‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 37 sur 177 · A GEORGE SAND · texte numérisé non relu

A GEORGE SAND

Je voudrais (lu'un matin tu visses nos rivages Où le temps et les flots inscrivent leurs ravages ; Nos vaisseaux à vapeur dont les mâts rabougris Sont toujours panachés d'un long nuage gris ; L'onde où l'on voit bondir nos vives escadrilles Ainsi que nos beautés au milieu des quadrilles; Le sable que le vent soulève en tourbillons ; Nos vaisseaux ombragés de brillants pavillons , Qui semblent , dans la brume aux diaphanes stores , De grands arbres couverts de feuilles tricolores.

Et tu retrouverais dans ces flots que je peins L'harmonieux fracas des antiques sapins Qui virent à leur pied, gigantesque cylindre, Mûrir ton beau génie aux bruits des flots de l'Indre ! Notre rade d'azur qu'Arago traversa Bercerait ton esquif comme elle le berça. Du fond de nos chantiers que Déranger égaie , Où ma voix prolétaire à chaque heure bégaie Des cantiques d'espoir nés de tes nobles chants, Peut-être entendrais-tu quelques accords touchants , Salut mélodieux jeté sur ton passage Par ceux dont les labeurs ont hâlé le visage, Comme une main chrétienne, alors que juin renaît Jette au dais du Seigneur les flots d'or du genêt.

Que je voudrais te voir lorsque ton œil embrasse L'immensité des flots que la tempête brasse! Que je voudrais le voir lorsque le doigt de Dieu

Sous ta tempe gonflée allume un divin feu ,

Et que, nouveau Jacob, vers le ciel où tu montes,

Avec ton idéal tu combats et le domptes!

Car c'est dans ces moments que, sourde aux bruits humains,

Ta grande àme s'épuise à tailler des chemins

Dans ces monts inconnus où l'avenir se voile;

Pareille à ce vaisseau qui cingle à pleine voile ,

Qui fend les monts du pôle encore inexplorés

Et cherche à découvrir des mondes ignorés!

Le baume qu'ici-bas ta parole distille ,

En tombant dans le peuple , avide de progrès ,

Tombe dans un sillon bien vaste et bien fertile.

Les ouvriers , assis sur de vieux blocs de grès ,

Oubliant bien des fois que le mistral les gèle

Et toutes ces douleurs dont l'essaim nous flagelle ,

T'invoquent, George Sand! comme une bonne Urgèle

Et semblent t'écouter dans le bruit des forêts.

Aussi de quel amour , de quelle sympathie Ne t'entourons-nous pas? Dans notre souvenir Ta gloire, ô noble Archange! est à jamais bâtie; Elle y peut défier les siècles à venir. De tes grandes douleurs chacun te dédommage. L'art, dans le monde entier, propage ton image. Tous les soleils levants t'apportent quelijuc honuuage, Et nos cent voix ne font ([u'un chœur pour te bénir.

Si In daignes nn jour, o ma sainte [latrone!

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