‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 32 sur 177 · IMAGE · texte numérisé non relu

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Lorsque la nuit aux yeux des promeneurs des bords Dérobe nos vaisseaux, on voit dans leurs sabords

Briller de rougeâtres lumières.

Elles passent au loin comme les feux follets , Comme ceux qu'à travers les fentes des volels

On voit, le soir, dans les chaumières.

Et l'on dirait, alors, que tout l'enfer marin, S'éveillant en sursaut de son sommeil d'airain ,

Sort embrasé du fond des lames , El que mille démons, dansant sur les (lots noirs, Curieux et moqueurs , s'en viennent tous les soirs ,

Nous fixer de leurs yeux de flammes !

Qui pourrait résister à ta voix souveraine , Génie ! et qui pourrait à ton chant de sirène

Dérober l'esquif de ses jours , Quand lu parles ainsi dans l'âme du poëte , Et que tu lui promets l'influence secrète

Qui le fait vivre pour toujours"?

Tu nous fais entrevoir la plus riche existence ; Puis, une fois parti, noir coursier de souffrance,

Comme un rouge volcan qui bout.

Des laves de la mort tu recèles la source ,

Hélas' et sur quel point qu'aboutisse ta course, Toujours un abîme est au bout.

Mais, puisque de tes coups l'homme se glorifie, Génie ! en avant donc , et je me sacrifie

Aux lois des destins ennemis :

Afin que je sois grand , que tu m'immortalises , Que mon nom me survive , et que tu réalises

Tous les biens que tu m'as promis !

Et, nouveau Mazeppa, sur la fatale croupe

Déjà nous franchissions les mers. L'humide troupe

Des vagues regardait notre rapide groupe

Dépasser l'horizon.

Et leur blanche toison S'agitait pour nous suivre. Et bien loin , en arrière , Nous les laissions toujours, dans l'immense carrière Où nos pas soulevaient, en guise de poussière,

L'écume de leurs fronts.

Leurs nombreux escadrons Ne semblèrent bientôt qu'une large surface : Et nous disparaissions dans les champs de l'espace , Pareils à la vapeur qui dans les cieux s'efface.

Des colosses ailés •

Sur les flots dentelés Passaient auprès de nous, comme de hauts fantômes; Puis, dans l'éloigncmcnt, on eût dit des atomes; Et j'entendais, au loin, les mystérieux gnomes

Gémir dans les rochers ,

Effroi des vieux nochers ; Et soudain je voyais surgir de l'onde amèic; Les mille dieux marins de Virgile et d'Homère ,

Animant l'océan de leur propre colère ; Et ces dieux irrités Nous criaient : « Arrêtez !

« Arrêtez ! c'est ici notre éternel empire ; «» Ici des vains mortels l'ambition expire ; i( Ici deux sont venus, en trait de flamme inscrire

(( Sur les flots en courroux :

« Aucun autre après nous ! ))

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