‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 147 sur 177 · SUR LE BAL DONNE AUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

SUR LE BAL DONNE AUX ANGLAIS

Ton astre projeta ton ombre colossale.

Les glaces de Moscou gardent tes légions.

Ton aigle à l'œil brûlant , aux serres foudroyantes ,

Atteint par les boulets de quatre nations ,

Traîne à terre le vol de ses ailes sanglantes.

Et le Titan mourut, et son aigle puissant N'ejffraya plus les rois de son bec menaçant. Gêné dans l'univers , comme dans une cage , Il mourut , étouffé sur cet îlot sauvage ; Et son râle , pareil au tonnerre vengeur Qui réveille l'écho des sommets qu'il foudroie , Arracha parmi nous de longs cris de douleur, Et, parmi ses bourreaux, d'ignobles cris de joie!

Aujourd'hui, des Français, fiers de s'humilier,

A leurs vieux ennemis ont osé s'allier.

Ainsi le sang versé par la Sainte-Alliance

Sous le froid Mont-Saint-Jean disparaît sans vengeance ;

Et je vois, dans nos murs incendiés par eux.

Aux drapeaux d'Albion marier nos bannières ,

Et nos jeunes beautés, dans un bal odieux.

S'entrelacer aux bras qui tuèrent leurs pères !

Des concerts et des bals à ces vautours des mers ,

Dont la cupidité pressure l'univers !

A ceux qui, redoutant la vengeance française.

Firent de notre port une large fournaise !

Des tapis d'Orient et des fleurs sous leurs pas !

Sur leurs fronts insolents, des lustres, des couronnes!

De l'or, à pleines mains , car il ne s'agit pas

De voter au malheur quelques maigres aumônes!

Un bal à des Anglais! Ce soir-là, je crus voir

Un incendie affreux porter le désespoir

Dans tous ces cœurs joyeux, brûler ces riches tentes,

Et les lancer au ciel en gerbes éclatantes;

Je crus y voir, signant de solennels arrêts ,

La main qui, pour la mort d'une foule alarmée.

Avec du feu traça : mané, thécel, phares,

Écrire sur leurs fronts : frange, tête d'armée.

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