MA PENSÉE
Prends l'essor, ma pensée , enfant des vagues bleues !
Va franchir, sans compter les lieues ,
Les plaines de F immensité.
Fends les chemins de l'air, où voltigent les anges, Où l'orage et l'oiseau , loin des terrestres fanges , Mieux partagés que nous, vivent de hberté.
Vole ! Un âge t'attend où les douleurs cruelles
Briseront l'essor de tes ailes ,
De tes charmantes ailes d'or, Que l'on voudrait en vain retenir prisonnières Au fond de nos chantiers bruyants, où les misères Me clouèrent moi-même, hélas! si jeune encor.
Vole! le ciel est vaste, et tu pourras, sans doute,
Y poursuivre à ton gré ta route.
Vole ! car la réalité Plane déjà sur toi, comme un vautour avide, Jalouse de te voir des ailes de sylphide, Et ne pouvant te suivre en ton vol enchanté.
Mais , non ! Si le malheur voulait te rendre esclave .
Tu bondirais comme une lave ;
Et si comme un léger soupir Tu ne t'envolais plus dans les sphères divines , Sur l'enfant qui s'endort, sur la fleur des ravines Comme un petit oiseau tu viendrais t'assoupir.