‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 66 sur 177 · CARÉNAGE D'UN BRICK MARCHAND · texte numérisé non relu

CARÉNAGE D'UN BRICK MARCHAND

Prêt à subir le carénage, Te voilà, pauvre brick! penché sur le rivage.

L'océan submerge ton pont : Ta proue a tant de fois ridé son vaste front.

Qu'il déchaîne sur toi sa rage ,

Comme pour venger son affront

On glisse un radeau sous ta quille.

Une frange de mousse à ta carène brille ;

Aux bouts de ces rideaux tremblants Les coquillages verts pendent comme des glands.

Mais soudain la flamme pétille

Et lèche tes immenses flancs.

Sur tes bordages elle roule ; Et la poix entlammée en pluie ardente coule.

A voir, mouvant et replié , Ton panache de feu dans l'air multiplié,

Et l'affluence de la foule,

On te croirait incendié.

Déjà la flamme diminue.

EUe ne courbe plus siu^ ta carcasse nue

Sa crinière de vermillon.

Sa fumée, en courant, trace son noir sillon;

Et sur la robe de la nue

Lance son dernier tourbillon.

On garnit les échafaudages Du mets dont Robinson régala les sauvages :

Les calfats puisent au chaudron Un liquide plus noir cpic l'eau de l'Achcron,

Et dans les joints de tes bordages

Font pleuvoir des flots de goudron.

De tes liens te voilà libre !

D'une poulaine d'or on couronne ta guibre.

D'habiles peintres , sur ton corps , D'un navire de guerre imitent les sabords.

Et de les lils le chant qui vibre.

Apprend que tu vas fuir nos bords.

Déjà deux fois, à leur oreille Le porte-voix bruyant a dit : a Qu'on appareille! »

Ta voile, (jne gonllent les airs, Se penche avec orgueil sur le manteau des mers;

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