PENSÉE
Les hommes font les rois, le ciel fait les poêles. Ceux dont un peuple entier reçoit et suit les lois , Ceux qui d'un joyau d'or, aimant de nos tempêtes, Sur un trône sans base osent ceindre leurs têtes, Ceux-là sont rois !
Ceux qui, pour rétablir les lois seules divines, Les traduisent au monde en vers mélodieux , Qui portent l'avenir dans leurs fortes poitrines. Ceux-là, comme le Christ, sont couronnés d'épines Ceux-là sont dieux !
LE KOSS[GNOL.
Chante, doux rossignol qu'un jeune amour transporte! Les arbres désolés vont secouer leurs pleurs; Des beaux jours prisonniers le Mai rouvre la porte, Et des vents de l'été Taile te les apporte Dans une corbeille de fleurs.
0 mélodieux solitaire , Poète isolé dans les monts , Pourquoi mêler tant de mystère A tes hymnes que nous aimons?
Faut-il que notre esprit devine Tout ce que ta langue divine Révèle aux sylphes du rocher?
Esl-il tant sacré ce mystère,
Que tu t'obstines à le taire
Dès que nous osons l'approcher?
Chante, oiseau! mais jamais ne te laisse surprendre Ton mystère béni. Le poète indiscret Profanerait tes chants s'il pouvait les apprendre. T 'écouler et rêver vaut mieux que te comprendre, Car ton charme est dans ton secret.
Ainsi qu'aux champs la violette Embaume les gazons obscurs , Ainsi que la brise indiscrète La trahit à ses parfums purs ; Ainsi, musicien céleste.
Tu sais , comme la fleur modeste , D'ombre et de feuilles te voiler ; Mais ta voix, que l'amour inspire , A qui te recherche et t'admire Vient constamment te révéler.
Chante l'arbre natal que l'hiver rouille et ronge ; Et qu'en vain le tonnerre a mille fois brisé : Géant dont l'ombre immense à l'orient s'allonge Lorsque le dieu du jour dans l'Océan se plonge , . Comme un grand navire embrasé.
0 des poètes roi sublime , Qui consoles le cœur soutTraiil , Qui chantes sur le noir abîme Où le vent pleure en s'engouthant; Toi, dont le nocturne génie
LE ROSSIGNOL. ô27
Vit de rosée et d'harmonie , De recueillement et d'amour ; Toi , que le moindre bruit effraie , Qui, t'éveillant avec l'orfraie, Te rendors aux baisers du jour.
Chante l'hymne des soirs, musique universelle, Orgue de la nature aux accords radieux , Qui monte au front du ciel sitôt qu'il étincelle, Ou , des cimes des monts , dans les plaines ruisselle Comme un torrent mélodieux.
Célèbre les amours secrètes De l'insecte, vivante fleur.
Qui sous les charmilles discrètes Dérobe à nos yeux son bonheur :
Feu follet de la nuit obscure , Qu'en ses doux loisirs la nature Vêtit d'azur, de nacre et d'or; Qui , cherchant les fleurs , ses délices , A la hauteur de leurs calices Borne son lumineux essor.
Chante, oiseau que tout aime, ô toi qui t'alimentes Aux festins qu'un bel ange invisible te sert , Aux parfums des forêts et des roses aimantes Aux larmes de la nuit et des tendres amantes. Qui pleurent d'amour au désert !
Rossignol, quand tu te recueilles Pour nous traduire en tes concerts Le frôlement des vertes feuilles,
L'hymne des fleurs, le chant des mers, J'ai bien compris , moi qui t'envie Ta voix aux séraphins ravie , Qu'afin de pouvoir moduler En un mélodieux murmure Toutes les voix de la nature, Il faut, comme toi, s'isoler.
Chante , doux rossignol qui de bonheur m'abreuves ; Mais réserve tes chants aux jours heureux. Tais-toi Quand tu vois les forêts, se penchant sur les fleuves. Tordre et tendre les bras , comme de pâles veuves , Au ciel sombre et muet d'effroi !
Chante ce ciel où tu t'inspires, Grand livre où tu lis tes concerts ; Chante l'amour que tu respires Dans le frisson brûlant des airs !
0 voix de la mélancolie , Vivante harpe d'Eolie Qui frémis aux doigts des zéphyrs , Chante le flot bleu qui déferle , El la mer que la lune perle De myriades de saphyrs !
Chante nos beaux étés , où mille lucioles , Au front des lis royaux dans nos jardins semés, S'entrelacent, la nuit, en vives auréoles, De sorte qu'on dirait de hautes girandoles Aux rayons blancs et parfumés.
(chante les tièdes nuits des plaines,