UN SOIR DE FÊTE. S
Aujourd'hui je suis seul à rêver sur ces bords, Et le ciel, et les Ilots, et leurs pompeux accords, Pour tes beaux yeux d'azur, pour tes chastes oreilles. Semblent, ô ma beauté, n'avoir plus de merveilles!
Si mon amour ne peut remplir Ta pensée et tes jours, développés si vite;
Si tu ne pouvais t'assoupUr A suivre mon destin qui dans l'ombre gravite , Mon ange , il ne faut pas que ton orgueil évite
Le bien que tu peux accomplir.
Tu te dois au bonheur de celui qui t'adore.
Ton amour est à moi : c'est le soleil qui dore
Ma jeunesse orageuse et tout mon avenir ;
Mais, prends garde! cet astre est facile à ternir.
Dans le grand parc humain , que le trépas émonde ,
Ne va pas t'abreuver des plaisirs de ce monde.
Ces plaisirs , que tu vois beaux comme nos flots bleus ,
T'apprendraient, pauvre enfant, qu'ils sont plus amers qu'eux;
Et, sur leur mer trompeuse où la vertu naufrage.
Le bonheur, devant toi, fuirait comme un mirage.
Evite l'éclat et le bruit!
L'ennui toujours arrive après la fête folle.
L'ange qui te guide et te suit , A la porte des bals te quitte et se désole, Et de ton blanc chevet tristement il s'envole.
S'il ne t'y trouve pas la nuit.
Ne va plus au théâtre , où plus d'un vice impie , Pour t'attirer à lui, te convoite et t'épie;
OÙ le riclie insolent, bouffi d'or et d'orgueil, Salit ton chaste front de lubriques coups d'œil; Où le drame adultère ensanglante la scène ; Où danse et rit tout nu le vaudeville obscène ; Où , pareils à des bruits échappés de l'enfer, De cris luxurieux l'entr'acte infecte l'air. Et d'où plus d'une femme, à ce contact tuée, Vierge en entrant, le soir sortit prostituée.
Ne t'éloigne donc plus de nous.
Reste, les soirs d'hiver, dans ton humble famille,
Où je viens t'aimer à genoux ; Et quand le frais printemps épaissit la charmille , Viens sourire au ciel bleu qui d'astres d'or fourmille ,
A nos mers, aux zéphyrs si doux !