SUR LE BAL DONNE AUX ANGLAIS
Ton astre projeta ton ombre colossale.
Les glaces de Moscou gardent tes légions.
Ton aigle à l'œil brûlant , aux serres foudroyantes ,
Atteint par les boulets de quatre nations ,
Traîne à terre le vol de ses ailes sanglantes.
Et le Titan mourut, et son aigle puissant N'ejffraya plus les rois de son bec menaçant. Gêné dans l'univers , comme dans une cage , Il mourut , étouffé sur cet îlot sauvage ; Et son râle , pareil au tonnerre vengeur Qui réveille l'écho des sommets qu'il foudroie , Arracha parmi nous de longs cris de douleur, Et, parmi ses bourreaux, d'ignobles cris de joie!
Aujourd'hui, des Français, fiers de s'humilier,
A leurs vieux ennemis ont osé s'allier.
Ainsi le sang versé par la Sainte-Alliance
Sous le froid Mont-Saint-Jean disparaît sans vengeance ;
Et je vois, dans nos murs incendiés par eux.
Aux drapeaux d'Albion marier nos bannières ,
Et nos jeunes beautés, dans un bal odieux.
S'entrelacer aux bras qui tuèrent leurs pères !
Des concerts et des bals à ces vautours des mers ,
Dont la cupidité pressure l'univers !
A ceux qui, redoutant la vengeance française.
Firent de notre port une large fournaise !
Des tapis d'Orient et des fleurs sous leurs pas !
Sur leurs fronts insolents, des lustres, des couronnes!
De l'or, à pleines mains , car il ne s'agit pas
De voter au malheur quelques maigres aumônes!
Un bal à des Anglais! Ce soir-là, je crus voir
Un incendie affreux porter le désespoir
Dans tous ces cœurs joyeux, brûler ces riches tentes,
Et les lancer au ciel en gerbes éclatantes;
Je crus y voir, signant de solennels arrêts ,
La main qui, pour la mort d'une foule alarmée.
Avec du feu traça : mané, thécel, phares,
Écrire sur leurs fronts : frange, tête d'armée.