‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 172 sur 177 · A VINÇARD · texte numérisé non relu

A VINÇARD

« Nous dit-il , et dans elle un grand travail s'opère !

K Je serai ce Messie , enfants ; et vous serez

<( De ma nouvelle foi les apôtres sacrés !

*( Poètes! allez dire aux nations altières

<( De fondre leurs canons , de rayer leurs frontières !

(( Dites-leur que l'honneur par le sang est terni!

(( Dites aux oppresseurs que leur règne est fini î

« Allez ! la délivrance est enfin arrivée ;

t( Brisez dans vos bras forts toute chaîne rivée.

(c Prêchez la liberté , proclamez les vertus ,

« Relevez les fronts purs par l'orage abattus!

« Dites bien aux tyrans que mon heure est venue,

« Que la voix de leur peuple au ciel est parvenue ;

<( Qu'afin de dissiper leurs projets ténébreux

(c Le fer de leurs soldats se tournera contre eux ,

<( Et qu'ils ne trouveront dans leurs femmes flétries

<( Qu'un sein stérilisé, des mamelles taries.

« Penchez sur ce parvis vos fronts et vos genoux ,

« Car l'esprit du Très-Haut va descendre sur nous,

«( Et nous envelopper de l'égide qui pare

« Tous les traits que l'erreur dans l'ombre nous prépare ,

K Car, pour nous soutenir dans nos rudes combats ,

<( L'Eternel fortifie et nos reins et nos bras.

<■( Amour ! fraternité ! c'est la bannière sainte

« Dont la terre par vous doit bientôt être ceinte,

(( Car l'homme , l'homme seul a de son cœur pervers

« Proscrit l'immense amour qui régit l'univers;

« Car dans l'œuvre de Dieu tout s'aime, tout se lie :

<( Le flot de l'Océan sur le flot se replie,

« Le palmier colossal ne croît dans les déserts

« Qu'afin de contempler ses frères dans les airs,

« Des plaines et des monts les échos se répondent, (( Les cieux et l'Océan aux horizons se fondent ; « Et les brûlants soleils qui nous versent le jour « Sont régis dans Téther par l'ordre et par l'amour.

« Allez ! qu'à cette tâche aucun ne se refuse ;

« Car l'inspiration dans vos têtes s'infuse.

« Allez vous présenter, l'Evangile à la main !

<( Semez, semez partout la lumière en chemin !

« Que Ninive s'amende, et qu'un jour l'âme humaine

« De toutes mes vertus soit le divin domaine. »

Et le Christ , franchissant l'immensité des cieux , Dans son nuage d'or disparut à nos yeux !

Et des langues de feu sur nos fronts s'étendirent! Les échos attentifs soudain nous entendirent Répéter tous en chœur : k Amour, fraternité. « Nous quittâmes du ciel les flamboyantes cimes , Et dans nos fortes mains ensemble nous saisîmes La harpe de l'humanité !

0 mon frère ! au réveil elle nous est restée , La harpe que les vents du ciel ont agitée; Faisons-la résonner partout oii luit le jo,ur, Et qu'aux accords divins exhalés de ses cordes, Nous puissions tous enfin vivre, exempts de discordes, Dans l'harmonie et dans l'amour!

LE HICHE.

Nous jointions le saillant d'une vieille toiture; Il passait sous nos pieds, dans sa belle voiture; C'était un blanc jeune homme, un riche désœuvré. 11 avait épuisé tous les plaisirs du monde , El par les gais refrains dont notre voix abonde , Son pauvre cœur était navré.

Notre joie irrita tellement son envie , Qu'il vint nous demander, un jour, pourquoi la vie L'abreuvait de dégoûts, d'ennuis à chaque pas, Tandis qu'elle coulait, pour nous, pleine cl légère. .Xous lui criâmes tous, du haut de l'étagère : « C'est que lu ne travailles pas! »

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