‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 142 sur 177 · A DÉSIRÉE · texte numérisé non relu

A DÉSIRÉE

REVE DE B 0 X H E r R .

Le jour je suis maçon, le soir je suis poëte. Mes jours sont au travail, et mes soirs sont à vous. Ouvrier, tout le jour ma pensée est muette; Poëte, tout le soir je chante à vos genoux.

Les champs humains sont noirs de futures tempêtes , Et le trépas y fauche, éternel moissonneur! Mais sur mes jours, mêlés de travail et de fêtes, Le ciel, à pleine coupe, épanche le bonheur.

C'est que j'ai rencontré, sur le seuil de ma vie, Une femme aussi pauvre et plus pure que moi ;

C'est qu'aux festins du cœur sa beauté me convie , C'est que le ciel lui-même a béni notre foi.

Elle ne naquit pas dans ces nobles familles Où, dès qu'il point, l'orgueil tue un amour fervent; Elle ne naquit pas parmi ces pauvres filles Qu'une mère cupide à l'or d'un riche vend.

Le ciel entre mes mains la remit orpheline. Depuis , mon cœur l'adore et mon bras la défend : Et c'est pourquoi mon front, que la pensée incline, Passe, au milieu de vous, serein et triomphant.

Cet ange, c'était vous, et c'est à vous qu'on pense Quand mon vers prend l'essor, tout palpitant d'espoir; C'est de vous que j'obtiens la sainte récompense De mon labeur du jour et de mes chants du soir.

Et je reste maçon , bien que chacun me dise Que Dieu me destinait un rôle moins obscur, Parce que dans vos bras l'amour m'emparadise , Parce que loin de vous mon ciel serait moins pur.

Et nous vivons heureux. Dieu nous donne la vie; Notre travail, du pain; l'amour, des voluptés; Et notre seul espoir, notre vœu, notre envie. C'est de rendre au bonheur nos frères attristés.

Et quand, tourné vers l'or comme l'aiguille au pôle, 0 monde ambitieux , tu souffres et te plains ; Quand sous un faix de maux tu voûtes ton épaule, Nos deux cœurs seuls, d'amour et de bonheur sont pleins.

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