A LA FUMÉE DE MA PIPE
Charmant tableau de la vie éphémère, De nos beaux joiu-s, du fragile bonheur, Fuis dans les airs, vapeur bleue et légère, Dont le parfum est si doux à mon cœur!
Combien de fois , assis sur des décombres , Interrogeant l'avenir incertain , Je vois tes flots , comme de vagues ombres , Tourbillonner au soleil du matin !
i02 MARINES.
Ta fuite , alors , évoque la mémoire De mon enfance éteinte sans retoui-, Oii je croyais au bonheur dans la gloire , Où je croyais au bonheur dans l'amour !
Mais pour te suivre au ciel , vapeur légère , A peine, hélas! ai-je brisé mes freins, Que l'heure sonne et que , sur l'étagère , J'entends l'appel des fraternels refrains :
Et sous le joug je replace ma tête; Je me résigne et subis mon destin , Et c'est ainsi que pour vivre en poêle , Je n'ai du jonr (ju'une heure le matin.
Mais quand l'automne a mûri les olives, Qu'on sent du froid les précoces rigueurs, Devant un feu de débris de solives, De moi la pipe éloigne les langueurs.
Je vois alors , en nuages bizarres , Sa vapeur bleue au plafond voltiger.
Je souffle en l'air : c'est le cri des fanfares, Un grand combat commence à s'engager ;
Un escadron de guerriers fantastiques , Les uns sans tête et les autres sans bras, Mêle et confond ses formes élasticjues.
Un second souffle éteint tout ce fracas.
A LA FUMEE DE MA PIPE. lor
Que j'aime bien ces flots dont tu m'enivres! Je vois comme eux fuir les illusions Qui me berçaient. Quel vaste champ tu livres, Douce fumée , à mes réflexions !
Pour que ma vie ici-bas se complète , Combats en moi la fatigue des sens, Et que, toujours, mon âme de poëte Monte vers Dieu sur ton bleuâtre encens.
Charmant tableau de la vie -éphémère , De nos beaux jours, du fragile bonheur, Fuis dans les airs , vapeur bleue et légère , Dont le parfum est si doux à mon cœur !