AURORE BORÉALE
Quelquefois l'Océan , lassé de sa colère , S'endort au pied des rocs ou sur les sables fins. Alors un vaisseau part, et l'Océan tolère Que le marin , qui rêve un continent polaire , De son immense empire explore les confins.
Tandis que le vaisseau fend le glaçon arctique , Quelquefois le marin voit , sur l'axe aimanté , Tressaillir tout à coup l'aiguille magnétique, Comme sur le trépied la prophétesse antique , Sous le souffle brûlant de la divinité.
Alors l'œil du marin cherche, scrute, examine. Et si l'air et le ciel sont limpides et clairs , Derrière ces glaciers que le ciel seul domine,
r,84 LE CHANTIER.
Comme le Sinaï le pôle s'illumine
Et remplit l'horizon d'éblouissants éclairs.
Et soudain , aux deux bouts de l'immensité sombre , Il voit , comme Israël dans la nuit du désert , Deux colonnes de feu qui ressemblent, dans l'ombre, Aux deux mâts d'un navire incendié qui sombre, Surgir de l'Océan et flamboyer dans l'air!
Et bientôt, embrasant les plaines éternelles,
On les voit toutes deux au zénith parvenir;
Là, le front ceint d'éclairs, les géantes jumelles
Dessinent sur le ciel deux courbes solennelles,
Et comme une arche immense elles viennent s'unir.
Alors de mille feux elles sont pavoisées;
Il en sort des lueurs qui pourprent le ciel bleu ,
Des explosions d'or et des vols de fusées ,
Qui , comme en pleurs d'argent s'épanchent les rosées ,
S'éparpillent au loin en globules de feu.
Puis un nimbe enflammé , beau comme une couronne , Se tord, majestueux, au front de l'arc géant : Monument que tant d'or et d'éclat environne. Que Dieu peut le choisir pour trépied ou pour trône Quand il vient présider aux jeux de l'Océan.
Et des vagues, devant ces splendeurs inouïes, L'étonnement résonne en mélodieux chœurs ; On les voit relever leurs têtes éblouies , Et, sous l'arc triomphal, défiler réjouies, Comme, devant un roi, 1rs Imiaillons vain((iieiirs.