LA VAGUE AU CHRIST
Serait-il l'auguste héritage
Ou le scapulaire d'amour
De quelque vierge, au doux visage,
Que les flots, en un jour d'orage,
Engloutirent dans leur séjour?
Pour bercer la divine image Dis-nous quel céleste zéphyr Enfla ton mobile corsage !
Souffla-t-il de l'ardent rivage Que sablait jadis l'or d'Ophir?
Souffla-t-il des brûlantes rives Où se balancent les palmiers ?
Ou , de ses ailes fugitives , Rasa-t-il nos forêts lascives Oii pendent les nids des ramiers?
Vague , sur les mers où tu rôdes , Aurais-tu vu le Saint-Esprit Féconder tes flancs émeraudes?
Fuis-tu les modernes Hérodes Qui voudraient mutiler ton Christ?
Va, pour que le ciel t'ait choisie Parmi tes innombrables sœurs , Pour que l'océan s'extasie , Pour que la falaise noircie T'adresse ses sublimes chœurs,
Il faut que ton onde soit sainte ; Que jamais l'écumeur des mers
N'ait sur elle laissé d'empreinte; Qu'elle n'ait jamais été teinte Par le sang ni par les éclairs !
Vois notre mer, que l'algue émaille, Te guider mollement au bord !
Et ce roc, que la lame assaille.
Regarde-le , comme il tressaille , Comme il t'accueille a\ ec transport !
Oh ! bénis le vent qui te pousse Sur le sable d'un bord chrétien , Et dont, sur la soyeuse mousse, L'haleine parfumée et douce Pose l'enfant de Bethléem !
Laisse , sur la grève marine , Laisse , sans regret ni remord , Cette croix humide et divine Dont l'ébène sur ma poitrine Brillera jusques à ma mort.