‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 8 sur 19 · COPIE DE LA QOICTANCB DESSOS DICTE · texte numérisé non relu

COPIE DE LA QOICTANCB DESSOS DICTE

Saichent presens et avenir, Que nous, Amours, par franc désir Conseillez, sans nulle contraincte.

Apres qu'avons oy la plainte De Charles le duc d'Orléans Qui a esté, par plusieurs ans, Nostre vray loyal serviteur Rebaillé lui avons son cueur

92 P0R81ES DE CHARI.K8 u'ORLEANS.

Qu'il nous bailla, pieca, en gaige, Et le serment, foy et hommaige, Qu'il nous devoit quictié avons.

Et par ces présentes quictons ; Oultre plus, faisons assavoir, Et eertiffions, pour tout voir, Pour estoupper aux mesdisans La bouche, qui trop sont nuisans, Qu'il ne part de nostre service Par deffaulte, forfait ou vice.

Mais seulement la cause est telle :

Vray est que la Mort trop cruelle A tort lui est venu oster Celle que tant souloit amer, Qui estoit sa Dame et maistresse, S'amie, son bien, sa leesse ; Et pour sa loyaulté garder.

Il veult désormais ressembler A la loyalle turterelle Qui seule se tient, à par elle, Apres qu'elle a perdu son per ; Si lui avons voulu donner Congié du tout de soy retraire Hors de nostre court, sans forfaire.

Fait par bon conseil et advis De nos subgietz et vraiz amis.

En nostre présent Parlement Que nous tenons nouvellement ; En tesmoing de ce, avons mis Nostre scel, plaqué et assis.

En ceste présente quictance, Escripte par nostre ordonnance, Presens mains notables recors, Le jour de la feste des morts.

L'an mil quatre cent trente et BiH^U Ou chastel de Plaisant recept.

POLIES DR CHARLRS o'ORI.RANS. 93

Quant j'euz mon cueur ft ma quictance, Ma voulenté fut assouvie, Et non pourtant, pour racoinctance Qu'avoye de la seigneurie D'Amour, et de sa compaignie , Quant vins à congié demander, Trop mal me fist la départie, Et ne cessoye de plourer.

Amour vit bien ma contenance, Sfme dist : Amy, je vous prie.

S'il est riens dessoubz ma puissance Que vueilliez, ne Tespargniez mie.

Tant plain fu de merencolie, Que je ne peuz à lui parler Une parolle ne demie , Et ne cessoye de plourer.

Ainsi party en desplaisane« D'Amour, faisant chiere marrie.

Et comme tout ravi en trance, Prins congié, sans que plus mot dye.

A Confort dist qu'il me conduye, Car je ne m'en savoye aler, Pavois la veue esbluye.

Et ne cessoye de plourer.

Confort, me prenant par la main.

Hors de la porte me convoyé; Car Amour, le Roy souverain, Lui chargea moy monstrer la voyc Pour aler où je desiroye ; C'estoit vers l'ancien manoir Où en enfîance demouroye, Que l'en appelle Nonchaloir.

94 poésies DB CHAR1.ES d'ORLÉANS.

A confort dis : Jusqu'à demain Ne me laissiez, car je pourroye Me forvoier, pour tout certain, Par desplaisir, vers la saussoye Où est Vieillesse rabat joye; Se nous travaillons fort ce soir, Tost serons au lieu que vouldroye, Que l'en appelle Nonchaloir.

Tant cheminasmes qu'au derrain Veismes la place que queroye; Quant de la porte fu prouchain, Le portier, qu'assez congnoissoye, Sitost comme je l'appelloye, Nous receut, disant que pour voir Ou dit lieu bien venu estoye.

Que l'en appelle Nonchaloir.

RALADE.

Le gouverneur de la maison Qui Passetemps se fait nommer, Me dist : Amy, ceste saison Vous plaist il céans séjourner ?

Je respondy qu'à brief parler.

Se lui plaisoit ma compaignie, Content estoye de passer Avecques lui, toute ma vie.

Et lui racontay l'achoison Qui me fist Amour délaisser ; Il me dist qu'avoye raison.

Quant eut veu ma quictance au cler„ Que je lui baillay à garder.

Aussi de ce me remercie Que je vouloye demourer Avecques lui, toute ma vie.

Le lendemain lectres foison

A Confort baillay à porter, D'umble recommandacion, Et le renvoyay sans tarder Vers Amour, pour lui raconter Que Passetemps, à chiere lye, M'avoit receu pour reposer Avecques lui, toute ma vie.

A TRES NORLE, HAULT ET POISSANT SEIGNEUR AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR.

Très excellent, très hault et noble Prince, Très puissant Roy en chascune province, Si humblement que se peut serviteur Recommander à son maistre et seigneur.

Me recommande à vous, tant que je puis.

Et vous plaise savoir que toujours suis Très désirant oir souvent nouvelles De vostre estât, que Dieu doint estre telles, Et si bonnes, comme je le désire.

Plus que no scay raconter ou escrire; Dont vous suppli que me faictes sentir Par tous venans, s'il vous vient à plaisir, Car d'en oir en bien, et en honneur, Ce me sera parfaicte joye au cueur ; Et s'il plaisoit à vostre seigneurie Vouloir oir, par sa grant courtoisie.

De mon estât; je suis en très bon point, Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point , Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir, M'a retenu pour avec lui manoir Et séjourner, tant comme me plaira, • Jusques à tant que Vieillesse vendra ; Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise Finer mes jours ; ce penser fort me poise Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance.

Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance. Présentement je ne la crains en rions.

96 POKSIRS DE CHARLES d'oRLÉANS.

N'en son dangier aucunement me tiens.

En oultre plus, saichez que vous renvoyé Confort, qui m'a conduit la droicte voye Vers Nonchaloir, dont je vous remercie De sa bonne, joyeuse compaignie.

En ce fait, à vostre commandement.

De bon vouloir et très soingneusement, Auquel vueilliez donner foy et fiance, En ce que lui ay chargié en créance, De vous dire plus plainement de bouche ; Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche.

Bien à loisir, le vueilliez escouter, Et vous plaise me vouloir pardonner Se je n'escris devers vostre Excellence, Comme je doy, en telle révérence Qu'il appartient, car c'est par non savoir Qui destourbe d'acomplir mon vouloir.

En oultre plus, vous requérant mercy.

Je cognois bien que grandement failly, Quant me party derrainement de vous, Car j'estoye si rempli de courrons Que je ne peu ung mot à vous parler, Ne mon congié, au partir, demander ; Avecques ce, humblement vous mercie Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie.

Autre chose n'escris, quant à présent, Fors que je pry à Dieu, le tout puissant, Qu'il vous octroit honneur et longue vie, Et que puissiez tousjours la compaignie De faulx Dangier surmonter, et deffaire, Qui en tous temps vous a esté contraire.

Escript ce jour troisiesme vers le soir.

En Novembre ou lieu de Nonchaloir.

Le Bien vostre Charles duc d'Orléans Qui jadis fut l'un de voz vrays servans.

BALADE

Balades, chancons et complaintes Sont pour moy mises en oubly, Car ennuy et pensées maintes M'ont tenu longtemps endormy ; Non pourtant, pour passer soussy, Essayer vueil se je sauroye Rimer, ainsi que je souloye, Au moins j'en feray mon povoir, Combien que je congnois et scay Que mon langaige trouveray # Tout enroillié de nonchaloir.

Plaisans parolles sont estaintes En moy qui deviens rassoty ; Au fort, je vendray aux actaintes, Quant beau parler m'aura failly ; Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy Langaigier, quant pieca j'estoye Jeune, nouvel et plain de joye, Que vueillent excusé m'avoir; Oncques mais je ne me trouvay Si rude, car je suis, pour vray, tout enroillié de nonchaloir.

Amoureux ont parolles paintes, Et langaige frais et joly ; Plaisance dont ilz sont acointes Parle pour eulx ; en ce party J'ay esté, or n'est plus ainsy ; Alors , de beau parler trouvoye A bon marchié, tant que vouloye ; Si ay despendu mon savoir, Et s' ung peu espargné en ay, Il est, quant vendra à l'essay.

Tout enroillié de nonchaloir.

9S POÉSIES bB CHARLES d'ORLÉANS.

L*EIfYOY.

Mon Jubile faire devroye, Mais on diroit que me rendroye Sans cop ferir, car Bon espoir M'a dist que renouvelleray ; Pour ce, mon cueur fourbir feray Tout enroillié de nonchaloir.

BALADE

Uemplastre de nonchaloir, Que sus mon cueur pieca mis , M'a guéri, pour dire voir.

Si nectement que je suis En bon point, ne je ne puis Plus avoir, jour de ma vie, L'amoureuse maladie.

Si font mes yeulx leur povoir D'espier par le pays, S'ilz pourroyent plus veoir Plaisant beaulté, qui jadis Fut l'un de mes ennemis.

Et mist, en ma compaignie.

L'amoureuse maladie.

Mes yeux tense main et soir, Mais ilz sont si très hastis.

Et trop plains de leur vouloir ; Au fort, je les metz au pis, Facent selon leur advis ; Plus ne crains, dont Dieu mercie.

L'amoureuse maladie.

l'envoy.

Quant je voy en doleur pris Les amoureux, je m'en ris ; Car je tiens, pour grant folie, L'amoureuse maladie.

POésiBS DE CHARLES D'ORLEANS. 99

BALADE

Mon cueur m'a fait commandement De venir vers vostre jeunesse , Belle que j'ayme loyaument, Comme doy faire ma Princesse ; Se vous demandez pourquoi esse?

C'est pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse, Ma Dame, le sauray je ja ?

Dictez le, par vostre serment Je vous fais loyalle promesse, Nul ne le saura, seulement Fors que lui, pour avoir leesse ; Or lui monstrez qu'estes maistresse, Et lui mandez qu'il guérira, Ou s'il doit mourir de destresse.

Ma Dame, le saurai je ja ?

Penser ne pourroit nullement Que la doleur, qui tant le blesse.

Ne vous desplaise aucunement ; Or faictes donc tant qu'elle cesse.

Et le remectez en l'adresse D'Espoir, dont il party pieca ; Respondez sans que plus vous presse, Ma Dame, le sauray je ja?

BALADE

Je meurs de soif, en cousté la fontaine; Tremblant de froit, ou feu des amoureux ; Aveugle suis, et si les autres maine ; Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx ; Trop négligent, en vain souvent soigneux C'est de mon fait une chose faiée.

En bien et mal par fortune menée.

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ; Je joue et ris, quant me sens douloreux ; Desplaisance j'ay, d'espérance plaine ; J'actens bon eur en regret angoisseux ; Rien ne me plaist, et si suis désireux ; Je m'esjois, et courre à ma pensée, En bien et mal par fortune menée.

Je parle trop, et me tais à grant paine ; Je m'esbahys, et si suis courageux ; Tristesse tient mon confort en demaine, Faillir ne puis, au moins à l'un des deux ; Bonne chierre je faiz, quant je me deulx ; Maladie m'est en santé donnée.

En bien et mal par fortune menée.

Prince, je dy que mon fait maleureux, Et mon proufQt aussi avantageux, Sur ung hasart j'asseray quelque année, En bien et mal par fortune menée.

BALADE

Comment voy je les Anglois esbahys ,

Resjoys toy, franc royaume de France ,

On apparcoit que de Dieu sont hays ;

Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance;

Bien pensoient, par leur oultrecuidance,

Toy surmonter, et tenir en servaige ;

Et ont tenu à tort ton heritaige;

Mais à présent Dieu pour toy se combat.

Et se monstre du tout de ta partie ,

Leur grant orgueil entièrement abat ,

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

Quant les Anglois as pieca envays, Rien ny \a\mt ton sens," ne ta vaillance; Lors estoies ainsi que fut Tays

POLIES DB CHARLBS d'oRLÉâNS. 101

Pécheresse qui pour faire penance, Enclouse fut par divine ordonnance ; Ainsi as tu esté en reclusaige De descx)nfort, et douleur de couraige.

Et les Anglois menoient leur sabat, En grans pompes, baubans et tirannie.

Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays ?

Certes ouil, tous en ont congnoissance ; Et encore , le Roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance ; D'en parler mal, chascun Anglois s'avance ; Assez monstrent, par leur mauvais langage.

Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage ; Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat ; Pour ce, France, que veulx tu que te dye?

De sa verge Dieu, les punist et bat, Et t'a rendu Guyenne et Norraendie,

PRINCI.

Roy des Français gaigné as Tasvantaige, Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, Maintenant l'as plus belle qu'au rabat.

De ton bon eur, France, Dieu remercie ; Fortune en bien avecques toi s'embat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

BALADE

On parle de religion Qui est d'estroicte gouvernance, Et, par ardant devocion, Portent mainte dure penance ; Mais, ainsi que j'ay congnoissance^ Et selon mon entencion, Entre tous, j'ay compassion Des amoureux de l'observance.

Toujours par contemplacion

Tiennent leurs cueurs raviz en trance,

Pour venir par perfection

Au hault Paradis de Plaisance ;

Chault, froit, soif et faim d'espérance,

Souffrent en mainte nacion ;

Telle est la conversacion

Des amoureux de l'observance..

Piez nuz, de consolacion Qùierent Taumosne d'alegence ; Or ne veulent ne pension, Fors de pitié pour pitance ; En bissacs plains de souvenance, Pour leur simple provision, N'est ce saincte condicion Des amoureux de l'observance?

Des bigotz ne quiers l'accointance, Ne loue leur oppinion.

Mais me tiens, par affection, Des amoureux de l'observance.

Page 1