‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 110 sur 177 · UN AMI DEVENU RICHE · texte numérisé non relu

UN AMI DEVENU RICHE

De l'or, s'écriait-il , de l'or ! Sans or, la vie

Qu'est-ce? rien! plus rien! plus d'attraits!

Et d'un désir brûlant son âme poursuivie Se consumait en vains regrets.

Puis, vous l'avez servi, richesses désirées,

Salaire de son cœur rampant!

Mes souliers blancs , auprès de ses boites cirées ,

Font un contraste trop frappant Pour qu'il s'arrête et cause avec moi, dans la rue,

Comme nous le faisions jadis.

Notre jeune amitié, de son cœur disparue.

Pleure , sous mes humbles habits !

Ma main , rude et plâtreuse , à sa main délicate

N'inspire plus que le dégoût, Et du noble atelier où notre joie éclate,

Il parle comme d'un égout.

11 publie en tous lieux qu'il a six redingotes

Et des sous-pieds aux pantalons :

Oh! je ris quand j'entends de ses luisantes bottes

Claquer les sonores talons.

On me dit que partout il critique ma muse :

Sa critique est celle d'un sot; 11 peut continuer, puisque cela l'amuse.

S'il cherche à me prendre à l'assaut , S'il s'élève un peu trop , d'un coup je puis l'abattre ;

Car les cœurs poêles sont chauds.

Il a déjà reçu la cocarde de plâtre

Et les épaulettes de chaux , Un matin qu'il passait, en habits magnifiques,

Sous les fenêtres d'un chantier, Et qu'il vint essuyer les rires sarcastiques

Des vieilles femmes du quartier.

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