‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 44 sur 177 · L'OISEAU DE TEMPÊTE · texte numérisé non relu

L'OISEAU DE TEMPÊTE

Sur le marbre des noirs tombeaux , Viens-lu déplorer le naufrage Des vaisseaux détruits par l'orage , Et dont la mer, à leur rivage Ne rend pas même les lambeaux?

Sombre oiseau , tu ne sais te plaire Et tu ne semblés te blottir Qu'au sein des lames en colère , Toujours prêtes à l'engloutir :

Semblable à ces âmes chrétiennes Qui, dans les tempêtes humaines, Trouvent , même au sein de leurs peines , Un abri pour s'en garantir.

J'aime à te voir quand tu t'obstines A lutter contre l'aquilon , Quand sur les vagues tu piétines Comme l'alouette au sillon ; Lorsque , souple et forte , ton aile Rase la vague solennelle Et que ta grêle voix se mêle A son orageux tourbillon.

J'aime à voir la grève où tu marches,

Ses algues où tu te nourris ,

Et les aériennes arches

Que , de tlot en Ilot , tu décris ,

Et ton vol saccadé , qui trace

Un long aqueduc dans l'espace ,

Dont la tempête, sur ta trace.

Disperse soudain les débris.

Dans ces solitudes profondes Dont tu connais seul les secrets , Va, du ciel, pèlerin des ondes, Accomplir les sages décrets.

Dis au nocher qu'il se défie Des beaux jours auxquels il confie Ses biens , son navire et sa vie ; Car l'orage les suit de près.

Et si parfois le calme cloue Quelque vaisseau sur l'océan Passe , et cache-toi sous sa proue *, Avant-courrier de l'ouragan.

Le marin qui maîtrise l'onde, Pour explorer les flancs du monde A besoin que la mer l'inonde Et rugisse comme un volcan.

On sait (jifaiix approches de l'orage, dans les hautes mers, cet oiseau se réfugie sous la proue des navires.

BVRON.

Je lus un jour Byron. Son colossal génie M'effraya, moi, poëte infécond et rêveur. Pendant trois longues nuits , la fièvre et l'insomnie Comme un noir cauchemar pesèrent sur mon cœur.

C'est que je mesurai son faîte inébranlable ,

Moi, qui, de fleur en fleur, cherche un rayon de miel

Et j'eus peur, en voyant ce Titan formidable

Les pieds dans la poussière et le front dans le ciel !

A UN GKAND CHÊNE.

Balance avec splendeur le noble poids des ans Qui repose sur toi , chêne , vieillard robuste !

Permets-moi, comme au jeune arbuste

Battu par le souffle des vents , ^

De saluer ton front auguste.

Toi qui m'as vu souvent errer seul et sans bul ,

Arbre majestueux, dont la coupole énorme

Couvre l'immense Y grec que ton large tronc forme ,

Séculaire Titan , salul !

(]'est en vain ([ue l'orage avec fureur t'assiège, Il vient briser sur loi ses livides éclairs;

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