‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 71 sur 177 · ISLY ET MOGADOR · texte numérisé non relu

ISLY ET MOGADOR

Eh bien ! notre patrie , heureuse en toute chose , Peut et doit accomplir ce travail grandiose. Dieu l'a touchée au front, sou front a resplendi, Et l'Arabe qui vient s'abriter sous son aile ,

Veut encor retrouver en elle ,

La France de Bounaberdi !

Pour peupler le désert , ce domaine du tigre , Chaque jour de la France une famille émigré. Le peuple , dont l'instinct devine l'avenir. Par le chemin des mers à flots pressés arrive

Sur cette glorieuse rive

Que la main de Dieu va bénir.

Et puis qu'à ce travail le peuple se dévoue , Que des dangers qu'il offre en riant il se joue, Il faut que le pouvoir s'applique à féconder Le germe radieux qu'en son sein Dieu dépose ,

Et que dans l'œuvre qu'il s'impose

Tout concoure à le seconder.

Et ces plaines qu'hier ravageait sa bravoure, Mûriront les doux fruits que la lèvre savoure. Ces marais , réservoirs d'aériens poisons , Où, depuis six mille ans, pullulent les reptiles,

Deviendront tous des champs fertiles

Couronnés de blondes moissons.

Et l'étroite gourbi, dont la laideur contraste Avec l'éclat d'un sol aussi riche que vaste , Fera place aux hameaux que de braves fermiers. Pour modérer l'ardeur des brûlantes journées.

A leurs laniilles Ibrtunées Elèveront sous des palmiers.

Et, sous ces toits, l'Arabe abritera sa tête Quand , sur lui , le désert lancera la tempête (Jui recèle la mort semblable à nos brûlots; Et sa voix bénira l'auguste Providence

Quand des blés la sainte abondance

Regorgera de ses silos.

L'Afrique ténébreuse, au souffle de l'Europe Eclaire chaque jour la nuit qui l'enveloppe; Et, prête à recevoir les sueurs et le soc , Veut contre les bienfaits d'une culture stable

Echanger son burnous de sable

Déchiré par l'ardent siroc.

Quand la France aura fait une nouvelle France De cette heureuse terre où naît tant d'espérance, Ses sœurs, les nations, à ses efforts vainqueurs N'en contesteront plus l'immortelle conquête , Et Dieu [)ar qui tout se complète

Y réjouira tous les cœurs.

Et, pour éterniser cette œuvre magnifique. L'incandescent soleil qui brille sur l'Afrique Y fera resplendir en traits de flanmic et d'or, Tant sur les sables blancs que sur les roches noires.

Cette trinité de victoires :

Isly, Tanger et Mogador!

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