AUX MAÇONS
Effilons nos marteaux pour raser trois maisons ; Du travail tout Thiver, du travail aux maçons!
Oh ! si nos jours sont froids et sombres , Nous nous réchaufferons par un chant fraternel; Et nos bras lanceront aux nuages du ciel
D'autres nuages de décombres.
Sur le seuil du chantier déposons nos chagrins; D'une douce gaîté que nos fronts soient empreints, Et qu'avec nos bouteilles pleines
La joie et la vigueur sortent de nos paniers *, Jusqu'à ce que les fleurs des beaux jours printaniers Constellent le gazon des plaines.
Qu'il est beau de sentir s'abîmer sous nos pieds
Tous ces planchers , fumants comme de grands trépieds ,
Comme la mer dans les tempêtes !
Et qu'il est doux de voir ces murs, que nous ouvrons, Nous montrer le soleil , à travers leurs chevrons ,
Ainsi que d'immenses squelettes!
Après avoir construit des demeures pour tous , Si nous pouvions , amis , bâtir un toit pour nous !
Si nous étions propriétaires D'un petit coin des champs qu'au loin nous découvrons, Pour voir grandir nos fils , pour reposer nos fronts ,
Que nous serions heureux , mes frères !
Et puis , si nous pouvions saper comme ces murs Les hideux préjugés et les vices impurs;
Si nos efforts pouvaient détruire Cette société , que de sublimes fous , Architectes divins, ébranlent à grands coups,
Et, sur leurs plans, la reconstruire!
La force, la beauté, l'harmonie et l'amour Seraient inaugurés tous ensemble en un jour.
* Pendant les courtes journées de l'hiver, les maçons et presque tous les ouvriers, en Provence, portent dans un panier leur nourriture de tout le jour, afin de gagner au travail les heures de repas qu'ils vont prendre chez eux en été.