RÉPONSE A DES INVITATIONS
Moi, j'ai mon travail et mes peines.
Vous ignorez les maux que font subir les froids, Les froids qui font couler, des fentes de mes doigts.
Le sang le plus pur de mes veines.
Pour disposer vos cœurs à ces bruyants plaisirs. Vous avez des parfums , des femmes , des loisirs , Trois trésors de bonheur que vos âmes savourent. Pour me les interdire à moi , vieux travailleur, La misère et l'hiver, sources de la douleur, Empoisonnent le sort de tous ceux qui m'entourent.
Lorsque sous vos plafonds , comme un nouveau soleil , S'allument les flambeaux, moi, brisé de sommeil.
Je sens s'alourdir mes paupières.
De mes veilles bientôt mon travail soufï'rirait. Partager vos plaisirs, mes amis, ce serait
Insulter aux maux de mes frères.
Et puis tel d'entre vous remarquerait tout bas Qu'une trace de plâtre accompagne mes pas , Que je suis plus poudreux qu'une toiture ancienne, Que l'habit de la veste abhorre le contact , Qu'on me regarde et rit, que je manque de tact, Et parlant, que ma place est trop près de la sienne.
L'ouvrier doit rester au rang où Dieu l'a mis. N'allez pas augurer de ce refus , amis ,
Que seul et triste j'aime à vivre.
La tristesse et l'exil sont deux hideux cancers Qui du poète, plein de sublimes concerts.
Dévorent la vie et le hvre !
2b0 LE CHANTIER.
J'assistai quelquefois à vos pompeux festins;
Mais quand je vous quittais j'accusais mes destins;
Je trouvais du travail le joug dur, les jours sombres :
C'est la réaction que je crains. Ici-bas,
Plus est long le repos , plus sont grands les combats ;
Plus les rayons sont beaux, plus sont noires les ombres!