‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 156 sur 177 · A LA LUNE · texte numérisé non relu

A LA LUNE

Qu'un immense suaire est tendu sur les mers , Et que le cauchemar pèse sur l'univers.

N'aimes- tu pas à voir errer l'amant fidèle Autour de la demeure où sa maîtresse dort? N'aimes-tu pas à voir nos champs étoiles d'or, Nos masses de rochers que la vague dentelé , Et le hardi pêcheur qui rêve loin du bord, Tandis que son bateau sur la mer se balance?

N'aimes-lu pas à voir, ô vierge du silence , Le poëte attiser, à tes chastes rayons , Le foyer presque éteint de ses illusions?

Ne sais-tu pas qu'à l'heure où le hibou déserte La lézarde des murs par les ronces couverte , Le brigand, étreignant un poignard dans ses mains, Guette les voyageurs à l'angle des chemins? Ne sais-tu pas qu'alors ta lumière l'effraie ; Qu'à travers les sentiers ténébreux qu'il se fraie. Chacun de tes regards le suit comme un remord ; Qu'à chaque battement des ailes de l'orfraie, Tremblant, il croit ouïr un tintement de mort?

Plane donc au-dessus de tes lugubres voiles , Et, dans le palais bleu que ton disque parcourt, Souris à ton cortège étincelant d'étoiles. Comme une jeune reine au milieu de sa cour!

Un soir, lorsque j'étais enfant, je me rappelle Qu'en te voyant briller dans les vagues du bord, Je m'élançai , croyant saisir ton globe d'or.

Vraiment cette capture aurait été bien belle! Mais j'entendis le flot qui riait, le cruel! En Remportant toujours plus au fond de son onde . Doux astre ! c'est ainsi que , pour chaque mortel , Le bonheur Uiit au fond des douleurs de ce monde. Quand il croit le saisir, le flot des maux l'inonde : Le bonheur, comme toi , n'habite que le ciel !

Lorsque l'éclat des cieux se ternit et se plombe ; Lorsque le front des bois pend , livide , abattu , Vers la terre glacée où sa couronne tombe ; Lorsque le flot marin, blanc comme la colombe, Chassé par le mistral, sur nos rives s'est tu, Derrière le nuage aussi noir que la tombe , Pâle reine du soir, pourquoi te caches-tu?

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