party ; Et si me fait demeurer en soussy, Loin<?s de relie par qui puis recouvrer
93 POéSIBS DE CHAULES D'oKI.ÉANS.
Le vray trésor de ma droicte espérance,
Et que je vueil obéir, et amer
Très humblement de toute ma puissance.
Et pour ce May, je vous viens requérir, Pardonnez moy de vostre gentillesse, Se je ne puis à présent vous servir Comme je doy, car je vous, fais promesse ; J'ay bon vouloir envers vous , mais Tristesse M'a si longtemps en son dangier nourry, Que j'ay du tout joye mis en oubly ; Si me vault mieulx seul de gens eslongner.
Qui dolent est ne sert que d'encombrance ; Pour ce, reclus me tendray en penser . Très humblement de toute ma puissance.
l'envoy.
Doulx souvenir, chièrement je vous pry, Escrivez tost ceste balade cy ; De par mon cueur la /eray présenter A ma Dame, ma seule desirance, A qui pieca je le voulu donner Très humblement, de toute ma puissance.
BALADE
Mon cueur est devenu hermite ^ En Termitaige de Pensée; i.
Car Fortune la très despite t^ Qui Ta hay mainte journée, X S'est nouvellement aliée, - Contre lui , avecques Tristesse/ Et Font banny hors de liesse / Place n'a où puis demeurer,!
Fors ou bois de Merencolie,; Il est content de s'y logier ; « Si lui dis je que c'est folie.
Mainte parolle lui ay dicte, '> Mais il ne l'a point esçoutée ; f
POCSIBS UK CHARLES D*ORLRA.'f8. 53
Mon parler rieos ne lui proufite, '^ Sa Toulenté y est fermée ; ^ De legier ne seroit changée,*^ Il se gouverne par Destresse l Qui, contre son prouffît, ne cesse ^ Nuit et jour de le conseillier; d De si près lui tient compaignie t Qu'il ne peut ennuy delaissier,i Si lui dis je que c'est folie. •
Pour ce saichiez, je m'en acquicte, Belle très loyaument amée, Se lectre ne lui est escripte Par vous, ou nouvelle mandée, Dont sa doleur soit allégée, Il a fait son veu et promesse De renoncer à la richesse De plaisir, et de doul$ penser ; Et après ce, toute sa vie, L'abit de Desconfort porter.
Si lui dis je que c'est folie.
l'envot.
Se par vous n'est Belle sans per.
Pour quelque chose que lui dye.
Mon cueur ne se veult conforter.
Si lui dis je que c'est folie.
BALADE
Dangier, je vous gecte mon gant, Vous appellant de traison, Devant le Dieu d'amours puissant Qui me fera de vous raison ; Car vous m'avez, mainte saison , Fait douleur à tort endurer, Et me faictes loings demeurer De la nompareille de France.
Mais vous l'avez tousjours d'usance
51 POÊSIBS DK CHARLBS D OKLKANf^.
De grever loyaulx amoureux , Et pour ce que je suis Fun d'eulx, Pour eulx et moy prens la querelle :
Par Dieu, vilain, vous y mourrez Par mes mains, point ne le vous celle, S' à Loyaulté ne vous rendez.
Comment avez vous d'orgueil tant?
Que vous osez sans achoison Tourmenter aucun vray amant Qui, de cueuret d'entencion, Sert Amours sans condicion; Certes moult estes à blasmer.
Pensez donques de Famender, En laissant vostre malvueillance, Et par très tiumble repentance, Alez crier mercy à ceulx Que vous avez faiz doloreux, Et qui vous ont trouvé rebelle ; Autrement pour seur vous tenez Que gaige je vous appelle, S' à Loyaulté ne vous rendez.
Vous estes tous temps mal pensant,
Et plain de faulse soupecon ;
Ce vous vient de mauvais talant
Nourry en couraige felon ;
Quel mal ou ennuy vous fait on ?
Se par amours on veult amer,
Pour plus aise le temps passer
En lyee joyeuse plaisance ;
C'est gracieuse desirance.
Pour ce , faulx, vilain, orgueilleux,
Changiez voz vouloirs oultragieux.
Ou je vous feray guerre telle
Que, sans faillir, vous trouverez
Qu'elle vauldra pis que mortelle,
S' à Loyaulté ne vous rendez.
BAL-\DE
Se Dieu plaist briefbient la nuè«* De ma tristesse passera, Belle très lovaument amée.
Et le beau temps se moDstrera : Mais savez vous quant ce sera?
Quant le doulx soukil gracieux De vostre beaulté entrera PfUT les fenestres de mes yeulx.
Lors la chambre de ma pensée De grant plaisance reluira.
Et sera de joye parée , Adonc mon cœur s'esveillera Qui en dueil dormy longtemps a.
Plus ne dormira, se m'aid Dieux, Quant ceste clarté le ferra Par les fenestres de mes yeulx.
Helas! quant vendra la journée.
Qu'ainsi avenir me pourra Ma maistresse très désirée.
Pensez vous que brief avendra ; Car mon cueur tousjours languira En ennuy sans point avoir mieulx, Jusqu'à tant que ce Qr verra Par les fenestres de mes yeulx.
L'ElfVOY.
De Reconfort mon cueur aura Autant que nul dessoubz les cieulx, Belle, quant vous regardera.
Par les fenestres de mes yeulx.
BALADE
Au court jeu de tables jouer.
Amour me fait moult longuement, Car tousjQurs me charge garder
86 PORSIBS DR CHAnLBS HORLÉlNS.
Le point d'actente seulement ; En me disant que vrayement Se ce point lye scay tenir, Qu'au derrain je doy, sans mentir, Gaaingnier le jeu entièrement,
Je suy pris, et ne puis entrer Ou point que désire souvent; Dieu me doint une fois gecter Chance qui soit aucunement A mon propos, car autrement Mon cueur sera piâ que martir, Se ne puis, ainsi qu'ay désir, Gaaingnier le jeu entièrement.
Fortune fait souvent tourner Les dez contre moy mallement; Mais Espoir, mon bon conseillier.
M'a dit et promis seurement.
Que Loyaulté prochainement Fera Boneur vers moy v«iir Qui me fera, à mon plaisir, Gaaingnier le jeu entièrement.
l'envoy.
Je vous supply très humblement, Amour, aprenez moy comment J'asserray les dez sans faillir; Par quoi puisse, sans plus languir, Gaaingnier le jeu entièrement.
BALADE
Vous, soyez la très bien venue Vers mon cueur. Joyeuse nouvelle.
Avez vous point ma Dame veue?
Contez moi quelque chose d'elle; Dictes moy, n'est elle pas telle Qiï'estoit? quant derrenierement.
Pour m'oster de merencolie.
POÉSIES DK CHAHLES D'ORL^NS 07
M'escrivy amoureusement :
Cestes vous de qui suis amye.
Son vouloir jamais ne se mue, Ce croy je, mais tient la querelle De Loyaulté, qu'a retenue Sa plus prochaine damoiselle ; Bien le monstre, sans que le celle, Qu'elle se maintient loyaument.
Quant lui plaist, dont je la mercie , Me mander si très doulcement :
Cestes vous de qui suis amye.
Pour le plus eureux soubz la nue Me tiens, quant m'amye s'appelle ; Car en tous lieux , où est congneue, Chascun la nomme la plus belle ^ Dieu doint que, maugré le rebelle Dangier, je la voye briefment.
Et que de sa bouche me die :
Amy, pensez que seulement Cestes vous de qui suis amye.
L*ENVOT.
J'ay en mon cueur joyeusement Escript,^ afin que ne l'oublie.
Ce refrain qu'ayme chierement :
Cestes vous de qui suis amye.
BALADE
Trop longtemps vous voy sommeillier.
Mon cueur» en dueil et desplaisir; Vueilliez vous ce jour esveillier, Alons au bois le May cueillir, Pour la coustume maintenir.
Nous orrons des oyseaulx le glay, Dont ilz font les bois retentir, Ce premier jour du mois de May,
Le Dieu d'amours est coustumier ,
5K f»Ui»ll8 DE CUARLB8 D'oRI.ËANA.
A ce jour, de feste tenir,
Pour amoureux cueurs festier
Qui désirent de le servir ;
Pour ce, fait les arbres couvrir
De fleurs, et les champs de vert gay ;
Pour la feste plus embellir ,
Ce premier jour du mois de May.
Bien scay, mon cueur, que faulx Dangier Vous fait mainte paine souffrir ; Car il vous fait trop eslongner Celle qui est vostre désir; Pourtant vous fault esbat quérir; Mieux conseillier, je ne vous scay, Pour vostre doleur amendrir, Ce premier jour du mois de May.
Ma Dame, mon seul souvenir, En cent jours n'auroye loisir De vous raconter, tout au vray, Le mal qui tient mon.cueur martir, Ce premier jour du mois de May.
BALADE
J'ay mis' en escript mes souhais Ou plus parfont de mon penser ; Et combien, quant je les ay fais, Que peu me pevent profiter; Je ne les vouldroye donner Pour nul or, qu'on me sceust ofïVir, En espérant, qu'au par aler.
De mille Tun puist avenir.
Par la foy de mon corps ! jamais Mon cueur ne se peut d'eulx lasser ; Car si richement sont pourtrais, Que souvent les vient regarder , Et s'y esbat pour temps passer,
POCSIBS IMC CUAHLBS l>*0ftLÉAN9. 5U
En disant par ardent désir:
Dieu doint que, pour me conforter,
De mille l'un puist avenir !
C'est m^veille, quant je me tais, Que j'oy mon cueur ainsi parler ; Et tient avec Amour ses plais, Que tousjours veult acompaignier ; Car il dit que des biens d'amer Cent mille lui veult départir; Plus ne quier, mais que sans tarder.
De mille Fun puist avilir.
l'enyot.
Vueilliez à mon cueur accorder, Sans par paroUes le mener, Amour, que par vostre plaisir, Des biens que lui voulez donner, De mille Fun puist avenir.
BALADE
Par le commandement d'Amours Et de la plus belle de France, J'enforcis mon chastel tousjours Appelle Joyeuse plaisance, Assis sur roche d'Espérance, Avitaillé l'ay de Confort ; Contre Dangier et sa puissance.
Je le tendray jusqu'à la mort.
En ce chastel y a trois tours , Dont l'une se nomme Fiance D'avoir briefment loyal secours, Et la seconde Souvenance, La tierce Ferme desirance.
Ainsi le chastel est si fort Que nul n'y peut faire grevanoe ; Je le tendray jusqu'à la mort.
60 POltsIES bE, CHAHLES d'oRLÉANS
Combien que Dangier, par faulx tours ,
De le m'oster souvent s'avance ;
Mais il trouvera le rebours.
Se Dieu plaist, de sa malvueillance ;
Bon droit est de mon aliance,
Loyaulté et lui sont d'accort
De m'aidier, pour ce, sans doubtance ;
Je le tendray jusqu'à la mort.
l'envoy.
Faisons bon guet sans decevance Et assaillons par ordonnance, Mon cueur, Dangier qui. nous fait tort ; Se prandre le puis par vaillance , Je le tendray jusqu'à la mort.^
BALADE
La première foiz, ma Maistresse,
Qu'en vostre présence vendray,
Si ravi seray de liesse,
Qu'à vous parler je ne pourray ;
Toute contenance perdray,
Car, quant vostre beaulté luira
Sur moy, si fort esbloira
Mes yeulx que je ne verray goûte ;
Mon cueur aussi se pasmera,
C'est une chose que fort doubte.
Pour ce, nompareille Princesse, Quant ainsi devant vous seray, Vueilliez, par vostre grant humblesse.
Me pardonner, se je ne scay Parler à vous, comme devray ; Mais tost après, s'asseurera Mon cueur, et puis vous contera Son fait, mais que nul ne l'escoule; Dangier grant guet sur lui fera, C'est une chose que fort doubte.
POKSIES DB CHAHLBS d'oRLÉANS. 61
Et se mectra souvent en presse D'ouir tout ce que je diray ; Mais je pense que par sagesse Si très bien me gouverneray, Et telle manière tendray.
Que faulx Dangier trompé sera^ Ne nulle riens n'appercevra ; Si mectra il sa paine toute D'espier tout ce qu'il pourra ; Cest une chose que fort dcwibte.
BALADE
Me mocquez vous, Joyeulx Espoir, Par paroUes trop me menez, Pensezvous de me décevoir; Chascun jour vous me promectez Que briefment veoir me ferez Ma Dame, la gente Princesse, Qui a mon cueur entièrement; Pour Dieu, tenez vostre promesse.
Car trop ennuie qui actenti
Il a longtemps, pour dire voir, Que tout mon estât congnoissez ; N'ay je fait mon loyal devoir D'endurer, comme bien savez, Ouil, ce croy je plus qu'assez; Temps est que me donnez liess?.
Desservie l'ay loyaument.
Pardonnez moy, se je vous presse , Car trop ennuie qui actent.
Ne me mectez à nonchaloir, Honte sera se me failliez , Veu que me fie main et soir En tout ce que faire vouldrez, Se mieulx faire ne me povez.
Au moins monstrez moy ma maistresse
A2 P0RA1R8 M CffAnLIUi D'oRLBANS.
Une foiz, pour aucunement Allegier le mal qui me blesse, Car trop ennuie qui actent.
L'KnroT.
Espoir, tousjouis vous m'asseurez Que bien mon fait ordonnerez.
Bel me parlez, je le confesse; Mais, tant y mectez longuement, Que je languis en grant destresse.
Car trop ennuie qui actent.
Le premier jour du mois de May
S'acquicte vers moy grandement ;
Gar^ ainsi qu'à présent , je n'ay
En mon cueur que deuil et tourment ;
Il est aussi pareillement
Troublé , plain de vent et de pluie;
Estre souloit tout autrement,
Ou temps qu'ay congneu en ma vie.
Je croy qu'il se met en essay
De m'acompaignier loyaulment;
Content m'en tiens, pour dire vray,
Car meschans, en leur pensement,
Reçoivent grand allégement,
Quant en leurs maulx ont compaignie ;
Essayé l'ay certainement.
Ou temps qu'ay congneu en ma vie.
Las ! j'ay veu May joyeux et gay, Et si plaisant à toute gent, Que raconter au long ne scay Le plaisir et esbatement Qu'avait en son commandement ; Car Amour, en son abbaye, Le tenoit chief de son couvent, Ou temps qu^ay congneu en ma vie.
l'extot.
Le temps va je ne scay comment.
Dieu ramende prouchainement !
Car Plaisance est endormie, Qui souloit vivre lyemcnt, Ou temps qu'ay congneu en ma vie.
BALADE
Pour Hieu, gardez bien souvenir Enclos dedens vostre pensée, Ne le laissiez dehors yssir, Belle très loyaument amée ; Faictes que chascune journée Vous ramentoive bien souvent La manière quoy «t comment, Ja pieca, me feistes promesse, Quant vous retins premièrement Ma Dame, ma seule maistresse.
Vous savez que, par franc désir Et loyal amour conseillée.
Me déistes que, sans départir, De m'amer estiez fermée ; Tant comme j'auroye durée.
Je metz en vostre jugement Se ma bouche dit vray ou ment ; Si tiens que parler de princesse Vient du cueur, sans decevement, Ma dame, ma seule maistresse.
Non pourtant, me fault vous ouvrir La doubte qu'en moy est entrée :
C'est que j'ay paour, sans vous mentir, Que ne m'ayez, très belle née, Mis en oubly ; car mainte année Suis loingtain de vous longuement.
Et n'oy de vous aucunwnent Nouvelle pour avoir liesse ;
^ POESIES l>B CHAH LES l/ORLCAiVS.
Pourquoy vis douloreusement.
Ma Dame, ma seule maistresse.
Nul remède ne scay quérir, Dont ma doleur soit allégée ; Fors que souvent vous requérir.
Que la foy que m'avea^ donnée Soit par vous loyaument gardée ; Car vous congnoissiez elerement Que, par vostre commandement, Ay despendu de ma jeunesse, Pour vous actendre seulement.
Ma Dame , ma seule maistresse.
Plus ne vous convient esclarsir La chose que vous ay comptée; Vous la congnoissiez, sans faillir; Pour ce, soyez bien advisée Que je ne vous trouve muée ; Car, s'en vous trouve changement, Je requerray tout haultement.
Devant Tamoureuse Déesse, Que j'aye de vous vengement.
Ma dame, ma seule maistresse.
l'envoy.
Se je puis veoir seurement Que m'amez tousjours loyaument.
Content suis de passer destresse En vous servant joyeusement, Ma Dame, ma seule maistresse.
Helas ! helas ! qui a laissié entrer Devers mon cueur doloreuse nouvelle ?
Conté lui a plainement, sans celer.
Que sa Dame, la très plaisant et belle, Qu'il a longtemps très loyaument servie.
Est à présent en griefve maladie ;
Dont il est cheu en desespoir si fort.
Qu'il souhaide piteusement la mort.
Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.
Je suis aie pour le reconforter.
En lui priant qu'U n'ait nul soussy d elle , Car, se Dieu plaist, il orra brief conter Que ce n'est pas maladie mortelle.
Et que sera prochainement guerrie ; Mais ne lui chault de chose que lui die ; Aincois en pleurs, a tousjours son ressort Par Tristesse qui asprement le mort.
Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.
Quant je lui dy qu'il ne se doit doubler, Car Fortune n'est pas si très cruelle, Qu'elle Toulsist hors de ce monde ester Celle qui est des princesses l'estoille.
Qui partout luist des biens dont est garnie ; Il me respond ; qu'il est fol qui se fie En Fortune qui a fait à maint tort.
Ainsi ne voult recevoir reconfort, Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.
Dieu tout puissant, par vostre courtoisie Guérissez la, ou mon cueur vous suppli(î Que vous sou£fîrez que la mort son effort Face sur lui, car il en est d'accort, Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.
BALADE
Sitost que l'autre jour j'ouy Que ma souveraine sans per Estoit guérie, Dieu mercy, Je m'en alay sans point tarder Vers mon cueur pour le lui conter ; Mais certes tant le desiroit, Qu'à paine croire le povoit,
M rote es DB CHiftLEs d'oméaivs.
Pour la grant amour qu'a en die.
Et souvent a par soy disoit :
Saint Gabrieif bonne nouvelle.
Je lui dis : mon coeur, je vous pr} , Ne vueilUez cixure ne penser Que moy, qui vous suy vray amy, Vous vueille mensonges trouver, Pour en vain vous reconforter ; Car, trop mieulx taire me vaudroit, Que le dire se vray n^^sUHt ; Mais la vérité ai est telle , Soyez joyeulx comment qu'il soit.
Saint Gabriel, bonne nouvelle.
Alors mon cueur me respondy :
Croire vous vuetl sans plus doubler, ' Et tout le courroux et soussy Quil m^a convenu endurer, En joye le vueil reioum^ ; Puis après, ses yeulx essuyoit Que de pleurer moilliez avoit.
Disant : il est temps que rappelle Espoir qui delaissié m'avoit.
Saint Gabriel, bonne nouvelle.
l'kiyoy.
n me dist aussi qu'il feroit, Dedens Tamoureuse chapelle.
Chanter la messe qu'il nommoil :
Saint Gabriel, bonne nouvelle.
BALADE
Las! Mort qui t'a fait si hardie , De prendre la noUe Princesse Qui estoit mon confort, ma vie.
Mon bien, mon plaisir, ma richesse :
Puisque tu as prins ma maistresse ,
Prens moy aussi son semmr.
Car fnjme nùeuli prouduiinenent Mourir, que UBguir en tourmeiit Eopaine, soussy et doleur.
^ tas ! de tous biens estoit garnie.
Et en droicte fleur de jeunesse :
Je pnr à Dieu qu'il te maudie, Faulse mort, plaine de rudesse :
Se prise Tcusses en viallesse , Ce ne fust pas si grant rigueur :
Mais prise l'as hastirement.
Et m'as laissié piteusement En paine, soussy et doleur.
Las ! je suis seul, sans compaignie.
Adieu ma Dame, ma liesse ; Or est nostre amour départie.
Non pourtant, je vous fois promesse Que de prières , à largesse, Morte vous serviray de cueur , Sans oublier aucunement, Et vous regrecteray souvent En paine, soussy et doleur
l'BN¥OY.
Dieu, sur tout souverain Seigneur, Ordonnez, par grâce et doulceur, De rame d'elle, tellement Qu'elle ne soit pas longuement En paine, soussy et doleur.
BALADE
J'ai aux esches joué devant Amours,
Pour passer temps, avecques faulx Dangier,
Et seurement me suy gardé tousjours,
Sans nens perdre jusques au derrenier,
Que Fortune lui est venu aidier,
Et par meschief, que maudite soit elle!
 ma Dame prise soudainement ;
Par quoy suy mat, je le voy clerement ,
Se je ne fais une Dame nouvelle.
En ma Dame j'avoye mon secours,
Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier
Me delivroit, quant venoit à son cours,
Et en gardes faisoit mon jeu lier ;
Je n'avoye Pion, ne Chevalier,
Auffin ne Rocq qui poussent ma querelle
Si bien aidier ; il y pert vrayemènt,
Car j'ay perdu mon jeu entièrement,
Se je ne fais une Dame nouvelle.
Je ne me scay jamais garder des tours
De Fortune, qui mainteffoiz changier
A fait mon jeu, et tourner à rebours ;
Mon dommaige scet bientost espier,
Elle m'assault sans point me defQer ;
Par mon serement, oncques ne congneu telle ;
Enjeu party suy si estrangement,
Que je me rens, et n'y voy sauvement,
Se je ne fais une Dame nouvelle.
Je me souloye pourpenser Au commencement de Tannée, Quel don je pourroye donner A ma Dame la bien amée ; Or suis hors de ceste pensée.
Car Mort Fa mise soubz la lame, Et Ta hors de ce monde ostée.
Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.
Non pourtant, pour tousjours garder La coustume que j'ay usée , Et pour à toutes gens monstrer Que pas n'ay ma Dame oubliée ,
poésies DB CHARLES d'okléans. HV
De messes je l'ay estrenée; Car ce me seroit trop de blasme De Toublier ceste journée, Je pry à Dieu qu'il en ait Famé.
Tellement lui puist prouffîter Ma prière, que confortée Soit son ame, sans point tarder, Et de ses biensfaiz guerdonnée En Paradis, et couronnée Comme la plus loyalle Dame Qu'en son vivant j'aye trouvée ; Je pry à Dieu qu'il en ait Tame
l'envoy.
Quant je pense à la renommée Des grans biens dont estoit parée, Mon povre cueur de dueil se pasme; De lui souvent est regrectée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.
BALADE
Quant Souvenir me ramentoit La grant beaulté dont estoit plaine, Celle que mon cueur appeloit Sa seule Dame souveraine, De tous biens la vraye fontaine, Qui est morte nouvellement, Je dy, en pleurant tendrement, Ce monde n'est que chose vaine
Ou vieil temps grant renom couroit De Creseide, Yseud, Elaine Et mainte autres, qu'on nommoit Parfaictes en beaulté haultaine.
Mais, au derrain, en son demaioe La Mort les prist piteusement ; Parquoy puis veoir clerement, Ce monde n'est que chose vaine.
70 POÉSIES I>B OHAKUES »'oi|LÉAN8.
La Mort a voulu et voulduoit , Bien le eognoîs, mectsre sa paine De destruire, s'die povait, Liesse ^ Plaisanee mondaine, Quant tant de belles dames maine Hors du monde ; car vrayement Sans elles, à mon jugement, * Ce monde n'est que chose vaine.
Amours, pour vérité certaine, Mort vous guerrie fellement; Se n'y trouvez amendement, Ce monde n'est que chose vaine.
BALADE
Le premier jour du mois de May, Trouvé me aiis en compaignie Qui estmt, pour dire le vray, De gracieuseté garnie; Et, pour oster merencolie.
Fut ordonné qu'on choisiroit, Comme fortune donneroit , La fueille plaine de verdure , Ou la fleur pour toute l'année ; Si prins la feuille pour livrée.
Comme lors lut mon aventure.
Tantost après je m'avisay,
Qu'à bon droit , je l'avoye choisie ;
Car, puisque par mort perdu ay
I^ fleur, de tous biens enridiie,
Qui estoit ma Dame, m^amie,
Et qui de sa grâce m'amoit,
Et pour son amy me tenoit.
Mon cueur d'autre fleur n^a plus cure ;
Adonc congneu que ma pensée
Accordoit à ma destinée,
Comme lors fut mon aventure.
POésiaB DE CHARLB8 D'ORliAffS. 7f
Pour ce, la Vieille porlwîao
Cest an, sans que point je l'oublie ;
Et à mon povoir me tendray
Entièrement de sa partie ;
Je n'ay de nulle fleur envie ,
Porte la qui porter la doit,
Car la fleur, que mon cueur amoit
Plus que nulle autre créature,
Est hors de ce monde passée.
Qui son amour m'avoit donnée,
Comme lors fut mon aventure.
l'envot.
Il n'est fueille, ne fleur qui dure Que pour ung temps, car esprouvée J'ay la chose que j'ay comptée, Comme lors fût mon aventure.
BALADE
Le lendemain du premier jour deMs^, Dedens mon lit, ainsi que je dormoye.
Au point du jour m'avint que je songay Que devant moy une fleur je veoye.
Qui me disoit : Amy, je me souloye En toy fier, car pieca mon party Tu tenoies, mais mis Tas en oubly.
En soustenant la fueille contre moy ; J'ay merveille que tu veulx faire ainsi.
Riens n'ay meflfedt,ce pense je, vers toy.
Tout esbahy alors je me trouvay.
Si respondy au mieulx que je savoye :
Très belle fleur, oncques je ne pensay Faire chose qui desplaire te doye ; Se, pour esbat, aventure m'envoye Que je serve la fueille cest an cy, Doy je pourtant estre de toy banny ?
Nennil certes, je fais comme je doy,
72 roésiRs hk ciiahi.rs d'orlbans.
El, se je tiens le parly qu'ay clioisy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
Car non pourtant honneur te porteray De bon vouloir, quelque part que je soye , Tout pour Tamour d'une fleur que j'amay Ou temps passé; Dieu doint que je la voyo En Paradis, après ma mort, en joye; Et pour ce, fleur, chierement je te pry.
Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy.
Puisque je fais ainsi que tenu suy, Riens n'ay meflàit, ce pense je, vers toy.
l'envoy.
La vérité est telle que je dy.
J'en fais juge Amour le puissant Roy; Très doulce fleur, point ne te cry mercy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
En la forest d'ennuieuse tristesse, ^ Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoyr ^l Si rencontray l'amoureuse Déesse <^ Qui m'appella , demandant où j'aloye. l- Je respondy que par Fortune estoye /- Mis en exil en ce bois, longtemps a, a Et, qu'à bon droit, appeller mh povoye/ L'omme esgaré qui ne scet où il va. *
Et soubzriant, par sa très grant humbiesse , Me respondy : Amy, se je savoye Pourquoy tu es mis en ceste destresse, A mon povoir, voulentiers t'aideroye; Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye De tout plaisir, ne scay qui l'en osta ; Or me desplaist qu'à présent je te voye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
Helas ! dis je, souveraine Princi»sse,
POESIES liR CHARLES I) ORLEANS.
Mon fait savez, pourquoy le vous diroye?
Cest par la Mort qui fait à tous rudesse , Qui m'a tollu celle que tant amoye, En qui estoit tout Tespoir que j'avoye, Qui me guidoit, si bien m'acompaigna En son vivant, que point ne me trouvoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.
l'envoy.
Aveugle suy, ne scay où aler doye ;^ De mon baston affin que ne forvoye,^ Je vois tastant mon chemin ca et là ; /, Cest grant pitié qu'il convient que je soye L'omme esgaré qui ne scet où il va. <
BALADE
J'ay esté de la compaignie ^ .
Des amoureux moult longuement.
Et m'a Amour, dont le mercie, ^ Donné de ses biens largement ;iL Mais au derrain, ne scay comment, «^ Mon fait est venu au contraire ; v Et, à parler ouvertement, !^ Tout est rompu, c'est à reffaire <
Certes, je ne cuidoye mie ^ Qu'en amer eust tel changement ; ^- Car, chascun dit que c'est la vie .^ Où il a plus d'esbatement; ^ Helas ! j'ay trouvé autrement ; ^ Car, quant en l'amoureux repaire <:
Cuidoye vivre seurement, /:
Tout est rompu, c'est à reffaire.t
Au fort, en Amour je m'affie Qui m'aidera aucunement, Pour l'amour de sa seigneurie Q^e j'ay servie loyaument ; N'onrques ne fis, par mon serement,
Chose qui lui doye desplaire, Et non pourtant estrangement , Tout est rompu, c'est à reffaire.
l'envoy.
Amour, ordonnez tellement Que j'aye cause de me taire.
Sans plus dire de cueur dolent :
Tout est rompu, c'est à reffaire.
BALADE
Plaisant Beaulté mon cueur nasvra Ja pieca, si très durement Qu'en la fièvre d'amours entra, Qui l'a tenu moult asprement ; Mais, de nouvel présentement, Ung bon medicin qu'on appelle Nonchaloir, que tiens pour amy.
M'a guery, la sienne mercy, Se la playe ne renouvelle.
Quant mon cueur tout sain se trouva, Il l'en mercia grandement; Et humblement lui demanda :
S'en santé seroit longuement ?
Il respondy très saigement :
Mais que gardes bien ta fourcelle Du vent d'Amours qui te fery, Tu es en bon point jusqu'à cy, Se la playe ne renouvelle.
L'embusche de Plaisir entra Parmy tes yeulx soutifvement ; Jeunesse le mal pourchassa, Qui t'a voit en gouvernement ; Et puis bouta priveement Dedens ton logis l'estincelle D'Ardant désir qui tout ardy ;
POLIES DE CiLlRLES d'ORLÉâNS. 75
Lors fus nasvré, or t'ay guery, Se la playe ne renouvelle.
BALADE
Le beau souleil, le jour saint Valentin, Qui apportoit sa chandelle alumée, N'a pas longtemps, entra ung bien matin Priveement en ma chambre fermée.
Celle clarté, qu'il avoit apportée, Si m'esveilla du somme de Soussy, Où j'avoye toute la nuit dormy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
Ce jour aussi, pour partir leur butin Des biens d'Amours, faisoient assemblée Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, Crioyent fort, demandans la livrée Que Nature leur avoit ordonnée; C'estoit d'un per comme chascun choisy ; Si ne me peu rendormir, pour leur cry, Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
Lors en moillant de larmes mon coessin.
Je regrectay ma dure destinée, Disant : Oyseaulx je vous voy en chemin De tout plaisir et joye désirée ; Chascun de vous a per qui lui agrée.
Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, A prins mon per, dont en dueil je languy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
l'envoy.
Saint Valentin choisissent ceste année Ceulx et celles de l'amoureux party ; Seul me tendray, de confort desgamy.
Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. •
76 POlisiRS DE CHARLES d'oRI.ÉANS.
BALADE
Mon cueur dormant en nonchaloir,
Reveilliez vous joyeusement,
Je vous fais nouvelles savoir,
Qui vous doit plaire grandement ;
Il est vray que présentement
Une Dame très honnorée
En toute bonne renommée,
Désire de vous acheter,
Dont je suy joyeulx et d'accort ;
Pour vous, son cueur me veult donner,
Sans départir, jusqu'à la mort.
Ce change doy je recevoir En grant gré, très joyeusement ; Or, vous charge d'entier povoir Si chiér et tant estroictement, Que je puis plus .que loyaument Soit par vous chérie et amée; Et, en tous lieux, nuit et journée L'acompaignier, sans la laissier.
Tant que j'en aye bon rapport ; Il vous convient sien demeurer.
Sans départir, jusqu'à la mort.
Alez vous logier ou manoir De son très gracieux corps gent, Pour y demeurer main et soir, Et l'onnourer entièrement; Car, par son bon commandement, Lieutenant vous veult ordonner De son cueur, en joyeulx déport; Pensez de bien vous gouverner, Sans départir, jusqu'à la mort.
POESIES DE CHARLES n'ORLÉANS. 77
BALADE
Belle, se ne m'osez donner De voz doulx baisiers amoureux, Pour paour deDangier courroucer.
Qui tousjours est fel et crueux ; J'en embleray bien ung ou deux ; Mais que n'y prenez desplaisir, Et que le vueilliez consentir, Maugré Dangier et ses conseulx.
De ce faulx vilain aveugler, Dieu scet se j'en suis désireux; Nul ne le peut aprivoiser, Tout temps est si souspeconneux , Qu'en penser languist doloreux, Quant il voit Plaisance venir ; Mais elle se scet bien chevir, Maugré Dangier et ses conseulx.
Quand estroit la cuide garder, Hardy cueur, secret et eureux , S' avecques lui scet amener Avis bon et aventureux , Desguisé soubz maintien honteux ; Bien pevent Dangier endormir ; Lors Plaisance fait son désir, Maugré Dangier et ses conseulx.
l'envoy.
Bien dessert guerdon plantureux Advis, qui scet si bien servir Au besoing, et trouver loisir, Maugré Dangier et ses conseulx.
BALADE
J'ay fait l'obseque de ma Dame Dedens le moustier amoureux.
78 POÉSIES DE CHARLES d'ORLIÊANS.
Et le service pour son ame A chanté Penser doloreux ; Mains sierges de souspirs piteux Ont esté en son luminaire ; Aussy j'ay fait la tombe faire De regretz, tous de lermes pains, Et tout entour, moult richement , Est escript : Cy gist vrayement Le trésor de tous biens mondains.
Dessus elle, gist une lame Faictes d'or et de saffirs bleux ; Car safûr est nommé la jame De Loyaulté, et l'or eureux ; Bien lui appartiennent ces deux ; Car Eur et Loyaulté pourtraire Voulu, en la très débonnaire, Dieu, qui la fist de ses deux mains, Et fourma merveilleusement ; C'estoit, à parler plainement, Le trésor de tous biens mondains.
N'en parlons plus, mon cueur se pasme Quant il oyt les faiz vertueux D'elle, qui estoit sans nul blasme ; Comme jurent celles et ceulx Qui congnoissoient ses conseulx ; Si croy que Dieu la voulu traire Vers lui, pour parer son repaire De Paradis, où sont les sains, Car c'est d'elle bel parement, Que l'en nommoit communément Le trésor de tous biens mondains.
De riens ne servent pleurs, ne plains ; Tous mourrons, ou tart ou brieftnent ; Nul ne peut garder longuement Le trésor de tous biens mondains.
BALADE
Puisque Mort a prins ma maistresse, Que sur toutes amer souloye, Mourir me convient en tristesse, Certes plus vivre ne pourroye ; Pour ce, par deffaulte de joye Très malade, mon testament J'ai mis en escript doloreux, Lequel je présente humblement Devant tous loyaulx amoureux.
Premièrement, à la haultesse Du Dieu d'amours donne et envoyé Mon esperit, et en humblesse Lui supplie qu'il le convoyé En son Paradis, et pourvoye ; Car je jure que loyaument L'a servi de vueil désireux; Advouer le puis vrayement Devant tous loyaulx amoureux.
Oultre plus, vueil que la richesse Des biens d'Amours qu'avoir souloye, Départie, soit à largesse, A vraiz amans, et ne vouldroye Que faulx amans, par nulle voye, En eussent part aucunement; Oncques n'euz amistié àeulx; Je le prans sur mon sauvement Devant tous loyaulx amoureux,
l'envoy.
Sans espargnier or, ne monnoye, Loyaulté veult qu'en terre soye En sa chapelle grandement ; Dont je me tiens pour bien eureux, Et l'en mercie chierement Devant tous loyaulx amoureux.
I>0éslES DR CHARI.ËS u'OKLKANi'..
BALADE
J'oy estrangement Plusieurs gens parler, Qui trop mallement Se plaingnent d'amer; Car, legierement, Sans paine porter, Vouldroient, briefmenl, A fin amener Tout leur pensement.
C'est fait follement D'ainsi désirer; Car, cfui loyaument Veulent acquester Bon guerdonnement , Maint mal endurer Leur fault, et souvent A rebours trouver Tout leur pensement.
S' Amour humblement Veulent honnourer, Et soingneusement Servir, sans faulser ; Des biens largement Leur fera donner ; Mais, premièrement, ^ Il veult esprouver Tout leur pensement.