‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 135 sur 177 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Ou l'astre aux rêveuses clartés , Éclaire au loin , sous les grands chênes , Les jeunes couples écartés; Où , dans une ineffable extase , Notre âme s'enivre et s'embrase ; Où le rayon d'en haut nous luit ; Où la nonchalance chérie , De rêverie en rêverie , Jusques au bonheur nous conduit.

Chante notre beau ciel, mer aux brillantes voiles, Dont la lune blanchit l'azur vague et changeant. Où son svelte croissant , pâle sous ses grands voiles , Nage , et traîne après lui des sillages d'étoiles Comme une nacelle d'argent.

Peut-être , ô mon chaste poëte , Tu me diras qu'au fond des bois Souvent la voix de la tempête Tonne et couvre ta sainte voix; Que la rafale solennelle , Sous ton duvet , glace ton aile ; Qu'en hiver ton ciel se ternit , Et que la hideuse vipère , Sourde à ton désespoir de père , Ensanglante ton pauvre nid ! . . .

Chante, car lu revêts la douleur d'harmonie. Et tu la fais aimer; chante, car ici-bas La souffrance peut seule exalter le génie; Car les plus divins chants sont ceux que l'agonie Exhale devant le trépas.

3ô0 LE CHANTIER.

Tout ce que Dieu créa poëte , Rossignol, artiste de l'air, Zéphyrs, cygne, alcyon, fauvette, Cœur de l'homme, flot de la mer, Pour que son destin s'accomplisse, Dût sa vie être un long supplice, Avec joie il doit la subir.

Ainsi , chantre de nos collines , Verse-nous tes chansons divines Jusques à ton dernier soupir!

Chante, chante toujours! — Nos splendides journées. Le ciel, les nuits d'été plus blanches que le jour, Les monts , les bois , les blés aux tiges couronnées , Les mers et le poëte , et les fleurs prosternées T'applaudiront, ivres d'amour!

Mai, 1843.

AU CAl» SICIER,

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