‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 116 sur 177 · L'ANGE ET LE POETE · texte numérisé non relu

L'ANGE ET LE POETE

Qu'alliez- VOUS donc chercher dans cette ombre confuse?

Etait-ce le bonheur qu'ici-bas tout refuse?

AUiez-vous recueillir, loin des profanes bruits ,

Tout ce que verse au cœur la majesté des nuits?

Oh! je le sais, la barque, en l'infini lancée,

Ne put se dérober à l'œil de ma pensée.

Vous alliez écouter l'Océan solennel

Qui vibre, sous les vents, comme un orgue éternel.

Vous alliez , bien loin de la terre , Sur l'Océan , pur comme vous , Sonder l'harmonieux mystère Que nous écoutons à genoux.

Vos deux cœurs de poëte et d'ange Accomphssaient un double échange De mélodie et de beauté ; Et , dans cette union bénie , Le barde apportait le génie ; Et l'ange, la divinité.

El les flots, sous leurs pas, laissaient dormir leur onde; Les étoiles veillaient sur le sommeil du monde ; Les cieux, livTes d'azur en traits d'or imprimés. Ne montraient à leurs yeux que ce seul mot : aimez ! Et la mer encensait, recueillie et muette. Les pieds divins de l'ange et le front du poëte ! Et l'ange s'abreuvait de cette volupté Qu'épanchenI sur la im-r les calmes nuits d'été;

Il aspirait ces vents dont le parfum embrase ; Dans cette nuit d'amour, d'harmonie et d'extase, Cette nuit qu'il passa près d'un enfant mortel. Il aima d'un amour qui n'était pas du ciel.

11 comprit que des cieux les voluptés immenses

N'avaient pas la grandeur de nos grandes souffrances ,

Et lorsque notre amour à son cœur vint offrir

Sa coupe où boit le monde , et qui renferme en elle

L'ambroisie et le fiel, il replia son aile.

Préférant au bonheur, à la joie éternelle.

Le bonheur passager d'aimer et de souffrir.

Et le pâle poëte , au fond de sa poitrine , Sentit battre son cœur, plein d'essence divine ! 11 aima l'ange pur de l'amour immortel. L'ange était le poëte; et le poëte, l'ange; Et l'enfant d'ici-bas, quittant l'humaine fange. Divinisé deux fois par ce sublime échange , Avait le ciel dans l'âme, et l'âme dans le ciel.

Et leur esquif muet, qui passait comme une ombre Erra, toute la nuit, sur la mer bleue et sombre. Aucune brise au ciel n'osa prendre l'essor. Les flots où s'accomplit ce solennel mystère , Dans leurs lits orageux s'endormirent; la terre, Pour la première fois, les entendit se laire, Et les astres du ciel fermèrent leurs yeux d'or.

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