A UN GRAND CHÊNE
El les épais cheveux, malgré tes cent hivers, Ne sont blanchis que par la neige!
Balance avec orgueil ta sombre majesté Dans les nuages noirs qui planent sur ta tèle.
Le grondement de la tempête ,
Dont le monde est épouvanté,
N'est pour toi qu'un concert de fête.
Te souvient-il du jour que , pleurant à tes pieds , Plein des vagues désirs qu'à vingt ans l'àme embrasse , Mes yeux, mes yeux jaloux y trouvèrent la trace
Des pas qu'ils ont tant épiés?
Te souvient-il qu'alors , dans la forêt sonore , Elle nous apparut, belle comme le joiu". Et que je m'écriai, malade et fou d'amour :
Voilà la vierge que j'adore?
Balance-toi, sublime, et réponds à ma voix , Patriarche des bois , 6 sauvage merveille !
Car ton bruit charme mon oreille ;
Et chaque fois que je te vois.
Ce brûlant souvenir s'éveille.
Depuis ce jour sacré qui lixa mon destin Quatre fois le printemps a changé ton feuillage : Tous les soirs tu m'as vu rêver sous ton ombrage ;
Et souvent les feux du matin , Lorsque la nuit replie en silence ses voiles , M'y surprennent, mouillé des larmes que le ciel Epanche sur les fleurs , de son vase éternel ,
Regardant pâlir les étoiles.
Balance avec licrté Ion panache mouvant!
Découpe, sur le ciel, ces noires arabesques Qu'au fond des sites pittoresques On prendrait , au soleil levant , Pour de vieilles villes mauresques !
Peut-être ton murmure , ô mon arbre chéri !
Répéta mes soupirs jusques à ses oreilles;
Car son âme, en jouant sur ses lèvres vermeilles,
D'amour m'a tendrement souri.
Oh! ne sois point jaloux si mon bonheur suprême N'est plus dans ton feuillage, et si mon jeune cœur Préfère au vague accord de ton nocturne chœur
Ces mots mélodieux : Je t'aime !
Balance ta beauté que rien ne })eut ternir. Tes racines , au sol fortement cramponnées
Ainsi que des mains décharnées ,
Sont bien fières de soutenir
Ton beau diadème d'années !
Nous voici tous les deux sous tes feuilles assis. Moi , rayonnant d'amour, de vie et d'espérance ; Elle, sur son visage, 011 se peint la souffrance.
Baissant l'arc brun de ses sourcils.
Le superbe Occident ferme ses rouges portes. Tout est splendide et beau. Qui peut donc l'affliger? Est-ce le vent qui passe , et qui fait voltiger
Auprès d'elle tes feuilles mortes?
Balance tes rameaux, atin (jue leur parfum Aux doux festins du cœur sans cesse la convie.
A UN GRAND ClIÉNE.
Parmi tous les biens qu'on envie Mon âme n'en demande qu'un :
Du bonheur pour toute sa vie.
Demain sur ton sommet , marchepied solennel , Qu'illumine la foudre et que bat la tempête , J'irai m'agenouiller et prosterner ma tête.
Là je serai plus près du ciel.
Mon âme volera sur l'encens de la terre , Et j'invoquerai Dieu. Dieu sera son sauveur. En voyant tant d'amour, de crainte et de ferveur,
Il exaucera ma prière !
Balance-toi, Memnon, et que ton divin chant Charme les longs échos de cette solitude !
Que ton murmure d'habitude
De mon vœu pieux et touchant
Soit le magnifique prélude !
Que je suis bien ici! je n'ai point de remords.
A mon tendre serment je suis resté fidèle.
Pour me récompenser, Dieu m'a fait aimer d elle!
De combien d'amoureux trésors Son amour a semé ma vie aventureuse !
J'aurais voulu mourir lorsque je souffrais tant ; L'existence m'était à charge : et maintenant ,
Je la veux pour la rendre heureuse !
Balance ta hauteur qui pourrait défier Celle du baobab qu'un ardent soleil brûle. La sève en tes veines ciicule ,
El tu [)Oux le glorifier
De ta haute taille trilercule.
Tu nous verras toujours, ô roi de nos forêts! Préférer aux vains bruits qui s'élèvent du monde , Le saint recueillement, la paix grave et profonde
Qu'épanchent tes ombrages frais.
Et tu me verseras la force et l'espérance , Tu feras vivre en moi les feux du souvenir, Afin que dans les jours d'un douteux avenir
Je t'aime comme en mon enfance !
Balance avec mollesse , à la chute du jour,
L'aérien palais que forme ta ramée ; Et que la brise })arfumée Y mêle à ton hynme d'amour.
Le doux nom de ma bien-aimée !