A MÉRY
Méry, la poésie à longs tlols me déborde En revoyant ces rocs, noir bataillon qui borde Notre rade d'azur qu'à chanter tu te plus. Pour traduire des mers le solennel cantique, Pour ranimer l'ardeur de notre siècle étiquc, Ami, que désormais ton soleil poétique Compte un satellite de plus.
Naguère un char marin, désertant nos parages, Sur les vagues, patrie immense des orages,
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M'emporta pour te voir. Oh ! sur cet élément , Dont l'autan vient fouiller les ondes et l'arène , Toujours une puissance ardente et souveraine, Pour contempler ta gloire, ô poète, m'entraîne, Ainsi que l'acier vers l'aimant.
Je partis, Quelques pleurs mouillèrent ma paupière , Lorsque les deux Siciers , longs cadavres de pierre , Me masquèrent Toulon, ses vaisseaux, ses hangars Oii s'alignent les troncs du chêne et du mélèze ; Et mon cœur fut saisi d'un étrange malaise. Lorsque les flots, hurlant au pied de la falaise. S'offrirent seuls à mes regards.
L'horizon se teignit d'une couleur blafarde ; Des flots , qu'à son lever l'aube écarlate farde , Le mistral , par degré , renfla le sein mouvant. Puis, quand il les fouetta de ses larges lanières, Pareils à des lions traqués dans leurs tanières , Je les vis écumer, secouer leurs crinières , Et rugir en se poursuivant.
Je crus voir au lointain les vagues atlantiques Se lasser d'explorer leurs océans antiques; Et, pour voir l'Orient enivré de nectar, Pour contempler nos cieux et nos heureuses rives Couvertes, en été, d'oranges et d'olives, Comme au lieu du festin s'élancent les convives , S'engouffrer dans le Gibraltar.
Hideux Léviathans, inondant de leur bave L'archipel de rochers dont la côte se pave,
Ces tlots , quand deux d'entre eux se fondaient en un seul , Semblaient deux noirs Titans qui, vomis par l'orage, Expiraient tout à coup d'une étreinte de rage , Tandis que d'autres flots tendaient sur leur naufrage Un vaste et livide linceul.
Un instant, au milieu du fracas des rafales. Je crus entendre au loin des clameurs triomphales; De sublimes accords le ciel se remplissait. Les rochers et la mer, les vents et les nuages , Tout chantait à la fois, et l'écho des rivages Répétait le poëme au fond des monts sauvages , Et le tonnerre applaudissait!
Et l'EuROTAS roulait sur l'Océan sonore. Il fumait et grondait, ainsi qu'un météore. Son grand poitrail de bois de sueur ruisselait, Et parfois, sous ses pas, comme une arche superbe, Le Ilot s'arrondissait, puis jaillissait en gerbe : Tel du pâtre attardé, foulant le champ plein d'herbe, Le pied fait surgir le follet.
Et, bien qu'il ressemblât au volcan qui s'enflannne, Bien qu'il eût, comme lui, des entrailles de flamme. Quand la mer déferlait sur ces milliers d'îlots Que des vagues d'azur la blanche écume allaite. Le navire volait comme une escarpolette, Et ses membres puissants, ses larges flancs d'athlète. Craquaient sous l'étreinte des flots!
Mais ni les bruils du nciiI, ni la mer, ni l'orage, N(' [luient ébraifler un iiistanl mon courage;
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Car j'étais soulenii par un bien doux espoir : Je savais, ô Méry, toi que j'aime et j'admire, Que Marseille la grecque , et la sœur de Palmyre , Etait là, près des flots où son orgueil se mire; Je savais que j'allais t'y voir!
RÉPONSE DE MÉHY.
Aux bords où , comme toi , la noble ville est née , Chante, chante toujours la Méditerranée, Cet océan d'azur des fortunés climats; Mêle ton harmonie à l'écume des lames, A la voix du marin , aux murmures des tiammes Qui volent aux cimes des mâts.
Personne mieux que toi ne sonda le mystère Que l'Océan confie à l'écueil solitaire ; Mieux que toi n'écoula l'éternel entretien De la vague et du roc, ces artistes sublimes, Qui, perdus sans témoin aux déserls des abîmes, N'ont d'autre regard que le tien.